Le Sahara demeure l’illustration de ce que disait Victor Segalen du voyage comme rencontre entre l’imaginaire et le réel. Pour l’Europe en général, et la France en particulier, cet imaginaire commence avec des peintures de la Renaissance montrant des dromadaires accompagnant les rois mages. Il se prolonge ensuite par les textes de voyageurs arabes, puis se diffuse plus largement au XIXe siècle, au gré d’un orientalisme à la mode et du succès des récits d’explorateurs, tel René Caillié décrivant son voyage à Tombouctou. Entre mémoire des grandes traversées, monde touareg et immensité minérale, les treks et randonnées chamelières au Sahara prolongent encore aujourd’hui une part de cet imaginaire, là où les conditions de terrain le permetten
Des icônes sahariennes à l’imaginaire collectif
Le contrôle colonial du grand désert, après la conquête de l’Algérie et celle du Soudan, marque le sommet de cette production d’images. Elle exalte le romantisme des compagnies méharistes, la foi du Père de Foucauld, les légionnaires qui “sentent bon le sable chaud”, les autochenilles Citroën de la Croisière noire et le Transsaharien, resté en projet pendant près d’un siècle.
Cet imaginaire fait aussi une place de choix au guerrier touareg, devenu figurant de l’empire français. Le Sahara est alors autant un territoire réel qu’un décor mental, traversé de récits, de silhouettes, de mythes et de projections européennes.

De l’imaginaire du rêve à celui du terrorisme
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Sahara est déjà une destination touristique, avant de devenir un trésor d’hydrocarbures et un site d’expériences nucléaires. Au temps des indépendances, partagé entre une dizaine de nations, il demeure un but de voyages de loisir, un terrain de jeu pour véhicules à moteur, avec le Paris-Dakar, et un lieu de tournage pour films de grands horizons.
Ces images sont parfois supplantées par celles, tragiques, des famines sahéliennes. Mais la persistance rétinienne demeure : un soleil couchant sur le Hoggar, des fresques préhistoriques, des “hommes bleus” préparant le thé, des dromadaires de caravanes immémoriales. Les reportages en abusent et les publicitaires s’en emparent.
Tout change à la fin du XXe siècle. Peu à peu, le Sahara devient une destination inaccessible ou déconseillée dans certaines de ses zones. La kalachnikov des preneurs d’otages remplace la taguella partagée au bivouac du soir entre randonneurs venus d’Europe et guides locaux. Un kaléidoscope tragique mêle attentats, affrontements civils, interventions militaires et rébellions armées.
Mais l’Histoire n’étant jamais ni figée ni écrite d’avance, il est permis d’espérer un retour normal de l’usage des 4x4 : celui de transporter des humains, leurs biens et leurs marchandises, plutôt que de servir de support à des mitrailleuses lourdes.
Michel Pierre et le grand récit du Sahara
Michel Pierre a publié aux éditions Belin Sahara, le grand récit, une synthèse sur l’histoire du Sahara, des origines à l’époque contemporaine. Cette lecture permet de replacer le désert dans une histoire longue, bien au-delà des seules images romantiques, touristiques ou sécuritaires qui l’ont successivement recouvert.

Note de Tamera
La dangerosité du Sahara est elle-même souvent imaginée, parfois fantasmée. Pour autant, toutes les zones n’y sont pas accessibles et les conditions de voyage doivent être étudiées avec précision, selon les régions et les périodes. Tamera reste attachée à ces espaces sahariens et continue de proposer des treks et randonnées chamelières là où le terrain, les partenaires locaux et les conditions de sécurité le permettent.

