14 avril 2016 - Amériques

Régulièrement, nous publions la rencontre avec un expert, un passionné qui nous livre quelques secrets sur une région ou un pays de son choix. En quelques lignes, il nous fait voyager à travers l’une des contrées qui l’a particulièrement touché et tente de transmettre les émotions que ce lieu lui procure. Ici, Christian Vérot nous conte les mystères de l’Ouest américain, ces espaces qui l’ont changé à jamais et qui nourrissent ses voyages dans l’Ouest américain, entre canyons, déserts et grands espaces.

 

L’appel des grands espaces et du partage

Celui qui a grandi dans une contrée dont la nature a été domptée, vidée de sa dimension sauvage, n’imagine pas toujours ce dont il a été dépossédé. Pourtant, si a survécu en lui l’appel de l’espace, le besoin d’infini, le désir de suivre le vent, il s’aventurera un jour dans ce lieu mythique qui l’attend depuis les temps primitifs.

J’ai si longtemps vécu au contact de la nature sauvage qu’elle m’est devenue familière, comme elle l’est au trappeur. Je l’ai tant écoutée, tant apprivoisée, qu’elle me parle comme elle parle à l’Indien. J’étais parti sur la trace des chercheurs d’or sans trop savoir quel trésor je poursuivais. Au long du chemin, j’ai découvert que mon trésor était le chemin lui-même. Mais contrairement à l’or, cette richesse-là n’a de valeur que si elle est partagée.

Aussi rêvais-je d’être un jour le conteur de la beauté du monde, de la richesse des cultures. Quand la vie ou quand un voyage vous offre un extraordinaire cadeau, celui-ci ne prend toute sa saveur que s’il est partagé. C’est probablement ce qui me pousse à écrire, photographier ou monter un film dès mon retour : ce besoin de donner, de faire naître un sourire, une larme d’émotion, un frisson de bonheur.

 

 

La voix de l’Indien

En marchant sur les sentiers de l’Ouest sauvage, la voix de l’Indien m’accompagne. Luther Standing Bear, chef sioux oglala, rappelait que “le cœur de l’homme éloigné de la Nature devient dur”. Cette parole résonne dans les canyons, les plateaux, les terres rouges et les espaces ouverts, où la marche semble parfois renouer un lien oublié avec la terre.

Sans un mot, le jour s’allonge et les cathédrales de roche s’irisent de frissons de lumière. Je reste là, à les regarder danser sous les ultimes caresses du soleil. Ébloui, comme au premier jour de la vie, je ferme les yeux. À cet instant, mes rêves parlent si fort qu’on pourrait voir passer les émotions sur mon visage comme les nuages dans le ciel.

Je suis resté longtemps. Quand je suis reparti, la lumière du jour allait s’éteindre. Comme dans l’amour, j’ai eu la sensation de naître une seconde fois dans un éclair de bonheur. De naître du sable et de la lumière, seul, au milieu du désert, à l’extrémité du monde.

 

 

Le désert, cet artiste

Désert. Le voyageur prononce ce mot avec délectation. Il laisse résonner la dernière syllabe et un frisson lui parcourt l’échine. Désert. Et le visage de l’homme fatigué de la foule se détend, son esprit s’envole vers les courbes sensuelles des dunes. Il se sent aventurier en explorant un univers minéral décharné par le soleil, minuscule dans la solitude rocailleuse, perdu au cœur du silence.

Ici, même les menhirs ont été polis par le sable. Même les sillons du sol labouré sont l’œuvre du vent. Le désert est artiste. Il le démontre chaque soir, quand le crépuscule embrase les sculptures minérales écarlates, quand les bras torturés du genévrier centenaire se recroquevillent sur la nuit. Le parfum entêtant de l’armoise et de la sauge ne laisse aucune chance à l’odeur de l’homme. Celui-ci n’a pas sa place dans le désert ; c’est pourquoi il le désire tant.

 

 

Arpenter l’Ouest américain

Après une quinzaine de voyages dans l’Ouest américain, Christian Vérot a eu envie de partager ses coups de cœur, ses trésors cachés et d’emmener de petits groupes vers des sites méconnus du grand public. Auteur de livres et de conférences, il raconte ce Far West qui fit rêver trappeurs et chercheurs d’or, les caravanes de pionniers sur les pistes de Santa Fe ou de Californie, l’enthousiasme du conquérant et le désespoir de l’Indien.

Photographe, il invite aussi à devenir chasseur de lumière. Prendre le temps de regarder, d’écouter, de s’imprégner de la nature, de se poser lorsque l’aube ou le crépuscule viennent la sublimer. Dans les canyons oubliés, les déserts sculptés et les paysages colorés de l’Ouest sauvage, le voyage devient alors autant une marche qu’une écoute.

Entre Utah, Arizona, Montana, Wyoming, chaîne des Tetons, parc national des Glaciers, Yellowstone, traces des trappeurs, villes fantômes et terres indiennes, l’Ouest américain compose un immense carnet de route. On y suit des pistes, on y cherche la lumière, on y croise les mémoires du Far West, des peuples autochtones et des grands espaces. C’est un territoire qui se traverse autant avec les yeux qu’avec l’imaginaire.