D’Éthiopie, nous connaissons souvent les sites dont les noms abritent une grande Histoire : Axoum, Gondar et Lalibela. Nous connaissons les noms de la terre tourmentée et certaines de ses eaux : vallée du Rift, Danakil, Nil Bleu, Omo. Nous connaissons les noms de quelques peuples et tribus : Oromo, Tigréens, Hamar et Mursi.
Mais il est plus rare de connaître le Ras Dashen, son sommet, le plateau du Sanetti où vit l’ouette, Harenna et ses arbres centenaires. Il est plus rare de connaître la surprenante église de Guh et le petit village de Mequat Mariam, de randonner sur les sentiers des massifs, de partager le thé ou l’injera avec un villageois.
Pour qui cherche une Éthiopie plus confidentielle, nos voyages en Éthiopie, entre hauts plateaux, massifs d’Abyssinie, villages et rencontres de terrain ouvrent des chemins vers les reliefs, les fêtes et les présences humaines qui donnent au pays sa profondeur.

Dans les massifs d’Éthiopie
« Des bergers, assemblés autour des sycomores et des acacias ruisselants d’ombre bleue, nous saluaient en levant le bras avec une dignité venue du fond des âges. Rien d’arcadien toutefois, rien d’idyllique dans cette nature au contour libre et pur, mais une paix maigre, osseuse, solide, une paix orgueilleuse. »
Nous sommes là, avec Curzio Malaparte, dans le Tigray, en 1939. Et il en est toujours ainsi dans ces rudes et majestueuses montagnes qui bordent le nord de l’Abyssinie : une sérénité fière et sans complaisance fait vibrer l’air, tandis que les hommes, enveloppés de leur chamma blanc ou d’une couverture à carreaux, restent les veilleurs de ces espaces vertigineusement beaux et des mémoires qu’ils portent.
Mémoires de la tourmente, du soulèvement des terres il y a des millénaires pour former les plus hauts plateaux d’Afrique, le Tigray et le Simien, avec les entailles profondes où coulent les rivières aux eaux grondantes comme celles du Tekezzé. Mémoires des hommes, forées dans la roche, peintes sur leurs rugueuses parois : églises et fresques.
Plus au sud, dans l’est, les montagnes du Balé sont un joyau, un abri pour une biodiversité florale et faunique unique en Afrique. Des espèces isolées par les reliefs diversifiés ont fait de ce domaine de forêt tropicale, de son plateau afroalpin, de ses pics impressionnants, de ses sols de lave et de ses escarpements leur refuge. Des centaines d’oiseaux endémiques l’animent de leurs vols et de leurs chants.
Ces massifs se découvrent par des randonnées de niveaux variés, à l’écart des voies du voyage classique, dans une nature vivante et somptueuse.

Dans les villages d’Éthiopie
L’Abyssinie est la terre d’une grande histoire faite d’empires, de luttes religieuses, d’architectures uniques en Afrique, de textes, de peintures et de légendes. Axoum, Gondar, Lalibela en sont quelques noms glorieux. Lieux étonnants, fascinants.
Cette Histoire et ses légendes sont le sort, le destin revendiqué d’un peuple composé d’une multitude d’ethnies, aux multiples langues et dialectes : Amhariques, Oromos, Tigréens. Loin de la grande route d’asphalte, ce peuple déroule une existence quotidienne dans sa campagne et ses massifs, au sein de petits villages souvent distants de quelques kilomètres.
Les lieux de leurs rencontres sont les marchés hebdomadaires des villages, où s’échangent les nouvelles avec les biens. Pour s’y rendre, les Éthiopiens peuvent marcher des kilomètres, le bâton sur les épaules ou le panier d’injera sur le dos, voire sur la tête.
Maigres sont souvent les marchandises à vendre mais, pour l’âme de ces populations, la richesse n’est pas seulement dans les birrs épais qui passent de main en main. Profondément spirituelles, elles expriment leur ferveur dans les églises, sans fards, une ferveur qui traverse les corps et les regards.
Leurs richesses, ce sont aussi les champs qu’elles travaillent et entretiennent avec des instruments agraires traditionnels et les bœufs. Ce sont les troupeaux de chèvres et de bovins au dos gibbeux que l’on fait pâturer à l’ombre des immenses eucalyptus. Ce sont les soirées en famille autour du feu domestique, et le temps du café que l’on torréfie minutieusement à chaque fois, au milieu des feuilles vertes.
Dans certains itinéraires, nous invitons à croiser et à partager ce quotidien ancestral, tout ensemble humble et fier. Nous souhaitons faire goûter la saveur intime, âpre et paisible de ces gestes qui, loin de nos conforts habituels, rappellent que de la grandeur et de la bonté se vivent dans les coins perdus des hauts plateaux abyssins.

Le Fékat Circus
« Il était une fois… » Ainsi pourrait débuter le récit, comme souvent en Abyssinie. Il était une fois, à Addis-Abeba, des enfants des rues ; il était une fois des professionnels du cirque. Ils ont enseigné aux enfants leurs tours et les enfants se sont pris au jeu.
Ils ont pris le temps de se réfugier auprès de Dérégé et Giorgia, d’apprendre, de s’entraîner au lieu de s’abandonner aux tentations médiocres des ruelles. Cette rencontre a donné lieu à l’invention d’une troupe extraordinaire : le Fékat Circus.
Marc raconte :
« Je suis descendu dans une petite rue pavée luisante de pluie, vers des grandes palissades de tôles bariolées derrière lesquelles j’entendais rire, souffler, crier, chanter. Ayant franchi l’entrée ... je me suis retrouvé au milieu d’un fatras d’enfants projeter en l’air par des plus âgés qu’eux, en salto, vrilles et pirouettes. Juste derrière des jeunes fille faisaient tourner des coussins des chapeaux sur leur pieds, leur main, leur reins. Ailleurs, deux jeunes ados s’entrainaient au diabolo à travers un échafaudage, un nain, comme dans un cirque d’antan était monté sur des rouleaux américains. »
Giorgia explique :
« Nous avons trouvé de véritable talent dans la rue ... Nous avons des enfants de 5 à 18 ans qui vivent ici, filles et garçons, nous réalisons des théâtres forum sur les thèmes de la prostitution, de la mendicité, de l’absorption de drogue, la grossesse précoce ... Nous essayons de transformer tout cela en spectacle, et par le biais de l’art de les affranchir de toute cette violence. »
Partir sur les pistes d’Éthiopie avec ce cirque original et enjoué, s’arrêter avec lui dans les villages, participer aux échanges et à l’organisation des spectacles, c’est rejoindre une aventure inédite au cœur de la joie conquise, du jeu et de la vie éthiopienne des hauts plateaux abyssins.


