© Image de Marinus van Breugel
Du fait de notre implication auprès de nos amis hommes-fleurs mentawaï de Siberut, nous donnons régulièrement de leurs nouvelles et tenons nos voyageurs informés de nos projets. Ces nouvelles concernent à la fois les actions de scolarisation, les projets de développement, la transmission de la culture mentawaï, les voyages à la rencontre des Sikkerei et les itinéraires plus engagés à travers l’île de Siberut.
Les voyages d'aventure en Indonésie, des peuples de Siberut aux forêts de Papouasie et aux îles de l’archipel permettent d’approcher ces mondes avec lenteur, respect et curiosité, en tenant compte de la fragilité des cultures rencontrées.
Projets de scolarisation et actions de développement
De longue date, nous sommes impliqués auprès de nos amis mentawaï, en particulier de ceux qui vivent de manière traditionnelle dans les forêts du centre de l’île de Siberut, surnommés les « hommes-fleurs ». Ils vivent en harmonie avec la nature et les esprits. Ils se parent de tatouages et de fleurs afin de mieux plaire à leur âme, d’où ce magnifique surnom.
Les Sikkerei, chamans mentawaï, occupent un rôle central dans la vie quotidienne de ce peuple où tout repose sur l’harmonie. Leur force a été de ne pas être simplement “rattrapés” par la mondialisation, mais d’avoir choisi de revenir s’installer en forêt. Cette situation reste cependant fragile pour les années à venir.
Nous participons ainsi à des projets de scolarisation spécifiques, et même d’études supérieures, pour certains jeunes Mentawaï, notamment des enfants de Sikkerei. Les dépenses liées aux études sont trop élevées pour eux, alors que cette éducation peut les aider à mieux se protéger contre les excès du monde moderne.
D’autres actions ciblées de développement et de protection pourront être soutenues, notamment autour de la protection de la forêt.

La bande dessinée de Tahnee Juguin et Jean-Denis Pendanx
La bande dessinée publiée chez Futuropolis, avec des textes de Tahnee Juguin et des dessins de Jean-Denis Pendanx, met en avant la culture des Mentawaï. Certains d’entre eux continuent de préserver leur mode de vie en communion avec la forêt et de le transmettre.
Tahnee est partie à la rencontre de ce peuple et de ses “hommes-médecine” depuis 2011. Cette bande dessinée est aussi l’œuvre des Mentawaï eux-mêmes. Ils se sont impliqués dans chaque étape de sa réalisation, en particulier les deux personnages principaux, Teo Jartho et Aman Lepon, qui vivent toujours dans la forêt avec leurs familles.
Tahnee y raconte l’initiation d’Aman Goddai pour devenir Sikkerei, autour de la réalisation d’un documentaire participatif. À travers cette initiation, nous découvrons le mode de vie des Mentawaï : cérémonies liées à l’Arat Sabulungan, animisme mentawaï, chasse, pêche, tatouages, cueillette de plantes et relation constante avec la forêt.
Les Mentawaï tiennent à ce que leur culture ne soit pas galvaudée par les Occidentaux. Ils s’efforcent de conserver un mode de vie en communion avec la forêt et de le transmettre à leurs descendants. Cette bande dessinée constitue ainsi un bel hommage à la culture mentawaï.

L’initiation chamanique d’Aman Ipaï
Avec l’aide d’une de nos voyageuses, Aman Ipaï s’est engagé dans la démarche pour devenir chaman. Il est devenu Sikkerei à part entière à l’issue d’une longue cérémonie en plusieurs étapes, orchestrée par un tuteur, c’est-à-dire un autre chaman plus aguerri.
En l’occurrence, ce fut Aman Lau Lau, le père d’Aman Lepon, avec qui Tahnee Juguin est en contact. Cette initiation marque une étape importante dans la vie d’Aman Ipaï et dans la transmission du rôle de Sikkerei au sein de la société mentawaï.

Traversée de Siberut vers la région des Sakuddei
Les Sakuddei habitent sur le versant opposé de l’île de Siberut. Cette côte ouest est battue par les vents venant de l’Antarctique. Ils ont été en contact avec l’explorateur Patrice Franceschi lors de son “odyssée de la Boudeuse” en 2005. Il avait notamment rencontré Raiba, le grand chaman des Sakuddei, auquel il a consacré un film en 2013 intitulé “Raiba et ses frères, chronique du clan des Sakuddei”.
Une traversée de l’île de Siberut a été imaginée pour rejoindre cette région isolée depuis les clans que nous fréquentons habituellement. Aman Ipaï a participé aux repérages avec Joseph pour l’organisation de cette expédition, et Aman Ipaï et Raiba ont visiblement bien sympathisé.
Le trajet aller se fait à pied à travers la jungle en deux à trois jours, tandis que le retour s’effectue en bateau, par cabotage le long de la côte ouest. Même si le trek reste relativement court, il est engagé : sentes de chasseurs, forêt centrale de Siberut, usage de la machette, terrains boueux, glissants et hostiles.

Rencontres chamaniques avec Olivier Lelièvre
Depuis près de quarante ans, Olivier Lelièvre parcourt l’Indonésie comme ethnographe et photographe. Tout a commencé en 1982 lors d’une immersion de huit mois chez les Kenyah du bassin du fleuve Baram, dans la partie nord de Bornéo. Il y a également rencontré les Penan, autre peuple de la forêt et derniers chasseurs-cueilleurs nomades de Bornéo.
Après avoir arpenté de nombreuses régions d’Indonésie à la rencontre de ses peuples, Olivier s’est pris d’affection pour les Mentawaï et en est devenu, depuis 1989, un grand spécialiste. Il a notamment publié un livre intitulé “Mentawaï, la forêt des esprits”.
Olivier accompagne régulièrement des voyages à la rencontre des chamans mentawaï de Siberut. Ces immersions permettent d’approcher le monde des Sikkerei et de comprendre ce que signifie être chaman aujourd’hui. Les chamans expliquent eux-mêmes leur rôle, leurs pratiques et leurs responsabilités.
Ces voyages peuvent inclure la fabrication de médicaments en forêt, des soins destinés à rappeler l’âme, des cérémonies où les chamans chassent les esprits maléfiques, des offrandes, des sacrifices, des transes, des chants et des prières. Ils montrent aussi comment la conception traditionnelle du monde et le rôle des Sikkerei contribuent à maintenir les équilibres dans la nature.

Voyages avec Tahnee à la rencontre des Mentawaï
Tahnee a séjourné de nombreuses fois à Siberut depuis 2011. Sa présence permet un accompagnement francophone difficile à obtenir par ailleurs, mais aussi un lien direct avec une communauté de jeunes Mentawaï, et moins jeunes, dont elle parle désormais la langue.
Certains voyages accompagnés par Tahnee permettent de combiner une immersion chez les Mentawaï de Siberut avec une rencontre chez les Korowai, qui habitent les jungles marécageuses du sud de la Papouasie indonésienne.

Voyages individuels à la rencontre des Mentawaï
Tout au long de l’année, il est possible d’organiser des départs à la rencontre des hommes-fleurs mentawaï dès deux participants, avec un maximum de six personnes afin de ne pas être trop intrusifs. En dehors des voyages accompagnés par Olivier, Tahnee ou Jérôme, l’accompagnement se fait en anglais, avec Joseph comme chef d’expédition et guide.
Le climat de Siberut est équatorial, la ligne de l’Équateur passant à une centaine de kilomètres plus au nord. Il est donc possible d’y voyager toute l’année, sachant qu’il peut pleuvoir à tout moment. Les pluies sont toutefois plus fréquentes entre novembre et mars.

Siberut, une relation fragile entre forêt, esprits et transmission
Ces nouvelles des Mentawaï rappellent combien la culture des hommes-fleurs de Siberut reste liée à la forêt, aux esprits, aux Sikkerei, à la transmission et à la capacité de choisir son propre rapport au monde moderne. L’enjeu n’est pas seulement de voyager dans une île lointaine, mais de comprendre un équilibre fragile, fait de savoirs, de rites, de liens familiaux, de mémoire et de territoire.
Les projets de scolarisation, les voyages, les rencontres avec les chamans, les traversées en forêt et les échanges avec les familles mentawaï participent tous d’une même attention : accompagner sans imposer, rencontrer sans réduire, témoigner sans galvauder.

