Mémoires du chemin | Le Dolpo est au cœur de notre actualité.
Nous publions ici un récit de Nanouche Crémieu, qui accompagna l'un des premiers voyages au Bas Dolpo dès que la région fut ouverte dans les années 1990, à travers Tamera et ses treks et voyages d'aventure au Népal. À l'époque, comme il n'y avait pas la piste d'atterrissage de Juphal, il fallait partir de Dorpathan à pied pour ensuite rejoindre Jumla. Le Dolpo reste encore aujourd'hui une région de culture tibétaine authentique et préservée. Découvrez le récit de Nanouche, qui a aussi publié le récit de sa vie : Vagabonde - Himalaya, une histoire d'amour.

Tarap, « la vallée des chevaux excellents »
J'ai commencé à visiter le Népal et y randonner dans les années 1970 et le Dolpo ou le Mustang étaient encore inaccessibles. Cela nous faisait rêver comme tout ce qui est « interdit » ! Et puis là-haut il y avait la culture tibétaine, et même la religion Bön, si peu connue, ainsi que l'école des anciens, les Nyingmapas.

La route de Do Tarap
Partis des rizières sous la chaleur moite de la fin de mousson, nous avons avancé petit à petit dans les collines jusqu'à Dorpathan où nous sommes arrivés avec joie !
Enfin de l'air frais, des cimes enneigées des Kanjiroba au lointain, au-dessus des forêts de conifères ! Plus haut sur une crête nous dominaient de superbes troupeaux de bharals, ou blue sheeps, sur le plateau en bas les yacks domestiques des caravaniers paissaient après avoir traversé les hauts cols de transition avec les collines népalaises. Alors ils échangeaient leurs charges avec les porteurs venus d'en bas.
Avec la remontée des gorges vers Do, au-dessus des forêts de genévriers de haute taille, ce fut un festival de paysages rocailleux, de falaises colorées, de chemins en balcons, de grottes de bivouacs, tout ce qu'il faut pour « adorer » cette aventure ! Croiser les caravanes de yacks qui descendent la laine et le sel. Je me souviens avoir demandé à un caravanier s'il savait où était vraiment la frontière et comment il savait s'il était au Népal ou au Tibet côté chinois. Il m'a répondu que c'était seulement quand il rencontrait des militaires qu'il le savait, car les uniformes étaient différents !

Dans les villages de la vallée, Do, Tokyu, nous avons vu les femmes tisser les bandes de laine multicolore qui sont utilisées pour les sacs et les couvertures, nous avons visité un artisan qui sculptait des mantras sur les pierres, puis celui qui faisait les broches argentées décorées de turquoises et coraux avec lesquelles les femmes attachent leurs manteaux ainsi que les coiffes en métal typiques de cette région. Et puis surtout, partout dans les champs, c'était le battage de l'orge en chantant ! La vie ! Partout l'accueil, le rire en nous voyant ! « Tchang ? Tchang dun ? » (« Venez boire du tchang », la bière d'orge fermentée). Au passage nous remarquions de beaux chortens particuliers par leurs toitures et de belles décorations sur les quatre faces : le paon, le tigre, le cheval ou des signes auspicieux comme l'anneau d'éternité, la conque, le parasol, la bannière de victoire, le pot d'amrita, liqueur de longue vie, faits en relief et peints en ocre et blanc.

Le lac, perle du Dolpo
Après deux jours en haute altitude, petits pas et souffle court, nous voici enfin au bord du lac si bleu, si turquoise ! Ce lac, dit-on, Padmasambhava y noya la démone qui rendait les gens si malheureux ! La couleur du lac, reflet du ciel, d'un bleu turquoise étonnant, varie du plus clair au plus dense, des rives au centre, et, à ce que l'on dit, il est si profond ! Une balade sur le chemin acrobatique en balcon qui mène vers Shey ! Splendides vues sur le lac en le longeant et arrêts fréquents pour le plaisir des yeux ! Mais nous revenons au camp près du lac car cette année-là le Haut Dolpo n'était pas encore ouvert, juste une bonne raison d'attendre cette opportunité pour y revenir ! Nous sommes redescendus le long du torrent qui fait la plus haute cascade du Népal, admirant ce bouillonnement fantastique, assourdis par le bruit ! Puis nous avons rejoint le village d'hiver des gens de Phoksumdo où ils cultivent et ont des réserves de foin pour les bêtes en hiver. Plus bas, à la jonction des torrents, celui qui descend du lac et celui qui descend de la chaîne des Kanjiroba, nous voilà repartis à l'assaut du dernier col, le Kagmara, qui nous sépare du plateau de Jumla. Longue descente vers le plateau, envie que ce ne soit pas déjà fini, et où pourrait-on encore aller ? Jusqu'au mont Kailash peut-être ?
© Photos de David Ducoin

