Jérôme Kotry, chef de secteur Asie chez Secret Planet, s’entretient avec Olivier Lelièvre, spécialiste de l’Indonésie et plus particulièrement des Mentawaï de l’île de Siberut.
Surnommés poétiquement « hommes-fleurs », les Mentawaï fondent une grande partie de leur culture et de leurs interactions sociales sur l’harmonie, la nature et les esprits. Les chamans jouent ainsi un rôle essentiel dans leur société : ils interviennent pour ramener l’équilibre lorsque celui-ci a été perdu ou menacé.
Au sein de nos voyages en Indonésie à la rencontre des Mentawaï de Siberut, des peuples traditionnels, des forêts et des rituels animistes, cette immersion permet d’approcher l’un des peuples les plus singuliers de l’archipel, dans une relation intime à la forêt, aux âmes, aux rituels et au monde invisible.
Les « hommes-fleurs » Mentawaï de l’île de Siberut

Deux hommes mentawaïs © Marius Van Breugel
Les Mentawaï habitent quatre îles de l’archipel situé au large de la côte ouest de Sumatra, dont l’île de Siberut, où ils sont les plus nombreux. Ils sont poétiquement surnommés « hommes-fleurs », car ils se parent de fleurs et de tatouages pour mieux plaire à leur âme et éviter qu’elle ne quitte leur corps ou ne vagabonde loin de celui-ci.
De tout l’archipel indonésien, ils sont actuellement les derniers représentants d’une tradition néolithique vieille de trois mille ans. Leur mode de vie, leurs croyances, leurs rites et leur rapport à la forêt font de Siberut un territoire culturel à part, où la nature n’est pas seulement un décor, mais un monde habité d’âmes et de présences.
Olivier Lelièvre et les Mentawaï

Maison mentawaï © Philippe Gigliotti
Depuis une trentaine d’années, Olivier Lelièvre parcourt l’Indonésie en tant qu’ethnographe et photographe. Tout a débuté dans la tribu des Kenyah, au nord de Bornéo, où il est resté un an. Il a ensuite séjourné à de nombreuses reprises chez les Mentawaï et chez les Torajas de Sulawesi, entre autres.
Il a publié plusieurs livres et collabore régulièrement à la réalisation de documentaires, notamment pour Thalassa. Depuis qu’il part en immersion chez le peuple mentawaï, Olivier a créé au fil des années des liens très étroits avec eux, notamment avec certains chamans.
Son regard permet de mieux comprendre la profondeur de cette société, loin des images folkloriques auxquelles les Mentawaï ont parfois été réduits. Chez eux, le chamanisme n’est pas un simple vestige du passé : il demeure un pilier vivant de l’organisation sociale, spirituelle et symbolique.
Le rôle des sikerei, chamans mentawaï

Cérémonie chamanique © Olivier Lelièvre
Les chamans sont le pivot de la société mentawaï. Ils sont les gardiens des traditions, ceux qui préservent l’harmonie avec la nature et les esprits. Intermédiaires entre le monde des hommes et celui du monde invisible, les sikerei, chamans mentawaï, savent communiquer avec les âmes, les ancêtres et les esprits.
Médecins du corps autant que de l’âme, ils doivent connaître la pharmacopée, les chants, les rituels et les prières. Ils organisent de grandes cérémonies collectives, les puliajat, auxquelles chacun doit participer, contribuant tout au long de l’année à renforcer le sens égalitaire et unitaire de la communauté.
Dans cette vision du monde, la maladie ou le désordre ne relèvent pas seulement du corps. Ils peuvent aussi traduire une rupture d’harmonie avec les âmes, les esprits ou la nature. Le rôle du sikerei consiste alors à rétablir les équilibres, à rappeler l’âme, à soigner, à chanter, à guider et à maintenir le lien entre les vivants et les forces invisibles.
Une autre manière d’habiter le monde
Écouter les Mentawaï, c’est approcher une manière différente de penser la place de l’homme dans la nature. Leur univers ne sépare pas strictement le visible et l’invisible, le corps et l’âme, le quotidien et le rituel. La forêt, les animaux, les plantes, les ancêtres et les humains participent d’un même ensemble fragile, qu’il faut sans cesse respecter et rééquilibrer.
Dans l’entretien, Jérôme Kotry et Olivier Lelièvre évoquent plus en détail le rôle social des sikerei, la manière dont ils procèdent pour rétablir l’harmonie disparue lors des cérémonies chamaniques, mais aussi ce que la vision mentawaï peut nous apprendre dans une période de crise globale.
Masurabagatta ! (Merci)
Et comme disent les Mentawaï : Moile Moile (aller doucement).
Partir en Indonésie avec Tamera
Basée dans le vieux Lyon, l’agence Tamera est spécialiste des voyages et treks en Indonésie. Nous découvrons un vaste archipel, du nord de Sumatra jusqu’aux petites îles de la Sonde, et nous immergeons au cœur de nombreuses ethnies et communautés.
Chez les « hommes-fleurs » Mentawaï, les Dayak et les Penan de Bornéo, les Torajas de Sulawesi ou les Korowai de Papouasie indonésienne, l’Indonésie se révèle comme un monde d’îles, de forêts, de peuples, de rites et de traditions vivantes.
Immersion chez les hommes-fleurs mentawaï de l'île de Siberut
Rencontres chamaniques chez les Mentawaï avec Olivier Lelièvre

