16 novembre 2016 - Éthiopie, Peuples et fêtes

Nous prenons la route historique pour rejoindre le Tigray, ses montagnes, ses plateaux, ses vallées aux majestueux sycomores. C’est dans ces lieux champêtres, aux ambiances douces, que nous participons avec les villageois aux rites, aux processions, aux chants et aux prières du Timkat, la somptueuse fête éthiopienne de l’Épiphanie.

Au fil de la route historique, les processions du Timkat, les églises anciennes et la ferveur des villages donnent toute leur profondeur à nos voyages en Éthiopie.

Dans l’intimité d’une population fervente et humble, nous vivons des expériences de rencontre uniques. Nous plongeons dans des temps où fusionnent légendes et Histoire.

 

 

Un christianisme du IVe siècle

Les légendes enveloppent la conversion de l’Éthiopie au christianisme. Il est vraisemblable néanmoins qu’elle se soit faite au IVe siècle, avec la conversion du roi Ezana par Frumence, premier évêque d’Aksoum, d’origine syrienne, appelé « le père de la Paix », Abba Salama.

Cette entrée officielle dans le christianisme fait de l’Éthiopie l’une des plus anciennes Églises chrétiennes du monde et introduit cet immense pays à ce qui fait toujours de lui une exception culturelle dans le monde africain.

Depuis, l’Éthiopie n’a cessé de développer l’originalité et l’autonomie de sa forme chrétienne. Le royaume du Prêtre Jean est une terre d’aventures et de luttes pour conserver et affermir cette spécificité religieuse.

De rite guèze, l’Église éthiopienne est une Église orientale dont le chef est un patriarche. Elle est indépendante de l’Église copte d’Alexandrie depuis 1959 et relève d’une théologie monophysite : le Christ n’a qu’une seule nature, divine, sa nature humaine ayant été absorbée par sa divinité.

 

 

La sortie des tabots

Durant les festivités du Timkat, les tabots sont sortis, entourés de processions ferventes. Que sont-ils pour provoquer une telle vénération populaire ?

Ils représentent l’Arche d’Alliance, et il y en a un dans chaque église éthiopienne. Ces répliques renvoient au tabot sacré censé se trouver à Aksoum. Il est raconté qu’un proche de Ménélik, fils de la reine de Saba et du roi Salomon, l’aurait dérobé à Jérusalem pour le rapporter en Éthiopie.

Dans la réalité, ces tabots représentent le plus souvent le contenu supposé le plus essentiel de l’Arche d’Alliance : les Tables de la Loi.

Durant le Timkat, les prêtres les portent sur la tête, enveloppés de tissus, pour les amener vers le bord d’une eau qu’ils bénissent et où la magnifique liturgie est célébrée. On peut noter, par ce rite des tabots, l’imprégnation de l’Ancien Testament sur la spiritualité et les pratiques de l’Église éthiopienne.

Les églises du Tigray

L’Éthiopie, tôt christianisée, fut aussi une terre hautement convoitée par l’islam conquérant. La résistance éthiopienne à ces tentatives d’envahissement fut toujours générale et populaire.

Il semble qu’une partie des églises du Tigray furent bâties en ces temps troublés pour permettre aux chrétiens d’échapper à l’emprise de l’islam. Dans des grottes, des caveaux, des lieux improbables, la prière fut maintenue, les peintures se dessinèrent. Les tabots durent être dissimulés, mis au secret au cœur des roches.

Nos pas nous conduisent à en visiter certaines, aux entrées confidentielles. Dans l’intimité de la pierre, de fascinantes peintures se déploient. La singularité de la spiritualité orthodoxe des Éthiopiens du Nord imprègne les murs de ces temples, les gestes et les traditions des habitants.