22 février 2018 - Birmanie, Peuples et fêtes, Asie du sud-est et Pacifique

⚠️ Article d’archive — à lire dans son contexte de 2018

Ce texte a été écrit en 2012, à un moment d'ouverture démocratique en Birmanie. Depuis, la situation du pays a radicalement changé : un coup d'État militaire a eu lieu le 1ᵉʳ février 2021, entraînant une guerre civile toujours en cours. Les autorités françaises et belges déconseillent aujourd'hui fortement tout voyage en Birmanie. Cet article est conservé à titre de témoignage historique et ne reflète en aucun cas la situation actuelle du pays ni notre offre de voyage actuelle. Pour des informations à jour, consultez les conseils aux voyageurs de votre ministère des Affaires étrangères.

Pour une approche actuelle de la région au sens large, les voyages en Asie du Sud-Est et Pacifique permettent d’explorer d’autres itinéraires selon les possibilités du moment.

Nous vous emmenions alors à la rencontre des différents peuples habitant l’État Kayah de Birmanie, encore assez méconnu malgré la notoriété de certaines de ses ethnies, tels les Kayan, dont les femmes sont parfois surnommées “femmes-girafes”. Coincée entre l’extrême sud du lac Inlé et la frontière thaïlandaise, entre État Shan et État Karen, cette région fut longtemps interdite aux voyageurs étrangers. Elle s’ouvrait alors peu à peu, avec notamment des projets d’écotourisme profitant aux communautés villageoises et de nouvelles routes que l’on pouvait emprunter.

Cet article faisait le point sur la situation telle qu’elle se présentait à quarante jours d’un voyage de reconnaissance de vingt jours accompagné par Jérôme Kotry, prévu en avril 2018 dans cette région.

L’État Kayah

Avec seulement 11 732 km², l’État Kayah est le plus petit de Birmanie. Il se situe entre le lac qui prolonge le lac Inlé vers le sud et la frontière avec la province thaïlandaise de Mae Hong Son. Il est traversé, dans sa partie orientale, par le puissant fleuve Salouen, qui prend sa source au nord de Lhassa, au Tibet, avant de se jeter dans l’océan Indien dans la région de Mawlamyine, ancienne Moulmein.

Il s’agit en quelque sorte d’une région charnière entre les vastes États Shan, au nord, et Karen, au sud, tous deux habités par deux peuples majeurs de Birmanie représentant chacun environ quatre millions de personnes.

L’État Kayah n’abrite quant à lui qu’environ 300 000 habitants, dont 120 000 dans la seule ville de Loikaw, capitale de l’État. Les peuples majoritaires sont plus connus sous l’appellation générale de Karenni.

Historiquement, on parlait d’États Karennis : un ensemble de trois petits États situés à l’est de ce qui était la Birmanie britannique, dont l’indépendance avait été reconnue par un traité conclu en 1875 entre les Anglais et le roi birman Mindon. Après le coup d’État du général Ne Win, les Birmans ne reconnurent plus ce droit à l’indépendance, d’où une rébellion continue et active qui agita longtemps la région. L’État Kayah resta fermé jusqu’en 2012, avant de s’ouvrir peu à peu.

 

 

Peuples de l’État Kayah

Les principaux peuples de l’État Kayah sont souvent regroupés sous l’appellation générale “Karenni”, c’est-à-dire “Karen rouges”, ce qui souligne leur origine ethnique tibéto-birmane commune avec les Karen et les Pa-O. Ces derniers vivent plus au nord, dans les montagnes qui bordent le lac Inlé, surtout dans sa partie orientale.

Sous l’appellation Karenni, on retrouve les Kayan, Kayah, Kayaw, Geko, Geba, Yintale, Yinbaw et quelques autres groupes.

Les Kayan

Le peuple Kayan est réparti en plusieurs sous-groupes qui habitent dans l’État Kayah, mais aussi dans le sud de l’État Shan. Ils sont environ 60 000 au total. Beaucoup sont devenus chrétiens sous l’influence des missionnaires évangélistes, mais aussi italiens catholiques.

Parmi eux se trouve le sous-groupe des Kayan Lahwi. Ce sont ces femmes que l’explorateur franco-polonais Vitold de Golish surnomma “femmes-girafes” dans les années 1950. En birman, elles sont appelées “Padaung”, c’est-à-dire “long cou”.

Les Kayah

Les Kayah sont près de 100 000 et constituent le peuple le plus important de l’État Kayah, auquel ils ont donné leur nom. Les femmes du peuple Kayah furent surnommées “femmes-éléphants” par Vitold de Golish dans les années 1950, certainement parce qu’elles enroulaient traditionnellement des fibres végétales autour de leurs genoux.

Cette pratique n’est plus observée que lors de fêtes et de célébrations.

Les Kayaw

Les Kayaw, appelés aussi Bwe, sont près de 25 000. Ils habitent surtout dans l’État Kayah, mais également dans le sud de l’État Shan et le nord de l’État Karen.

Au moment où cet article fut rédigé, on ne pouvait aller à leur rencontre que depuis environ deux ans, leur région n’étant auparavant pas accessible aux étrangers.

 

 

Les possibilités de découverte en 2018

Les choses évoluaient rapidement depuis 2012, mais il était encore obligatoire de passer toutes les nuits à Loikaw. On ne pouvait pas dormir dans des auberges situées dans des bourgades telles que Dimawsoe, Hpruso, Bawlakhe ou Hpa Saung. La découverte de l’État Kayah se faisait donc en rayonnant “en étoile”, avec des départs très matinaux pour rejoindre les régions accessibles les plus éloignées.

Le logement chez l’habitant n’y était pas encore autorisé, comme dans une grande partie de la Birmanie en dehors de quelques zones de trek connues. Il était toutefois devenu possible d’aller à la rencontre du peuple Kayaw, de rejoindre les bords du fleuve Salouen du côté de Hpa Saung, ainsi que de descendre par la route vers les plaines de Taungoo via Dimawsoe et le nord de l’État Karen. La région de Thandaung, dans cette partie septentrionale de l’État Karen, devenait elle aussi accessible.


Le voyage de reconnaissance d’avril 2018

Le 4 avril 2018, Tamera prévoyait un voyage de reconnaissance afin de découvrir plus en profondeur l’État Kayah, avec neuf à dix jours d’immersion. Ce voyage devait permettre d’assister à trois fêtes annuelles : Kayan National Day, Kayaw National Day et Tan Khon Thaing Festival, ainsi qu’à plusieurs grands marchés ayant lieu tous les cinq jours.

L’itinéraire devait rayonner “en étoile” vers les régions accessibles, en passant une journée complète chez chacun des peuples principaux, Kayan, Kayah et Kayaw, dans des villages assez éloignés. D’autres peuples devaient également être rencontrés, notamment les Lisu.

Avant de rejoindre l’État Kayah, le programme prévoyait une randonnée de Pinlaung vers Sagar, dans la partie méridionale du lac Inlé, puis la découverte de la région de Thandaung Gyi au nord de l’État Karen.

 

Une archive sur une région longtemps fermée

Cet article garde aujourd’hui sa valeur comme archive d’une période précise : celle où l’État Kayah semblait s’ouvrir progressivement aux voyageurs étrangers, après des décennies d’isolement. Il présente une région charnière entre États Shan et Karen, marquée par la présence du fleuve Salouen, de Loikaw et de plusieurs peuples regroupés sous le nom de Karenni.

Il ne doit toutefois pas être lu comme une information actuelle sur les possibilités de voyage en Birmanie, mais comme le témoignage d’une reconnaissance envisagée en 2018 et d’un moment particulier dans l’histoire récente de l’ouverture touristique de l’État Kayah.