Cet article présente les principaux peuples minoritaires parmi la cinquantaine que compte le Vietnam, la plupart résidant dans les montagnes du nord du pays. Cette synthèse fait partie d’un dossier plus complet consacré au Vietnam. Pays d’Asie du Sud-Est d’une grande diversité culturelle et ethnique, le Vietnam est composé, en plus de la majorité vietnamienne ou Kinh, de 53 minorités ethniques différentes. Ces groupes se distinguent par leurs langues, leurs coutumes, leurs traditions et leurs modes de vie. Ils vivent principalement dans les régions montagneuses et isolées du nord, du centre et du sud du pays. Cette mosaïque humaine donne toute sa profondeur aux voyages au Vietnam entre montagnes du Nord, peuples minoritaires et cultures traditionnelles.
Peuples du nord-est du Vietnam

© Jérôme Kotry
Tay
Les Tay constituent la plus grande minorité ethnique du Vietnam, avec environ 1,8 million de personnes. Ils vivent essentiellement dans les régions montagneuses du nord, notamment dans les provinces de Cao Bang, Lang Son et Bac Kan. Agriculteurs expérimentés, ils pratiquent la riziculture inondée dans des vallées fertiles, où l’organisation du territoire reste fortement liée à l’eau, aux rizières et aux villages.
Leur culture est riche en traditions orales, notamment à travers les chants populaires connus sous le nom de luon. Bien qu’ils soient aujourd’hui largement intégrés à la société vietnamienne, beaucoup de Tay conservent leur langue, leurs vêtements traditionnels et des coutumes propres, qui continuent de marquer leur identité.
Muong
Les Muong, qui comptent environ 1,3 million de personnes, vivent dans les provinces montagneuses du nord, en particulier à Hoa Binh et Thanh Hoa. Proches des Vietnamiens par certains aspects linguistiques et culturels, ils ont néanmoins conservé leurs propres traditions, en partie grâce à leur habitat montagneux, longtemps plus isolé que les plaines.
Ils pratiquent la riziculture inondée et vivent traditionnellement dans des maisons sur pilotis. Les fêtes, les chants et les pratiques communautaires occupent une place importante dans leur culture. Les Muong partagent un patrimoine ancien avec les Kinh, mais leur histoire et leur mode de vie leur donnent une identité distincte au sein de la mosaïque ethnique vietnamienne.
Hmong
Les Hmong, ou H’Mong, constituent l’un des plus importants groupes ethniques du Vietnam. En Chine du Sud, d’où ils ont migré au fil des siècles, ils portent le nom de Miao. Au Vietnam, ils comptent environ un million de personnes, réparties dans les régions montagneuses du nord, notamment dans les provinces de Ha Giang, Lao Cai et Yen Bai.
Ils sont connus pour leur mode de vie indépendant et leur culture très affirmée, avec des costumes colorés, une grande maîtrise de la broderie et des fêtes traditionnelles comme le Nouvel An Hmong. Les Hmong sont également réputés pour leurs compétences agricoles en terrain difficile, notamment la culture du maïs et du riz sur des pentes abruptes. Le terme Meo, parfois employé à leur sujet, peut être perçu comme péjoratif. Les Hmong se divisent eux-mêmes en plusieurs sous-groupes, chacun reconnaissable à ses costumes, à ses traditions et à certaines particularités linguistiques.
Les Hmong noirs se distinguent par leurs costumes sombres et vivent principalement dans les régions montagneuses du nord, comme Ha Giang et Lai Chau. Certaines personnes se teignent les dents en noir à l’aide de substances comme l’indigo. Cette pratique, autrefois répandue dans plusieurs groupes ethniques vietnamiens, était associée à la beauté, à la maturité, mais aussi à la protection des dents et à certaines croyances traditionnelles.
Les Hmong blancs sont connus pour leurs vêtements blancs traditionnels, notamment la jupe et la chemise. Ils habitent essentiellement dans les provinces de Son La et Hoa Binh. Les Hmong verts, appelés ainsi en raison de leurs habits colorés, vivent notamment dans des zones comme Yen Bai et Lao Cai, et sont réputés pour la richesse de leurs broderies. Les Hmong fleuris, ou Hmong bariolés, portent des vêtements aux tissus très travaillés et vivent principalement dans la province de Bac Ha, où leur artisanat textile est particulièrement décoratif.
Nung
Les Nung forment un groupe ethnique d’environ 970 000 personnes, vivant surtout dans les provinces du nord proches de la frontière chinoise, comme Lang Son et Cao Bang. Ils sont connus pour leur maîtrise de l’agriculture de montagne et pour un système social communautaire bien organisé.
Leur culture est marquée par une riche tradition musicale, notamment les chants populaires appelés sli et luong. Les costumes ornés de broderies colorées, les maisons sur pilotis et les pratiques collectives villageoises font partie des éléments les plus reconnaissables de leur identité.
Dao
Les Dao, que l’on prononce Zao, sont parfois aussi appelés Man ou Yao, nom sous lequel ils sont connus en Chine du Sud, d’où ils sont originaires. Ils forment un groupe d’environ 750 000 personnes au Vietnam, concentrées dans le nord du pays, notamment dans les provinces de Cao Bang, Tuyen Quang et Bac Kan.
Les Dao sont divisés en plusieurs sous-groupes, chacun avec ses costumes, ses pratiques et ses coutumes spécifiques. Les Dao rouges et les Dao noirs sont parmi les plus connus. Ils pratiquent l’agriculture et vivent souvent dans des maisons sur pilotis. Leur culture spirituelle est particulièrement riche : ils vénèrent les ancêtres et les divinités dans le cadre de rituels complexes. Leur écriture, dérivée des caractères chinois, constitue également un élément important de leur patrimoine.
San Diu
Les San Diu, qui comptent environ 170 000 personnes, vivent principalement dans les provinces du nord, comme Thai Nguyen et Bac Giang. Leur culture a été influencée par celle des Vietnamiens et des Chinois voisins, ce qui se traduit dans certaines pratiques sociales, agricoles et religieuses.
Ils sont essentiellement agriculteurs, cultivant le riz et des cultures secondaires comme le maïs et la patate douce. Les San Diu possèdent une riche tradition de chants folkloriques et de danses, ainsi que des croyances fondées sur le culte des ancêtres.
Lolo
Les Lolo font partie d’un vaste ensemble ethnique appelé Yi, très présent en Chine du Sud. Au Vietnam, ils constituent une petite minorité du nord, vivant principalement dans les provinces de Ha Giang et Cao Bang. Ils sont environ 5 000 et sont réputés pour leurs costumes colorés, brodés à la main, ainsi que pour leur artisanat.
Les Lolo vivent dans des zones montagneuses et pratiquent une agriculture de subsistance, cultivant surtout du riz et du maïs. Ils conservent des croyances animistes et vénèrent les esprits de la nature ainsi que leurs ancêtres à travers des rituels traditionnels.
Ethnies du nord-ouest du Vietnam

© Christian Verot
Thai
Les Thai comptent environ 1,5 million de personnes et vivent dans les régions montagneuses du nord, en particulier dans les provinces de Son La, Lai Chau et Dien Bien. Ils sont divisés en plusieurs sous-groupes, notamment les Thai noirs et les Thai blancs, qui se distinguent par leurs costumes et certaines pratiques culturelles.
Ils pratiquent l’agriculture, notamment la riziculture sur brûlis, ainsi que l’élevage. Les Thai sont réputés pour leurs maisons sur pilotis et pour un patrimoine culturel riche, qui comprend des danses, des chants et des festivals colorés. Dans les vallées du nord-ouest, leur présence marque profondément les paysages habités.
Hani
Les Hani, ou Ha Nhi, forment un petit groupe ethnique d’environ 25 000 personnes. Ils vivent principalement dans les montagnes de la province de Lai Chau, près de la frontière avec le Yunnan chinois, où ils portent également le même nom.
Agriculteurs, ils pratiquent la riziculture en terrasses, une technique qui permet de cultiver dans des zones montagneuses escarpées. Leur mode de vie reste largement marqué par des croyances animistes, avec des cérémonies destinées à apaiser les esprits locaux. La culture hani se distingue aussi par ses costumes traditionnels colorés et ses chants populaires.
Phu La
Les Phu La, environ 10 000 personnes, vivent principalement dans les provinces de Lao Cai et Son La. Installés dans des villages montagnards, ils pratiquent l’agriculture en terrasses et partagent certains traits culturels avec leurs voisins Hmong et Tay.
Leurs croyances animistes accordent une place importante aux esprits de la nature et aux ancêtres. Les Phu La sont également réputés pour leurs compétences en tissage et en artisanat traditionnel, notamment la broderie.
Pa Then
Les Pa Then forment un groupe ethnique d’environ 6 000 personnes, vivant principalement dans les provinces de Ha Giang et Tuyen Quang. Leur culture est marquée par des festivals animés, comme la danse du feu, rituel majeur destiné à appeler la prospérité et à éloigner les esprits maléfiques.
Agriculteurs de subsistance, ils cultivent le maïs et le riz sur les pentes montagneuses. Les Pa Then pratiquent un mélange d’animisme et de bouddhisme, et leur langue appartient à la famille des langues Hmong-Mien.
Ethnies du centre du Vietnam

© Nicolas Vidal
Autrefois, les populations des plaines du centre étaient parfois désignées sous le nom d’Annamites, tandis que celles des plateaux étaient regroupées sous le terme de Moï, ancien mot utilisé pour qualifier les montagnards. Ces appellations appartiennent aujourd’hui au vocabulaire historique. Dans les hauts plateaux du centre, les marqueurs vestimentaires traditionnels sont souvent moins visibles qu’au nord, les vêtements modernes ayant largement remplacé les costumes anciens dans la vie quotidienne.
Ede
Les Ede, également appelés Rhade, sont l’un des principaux groupes ethniques des hauts plateaux du centre du Vietnam, avec environ 330 000 personnes. Ils sont connus pour leur structure sociale matrilinéaire, dans laquelle les femmes jouent un rôle central dans la gestion des affaires familiales et des biens.
Les Ede vivent traditionnellement dans de longues maisons collectives, qui abritent souvent plusieurs générations d’une même famille. Leur culture est marquée par des cérémonies, la musique et les danses. Ils pratiquent principalement l’agriculture, notamment la culture du riz sur brûlis.
Bahnar
Les Bahnar, environ 270 000 personnes, sont originaires des hauts plateaux du centre du Vietnam, dans les provinces de Gia Lai et Kon Tum. Ils pratiquent l’agriculture et vivent dans des villages marqués par la présence de maisons communales typiques de la région.
Leur culture musicale est particulièrement riche, avec des instruments traditionnels comme les gongs et les tambours. Leurs croyances religieuses reposent en grande partie sur l’animisme, et ils organisent régulièrement des fêtes pour honorer les esprits de la nature.
Cham
Les Cham, environ 160 000 personnes, vivent essentiellement dans le centre du Vietnam, dans les provinces de Ninh Thuan et Binh Thuan. Ils sont les descendants de l’ancien royaume de Champa, État hindouiste et bouddhiste qui a prospéré jusqu’au XVe siècle avant d’être conquis par les Vietnamiens.
Aujourd’hui, les Cham sont majoritairement musulmans sunnites, même si une minorité suit des rites hindouistes. Ils sont connus pour leurs compétences en tissage et en poterie, ainsi que pour leurs festivals religieux comme le Ramuwan, leur version du Ramadan, et le Kate, fête liée à l’héritage hindouiste.
H’re
Les H’re, qui comptent environ 130 000 personnes, vivent dans les provinces du centre du Vietnam, comme Quang Ngai et Binh Dinh. Ils pratiquent principalement l’agriculture de montagne et vivent traditionnellement dans des maisons sur pilotis.
Leur culture spirituelle est riche, avec des croyances animistes et des rituels destinés à honorer les esprits de la nature. Elle est également marquée par l’utilisation de gongs et d’autres instruments de musique traditionnels, qui accompagnent les temps collectifs et les cérémonies.

