En 2017 et 2018, Tamera s'attelait à sa charte de développement durable, qui actait une volonté singulière de penser le voyage. La charte inscrivait dans le marbre ses ambitions, qu'il fallait ensuite traduire en actions concrètes, sur six grands thèmes. En 2018, un indicateur en tonnes de CO2e émis a été défini pour chacun des voyages, publié depuis sur le site internet et dans les fiches techniques. En 2022, Tamera est allée encore plus loin et, peut-être seule au monde dans sa profession, a décidé de s'engager dans la baisse de ses émissions carbone dans la droite ligne des accords de Paris : -5 % par an jusqu'en 2030, sur la base des émissions pré-Covid de 2019. Voici un bilan de ces efforts, des réussites, des difficultés rencontrées, et des chantiers en cours.
Une web conférence a par ailleurs été organisée en janvier 2024 avec Henri Bourgois-Costa, expert en environnement, porte-parole de l'ONG Océans Sans Plastiques et spécialiste des enjeux d'économie circulaire pour la Fondation Tara Océan, pour revenir sur les enjeux environnementaux du voyage. Le replay de cet échange reste disponible sur le mag.
Nos six enjeux environnementaux identifiés
Le modèle de développement économique de Tamera doit être socialement équitable et écologiquement toujours plus tolérable. Un bilan des responsabilités a été établi en matière de :
- réchauffement climatique ;
- gestion des déchets ;
- préservation de l'eau ;
- protection de la biodiversité ;
- respect et équité ;
- information et sensibilisation.
Parce que le développement durable est l'affaire de chacun, et qu'ensemble le voyage peut devenir un acte plus éthique et plus durable, un engagement pour l'homme et la planète, Tamera continue d'agir sur le terrain avec ses partenaires, avec la mobilisation de ses voyageurs.
Réchauffement climatique : pionniers dans la réduction de l'empreinte carbone

Atterrissage en Terre de la Reine-Maud © Expeditions Unlimited
Depuis 2018, Tamera calcule le plus précisément possible l'impact carbone de ses programmes. Un calcul qui a fait jaillir une évidence : une empreinte peu compatible avec les enjeux climatiques actuels.
En 2022, Tamera a donc décidé d'inscrire son développement dans la trajectoire des accords de Paris, visant à faire baisser de 5 % par an les émissions totales de son activité, en prenant 2019 comme année de référence, à 3 430 tonnes de CO2e. L'objectif est de ne pas dépasser 2 160 tonnes de CO2e en 2030. Il s'agit de réduction, non de compensation : un pari difficile qui passe par l'optimisation des voyages et une offre repensée.
En 2024, l'ensemble des voyages a émis 2 064 tonnes de CO2e, un chiffre inférieur au plafond fixé cette année-là à 2 940 tonnes. Le plafond 2025 est de 2 800 tonnes, et il sera réduit à 2 660 tonnes en 2026. À noter que ce chiffre de 2024 est en hausse par rapport à l'estimation de 1 685 tonnes avancée pour 2023, une évolution que Tamera n'a pas encore détaillée publiquement dans ce bilan.
À titre d'exemple, l'offre de plus de 400 programmes ne propose quasiment plus aucun voyage d'une durée inférieure à quatorze jours si aucun moyen de transport hors avion (train, bus, etc.) ne peut être proposé. D'autres optimisations sont mises en œuvre, comme l'allongement de la durée des voyages ou l'optimisation des vols quand c'est possible.
Préservation de l'eau : sensibilisation et bon sens

Cascade au Laos © Marc Dozier
L'essor démographique mondial et la hausse des niveaux de vie s'accompagnent d'une explosion de l'utilisation de l'eau à l'échelle planétaire, avec pour conséquence une forte tension sur les ressources. En tant que voyageurs, il est possible d'agir à deux niveaux : consommer le moins d'eau possible (hors hydratation) et ne pas participer à la pollution des sources.
C'est essentiellement sur l'eau utilisée pour l'hygiène qu'un voyageur peut agir, en adoptant un usage parcimonieux et adapté au pays visité. Par exemple, à la fin d'un trek en Afrique subsaharienne, quand l'hôte met à disposition une douche, une bassine reste dix fois moins consommatrice. Préférer les toilettes sèches aux toilettes à l'occidentale permet de réduire la quantité d'eaux usées, sources de pollutions et de maladies.
Par ailleurs, de bonnes pratiques sont mises en œuvre au bivouac, en trek et en expédition : lavages effectués à plus de 50 mètres de toute source d'eau, utilisation de pierres pour purifier l'eau utilisée en cuisine quand nécessaire, etc. La formation des partenaires locaux reste ici un levier clé.
Gestion des déchets : sensibilisation et initiatives

Nettoyage du Mustagh Ata en Chine © Anne-Claire Jude
Parce que le voyage produit des objets que la nature ne peut dégrader, la question des déchets est devenue un enjeu écologique majeur et planétaire. En voyage, deux types de déchets appellent une attention particulière : les plastiques et les déchets toxiques.
Sur le terrain, la gourde doit avoir la préférence sur les bouteilles en plastique. Bien peu de pays disposent de solutions de collecte et de valorisation efficaces. Il est également recommandé de ramener chez soi tous les déchets toxiques : piles, médicaments, électronique.
Les déchets biologiques, sur un camp de base ou un itinéraire de trek plus fréquenté, demandent aussi de la vigilance : un lieu adapté a-t-il été défini par le guide pour les besoins, éloigné d'une source d'eau ? Comment ces déchets sont-ils traités ?
Par Expeditions Unlimited, l'activité dédiée aux expéditions en haute altitude et polaires, Tamera participe depuis 2019 à des réflexions et des actions de collecte de déchets en haute montagne. Avec Breffni Bolze, Philippe Goitschel et Mountain Wilderness, un travail de collecte a été mené lors de l'ascension du Mustagh Ata en Chine, à 7 546 mètres. Une collaboration existe aussi avec Marion Chaygneaud-Dupuy et son équipe sur l'Everest versant tibétain, où l'accès n'a pas été possible depuis 2020 pour cause de pandémie. Plus récemment, Expeditions Unlimited accompagne Tri-Haut pour l'Everest, une association qui travaille depuis plusieurs années sur la collecte et le traitement des déchets dans la région de l'Everest, notamment via un centre de traitement à Pangboche où les plastiques recyclables sont transformés directement sur place en tuiles pour les toits des maisons.
Protection de la biodiversité : engagement et sensibilisation

Nourrissage des chimpanzés au Congo © Eric Bonnem
La biodiversité, c'est le tissu vivant de la planète : l'ensemble des milieux naturels et des formes de vie, mais aussi toutes les relations et interactions qui existent entre eux. L'humain n'est que l'un des fils de ce tissu du vivant.
Par la nature même de ses voyages, Tamera évite les zones sur-fréquentées et respecte les zones naturelles. En valorisant une biodiversité préservée, l'agence encourage l'engagement des populations locales.
Depuis 1996, avec Saïga, Tamera a financé significativement, grâce aux voyages de ses clients, des dizaines d'ONG de protection de la nature dans le monde entier, pouvant représenter jusqu'à 20 % des financements de certains projets. Mais au cours des dix dernières années, le modèle économique de cette activité s'est compliqué pour les plus petites structures, et l'accueil d'écovolontaires n'a pas toujours rempli ses promesses. La pandémie a achevé de fragiliser financièrement un bon nombre de ces structures.
Sur les sites fréquentés, rester sur les sentiers ou les parcours proposés réduit l'impact sur les sols, la flore et le dérangement de la faune. Une faune qu'il ne faut jamais chercher à approcher frontalement, cette approche étant souvent perçue comme une agression : rester immobile et laisser l'animal venir de lui-même est la garantie de belles rencontres.
Deuxième trafic mondial après celui de la drogue, le trafic des espèces sauvages est un facteur important de disparition de la biodiversité, étroitement lié au tourisme, et impliquant bien souvent le voyageur par méconnaissance. Il est recommandé de refuser tout souvenir fabriqué à partir d'éléments issus de la faune (plumes, ivoire, os, cuirs, peaux), qui peuvent provenir d'espèces menacées et causer de graves ennuis en douane. De la même manière, les viandes issues de la faune sauvage, parfois servies aux touristes, entretiennent des réseaux de braconnage et contribuent à la disparition de la faune.
Respect et équité des peuples et de nos partenaires

Famille mentawaï © Stephan Gladieu
Par Tamera, son activité dédiée au trek et au voyage d'aventure, l'agence puise aux sources de ses origines, le respect des cultures et la construction de partenariats équitables et durables. Certains partenariats, vieux de 40 ans, en témoignent.
Un travail est mené pour une juste rémunération des équipes et des partenaires locaux, ainsi que pour la création de synergies avec des initiatives locales, durables ou éthiques, associées et valorisées dans certains voyages. Face à des cultures parfois fragiles, les voyageurs sont informés sur les comportements et pratiques adaptés.
Plusieurs projets sont soutenus financièrement : formation du partenaire libyen, accès aux soins des amis mentawaï, « hommes-fleurs » d'Indonésie, aide financière aux guides en Amérique et en Asie. Pendant la pandémie, des distributions de nourriture ont notamment été financées pour que les équipes locales et leurs familles puissent continuer à vivre correctement malgré l'impossibilité de travailler.
Information et sensibilisation
Tamera a à cœur d'informer et de sensibiliser ses voyageurs, à travers son site web, ses campagnes d'emailing et ses fiches techniques. On y retrouve notamment la politique de développement durable de l'agence, une foire aux questions dédiée, ainsi que le détail du calcul et des trajectoires de réduction des émissions carbone.
Former et sensibiliser les équipes locales reste un chantier tout aussi essentiel, encore en construction, notamment par manque de temps et de ressources. La réflexion se poursuit sur la meilleure façon de procéder, avec la mobilisation des voyageurs comme moteur essentiel de cette démarche.

