01 septembre 2015 - Asie centrale, Mongolie, Témoignages, Peuples et fêtes

Sur un voyage particulièrement rare ou emblématique, nous vous livrons les paroles de nos clients, prises sur le vif à leur retour de voyage. Elles sont spontanées et livrées telles qu'elles nous ont été transmises.

Pour initier « Paroles de participants », nous avons demandé à FJ, Carole et Martine, trois participantes parmi les sept qui étaient des nôtres lors de ce voyage, de nous parler de leur voyage en Mongolie dans le cadre du cycle en terres chamanes à travers Tamera et ses treks et voyages d'aventure en Mongolie. Un de ces témoignages est particulièrement saisissant.

Paysage de steppe mongole

Terres chamanes en Mongolie, la seconde étape de notre cycle sur le chamanisme mondial

Ce voyage en Mongolie était le deuxième voyage d'un cycle de découverte du chamanisme mondial initié par Pierre Ramaut et Tamera au Québec avec la découverte de la pratique et de l'enseignement du chef spirituel et médecine-man algonquin T8aminik Rankin. Ce projet s'appuie ainsi sur les recherches de Pierre en matière de chamanisme et l'expertise de Tamera en matière d'ethnies et de peuples du monde entier.

Notre projet était de découvrir la Mongolie en tentant d'appréhender, avec le moins de barrières possibles, le chamanisme mongol sous toutes ses formes. Nous avons passé six journées avec trois chamans que notre amie et partenaire Naraa a identifiés, dont les pouvoirs sont reconnus. Nous nous sommes immergés dans leur monde et dans leur culture.

Psychanalyste, Pierre s'intéresse depuis de nombreuses années au lien qui existe entre la transmission transgénérationnelle et le chamanisme. Il nous dit : « De mon point de vue, ce second chapitre de notre cycle a rempli ses promesses à tout point de vue, tant au plan de nos rencontres chamaniques que de l'accueil de nos hôtes et des paysages somptueux que nous avons parcourus. Nous sommes mûrs pour lancer notre troisième opus en terres chamanes qui aura lieu en Indonésie chez les Hommes-Fleurs. »

Ce qui suit sont les retranscriptions de nos entretiens.

Comment avez-vous connu Tamera et notre cycle En terres Chamanes ?

FJ : Avec un ami, nous sommes très intéressés par le chamanisme, nous étions déjà en contact avec des chamanes au Canada et cet ami m'a proposé d'aller écouter une conférence de Dominique Rankin à Sainte-Foy. Puis il est passé devant votre agence et ça lui a donné envie. Nous avions donc prévu un voyage en Mongolie mais les autres organisateurs n'étaient pas spécialisés dans le chamanisme, enfin pas par l'approche que vous proposez.

M : Par un ami connaissait Pierre Ramaut. Au Pérou, au cours d'un voyage, Pierre en a parlé ; et c'était par hasard car je n'étais pas passionnée par le chamanisme, mais la période de vacances me convenait.

C : Il y a longtemps par des amis qui ont fait beaucoup de voyages au Tibet, notamment avec vous. Cela fait quinze ans que je voyage avec Tamera en Asie et au Tibet. Tous les ans je reçois le « petit catalogue papier » avec les principaux voyages de l'année, et j'adore le feuilleter. Cela fait longtemps que je voulais aller en Mongolie et comme c'était un thème qui m'intéressait, en même temps...

Qu'est-ce qui vous a donné envie de partir sur ce programme ?

FJ : C'était un projet que j'avais déjà depuis un moment. Le chamanisme m'intéresse, j'ai lu beaucoup de livres à ce sujet puis les paysages et le climat m'intéressaient. En plus j'avais des dates précises pour voyager car je ne voulais pas croiser beaucoup de monde. Avoir les deux réunis dans le même programme, c'était inespéré.

M : J'ai fait d'autres voyages et ce que j'aime bien, c'est rencontrer d'autres genres de personnes, j'aime la nature, rencontrer des peuples.

C : Le contexte du pays, culturellement en Asie avec beaucoup de connexions avec le Tibet, c'est dans la continuité de mes voyages en Asie. Cela me permettait de compléter ma vision.

Étiez-vous déjà partie en Mongolie ? Comment avez-vous trouvé le pays et vos hôtes ?

FJ : Non, par contre j'ai un ami qui est photographe qui n'arrêtait pas de m'en parler. Comment j'ai trouvé ? Sur une note de 1 à 10, 12+ ! Ça n'existe pas mais je dirais « 12+ ». Bon, il y a beaucoup de bouses de vache. Elles ne sont pas comme en France, elles sont dures donc on peut les pousser facilement pour piquer la tente ! Mais on évite de le faire quand on est pieds nus. Les paysages étaient géniaux, fabuleux, superbes. Et les Mongols sont des gens gentils, ils ont un super rythme. Ce voyage a fait beaucoup progresser ma vision de la Mongolie post-soviétique.

M : Non, première fois. Les Mongols sont fantastiques. Je suis allée en Chine et cela ne m'a pas plu. Ici, j'ai aimé la découverte. En Chine, j'y étais allée avec une guide sinologue qui est très intéressante mais les personnes rencontrées ne me convenaient pas. En Mongolie, les paysages étaient magnifiques, somptueux.

C : C'était la première fois que je partais en voyage spécial en terres chamanes, ce n'est pas un voyage typique, classique de la découverte de la Mongolie. Il y a la ressemblance avec les paysages du Tibet : les populations nomades du plateau, les paysages infinis avec leurs grands espaces...

Quelle était votre connaissance au préalable du chamanisme et des chamanes ?

FJ : Mes connaissances viennent de livres, du Canada, et je fréquente depuis plus de deux ans une chamane en France qui est professeure d'ethnologie à la faculté de Clermont-Ferrand.

M : J'ai fait des études de psychopédagogie et il y avait un professeur qui abordait des questions à ce sujet mais c'est au sein d'une association belge (psychologie transpersonnelle) que j'en ai entendu parler. Des personnes qui en parlaient dans un couloir. Le mot chamanisme, c'est un mot qui ressortait, un mot magique.

C : Je n'en avais pas entendu parler pour la Mongolie. En revanche en Amazonie (Pérou), oui. Nous avions fait une grande traversée avec Tamera. J'étais également allée en Laponie à la rencontre des Samis : 350 km de traversée entre Finlande, Suède et Norvège, mais là nous n'avions pas rencontré de chamanes, probablement parce qu'il n'y en a plus que très peu là-bas.

Cérémonie chamanique en Mongolie

Sur cette dimension du chamanisme, qu'étiez-vous venue chercher ?

FJ : Essayer de comprendre. Et puis finalement « croire », parce qu'on a eu une expérience qui y a contribué et qui m'a beaucoup marquée.

M : Je ne savais pas du tout, pour moi je pensais que tout ce qui concernait les peuples premiers était une antichambre de la science, que le sommet de l'évolution intellectuelle de l'être humain était les avancées scientifiques et les connaissances de l'homme sur lui-même. J'ai lu beaucoup de livres. Et tout cela n'est pas vrai. C'est la culture occidentale qui fait passer cette idée depuis le siècle des Lumières.

C : Au départ c'était la découverte, la connaissance et la rencontre des personnes.

Qu'avez-vous trouvé ou vécu ?

FJ : Des preuves, de la compréhension... comment cela se passe et se présente en Mongolie, au sein de chaque famille, dans ce contexte. Les chamanes sont presque tous différents avec des pratiques différentes. Selon la région d'où ils viennent, ils ont une autre façon de parler avec les esprits. Le premier chamane que nous avons rencontré était en lien avec la nature. Le deuxième a fait une cérémonie et le troisième, complètement moderne, a utilisé une autre approche. J'ai un cousin chamane en France qui est plus guérisseur. Mais pendant ce voyage j'ai trouvé des choses que je ne cherchais même pas ! J'ai trouvé tout de suite ce qui me plaisait : être à l'écart des foules et vivre des choses passionnantes.

M : Énormément de choses. Chaque voyage de Tamera m'a transformée. J'étais transformée en profondeur. J'ai pu découvrir la dimension des esprits, des chamanes, c'est une dimension qui existe chez nous aussi mais qu'on écoute pas. J'ai compris que l'humanité est partout... On le sait intellectuellement mais rencontrer et vivre avec des populations différentes, on réalise qu'il y a une langue différente pour dire les mêmes choses.

C : Ce voyage était au-delà de mes espérances, parce qu'au début je partais dans l'idée où je serais en recul, observatrice. Dès la rencontre avec la première chamane, on a bien compris que nous étions plutôt des participants, des acteurs, comme des gens du pays. Nous allions rencontrer et poser nos questions personnelles aux chamanes. L'implication est la dimension de ce voyage, nécessitant une certaine ouverture d'esprit. Deuxième grand axe, je me suis rendue compte de la pluralité des chamanes. Des quatre chamanes que nous avons rencontrés, chacun avait son style, une approche différente du chamanisme.

Quelles sont les rencontres qui vous ont marquées au cours de ce voyage ?

FJ : Naraa (ndlr. notre partenaire) est une femme extraordinaire, devenue une amie. Je pense y retourner. Elle est très courageuse, elle a un côté humain, drôle, elle est quelqu'un qui ne se prend pas la tête mais qui a beaucoup de réflexion. Elle avait des coins de bivouacs bien choisis. Elle pensait arrêter les voyages mais elle n'est pas prête de finir ! Elle a beaucoup de motivation. Elle a dépanné des Français qui n'étaient pas du groupe en faisant une traduction. Pierre est érudit mais il ne vous étale pas sa culture. Toute l'équipe de Naraa était formidable. J'ai souvent voyagé et fait de l'humanitaire au Kenya mais c'était après des années que j'ai pu avoir mes repères. Là, en Mongolie, j'ai tissé des amitiés en quinze jours. J'avais longtemps voyagé en individuel, donc là c'était une première en groupe avec des participants. Un groupe apporte beaucoup. Autant ça peut être un cauchemar mais un groupe peut être un plus quand ça se passe bien. Le groupe n'était pas homogène au début. Puis on a vécu des choses géniales, on a eu plus de plaisir, encore plus apprécié les paysages, les rencontres et ça nous a fait avancer ensemble. Il y a une dimension spirituelle que d'autres organisateurs de trekking n'ont pas. Là, on ne se prend pas la tête mais c'est un voyage qui donne de la profondeur, on réfléchit quand même !

M : Toutes les rencontres ont été marquantes. Les participants, mes compagnons de voyage, étaient très ouverts. Les Mongols d'une façon générale sont différents des Chinois dans le sens où ils sourient sincèrement, ils écoutent vraiment la nature (le lac des perles où les poissons doivent trouver à manger pour survivre) et lui prêtent attention. Les Mongols ne nous voient pas comme des touristes qui dérangent. C'est une qualité de Tamera de choisir un guide local qui nous emmène chez des personnes qui, elles, nous reçoivent.

C : Toutes les rencontres avec les chamanes m'ont marquée. Dès la première rencontre je ne sais pas ce qui s'est passé, nous étions à un kilomètre de la maison du premier chamane, et je ne me sentais pas très bien physiquement (tout tournait, la tête, le corps, je me sentais fébrile). Nous sommes rentrés dans la maison du chamane et là il me dit « calme-toi, pose-toi ». Il fait le tour, discute avec les autres membres du groupe, il me regarde et dit « toi il y a quelque chose ». Là je suis sortie, j'étais en vrille et il a fallu beaucoup de temps pour me calmer. Le deuxième chamane, rebelote. Lorsque nous nous approchions de sa maison, je me suis remise à trembler et j'ai tout de suite vu qu'à la différence du premier chamane qui travaillait avec l'esprit du lac, celui-ci travaillait avec une montagne... Le lendemain soir nous avons fait la cérémonie. Au cours de cette cérémonie, le chamane s'est retourné vers moi et là, j'ai eu l'impression de me transformer en animal, je sentais des dents pousser et un cri animal est sorti de ma bouche. Les gens de la famille du chamane pensaient que c'était une cérémonie traditionnelle, donc regroupés devant la télé. Quand ils ont entendu les cris ils ont accouru pour voir ce qu'il se passait. Le lendemain matin, nous avons fait un débriefing. Le chamane a très bien géré les choses. Il m'a expliqué qu'il avait vu qu'un esprit me suivait, un esprit qui venait de l'est, il essayait d'en faire quelque chose. Il se manifesterait peut-être dans les prochains jours sur le chemin. C'était difficile que le chamane me dise cela. Après quelques jours, le troisième chamane travaillait avec les Bodhisattva (concept bouddhiste). Il avait des icônes, il ne travaillait pas avec des éléments naturels comme les deux premiers. La différence avec celui de la montagne qui utilisait un tambour, qu'on appelle le chamane à cheval, et celui qui travaille avec une guimbarde, qu'on appelle le chamane à pied. Au cours de cette rencontre, je voulais bien qu'il me dise des choses sur moi. Il a fait plein de choses et à la fin il m'a demandé : « est-ce que tes parents sont décédés ? » J'ai répondu que oui et il a rétorqué « parce que tes parents disent que tu fasses attention car il y a un esprit qui te suit et qui veut quelque chose ». Le quatrième chamane était encore radicalement différent. Elle s'appuyait sur l'esprit de sa grand-mère et non de la nature. Elle a fait un entretien, une cérémonie, et malheureusement, comme je n'étais pas très bien, je n'ai pas pu y assister. Je suis rentrée extrêmement perplexe de tout ça. Des expériences extrêmement fortes dans lesquelles j'étais très impliquée. J'avais plein de questions personnelles en tête.

Yourte mongole dans la steppe

En synthèse, quels ont été les temps forts de ce voyage ?

FJ : Les rencontres des chamanes, la qualité des chamanes. Nous ne sommes pas arrivés en touristes pour faire du voyeurisme, nous sommes arrivés pour participer.

M : Le point le plus fort était la découverte du chamanisme. Il ne faut pas oublier Pierre Ramaut, une personne remarquable, comme Naraa. C'était un voyage d'exception.

C : Je retiens un circuit extraordinaire avec notamment ce petit village près du lac Khövsgöl et ses très beaux paysages. Même si nous n'avons pas rencontré beaucoup de monde, ce lac est magnifique et cet aspect est renforcé par le fait que nous campions dans une petite structure loin des camps aménagés pour touristes. J'ai également bien aimé le trajet pour retourner à l'aéroport où nous avons traversé les montagnes en 4x4, les paysages et bien sûr les Mongols. Le thème du chamanisme était très fort.

Cavalier mongol dans la steppe

Après le Québec et la Mongolie, seriez-vous partante pour la prochaine étape de notre cycle en terres chamanes chez les Hommes-fleurs de Siberut en Indonésie ?

FJ : On en a beaucoup parlé avec Pierre (j'apprécie beaucoup ce qu'il fait) et ayant fréquenté des pays chauds je suis prête à continuer mais le seul frein est le niveau de « confort ». J'ai des soucis de dos mais en Mongolie les matelas étaient confortables et bien suffisants. Il n'y avait pas de bestioles (serpents, araignées, etc.), est-ce qu'on va retrouver cette quiétude ? Je pars en Indonésie si vous garantissez la même tranquillité !

M : (Rires) pourquoi pas mais j'ai encore à travailler ! Je n'irais pas avec n'importe qui mais j'irais au bout du monde avec Pierre Ramaut. Ce que propose Tamera, ce sont des voyages qui permettent de se construire. Je ne me suis pas construite en Chine comme je me suis construite en Mongolie.

C : Pour les Hommes-fleurs je ne sais pas si je suis partante. Après, quand Pierre partira en Sibérie c'est sûr que là oui ! Il y aura des similitudes, entre les Mongols, ce côté sibérien et également avec les Samis en Laponie. En tout cas c'est un cycle qui m'intéresse beaucoup.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour conclure ?

FJ : J'ai lu sur un blog sur Internet que Tamera était juste en termes de nourriture, mais les gens n'ont pas dû partir en Mongolie ! J'ai un bon appétit, mais parfois j'avais du mal à finir mon assiette ! On a aussi dit qu'il y avait peu de légumes et pas de fruits mais il y en avait tous les jours. D'ailleurs je me demandais comment ils faisaient pour les acheter parce qu'ils sortaient plein de choses tous les jours ! Sinon, des gens moyennement contents on en trouve et c'est plus facile d'en avoir que des gens vraiment contents. En lisant les commentaires sur Tamera, on ne trouve que des gens contents et je vois pourquoi. Je n'ai rien à rajouter, faites pareil la prochaine fois !

M : Je remercie toute l'équipe de Tamera pour la qualité de son travail. Sans Tamera il n'y aurait rien. Il y a une excellence à tous les niveaux, un bonheur à tous les niveaux. Et l'équipe choisie sur place (chauffeurs, cuisiniers, etc.), c'était un bonheur de les rencontrer, on a reçu énormément. Je ne pourrais jamais donner autant que j'ai reçu. Comme dit ma fille, « chapeau à tous les Mongols ». Mais on doit se demander si cette culture sera préservée. Les Mongols à cheval sont des dieux, beaux. Ce qui m'a marquée était l'adaptation de l'être humain à son milieu, comme les chamanes qui vivent dans des milieux hostiles. On ne peut qu'encourager ce genre de personnes à partager, mais qu'avec Tamera, car j'ai déjà voyagé avec d'autres agences mais rien comme Tamera. En échange avec notre guide Naraa, mes enfants vont réaliser un projet en Mongolie pour que les enfants mongols dessinent et échangent avec des enfants belges. La naissance de ce projet, c'est lorsque ma fille s'est posée pour dessiner et que les enfants mongols sont venus la regarder. Nous avons eu un contact très fort avec les enfants.

C : Je tiens à vous remercier, Tamera, et toute l'équipe pour organiser ce genre de voyage, et de laisser la liberté à Pierre d'encadrer ce genre de voyage thématique. On sort des sentiers battus, des parcours classiques. Le fait aussi d'être en petits groupes et d'avoir maintenu le départ même si nous étions peu nombreux, avec au final un bon rapport qualité-prix.

Portrait d'un chamane mongol