06 avril 2016 - Indonésie, Peuples et fêtes, Asie du sud-est et Pacifique

Les “hommes-fleurs” Mentawaï vivent en harmonie avec la nature et les esprits. Ils se parent de tatouages et de fleurs afin de mieux plaire à leur âme, d’où leur magnifique surnom. Les Sikkerei, chamanes mentawaï, ont un rôle central dans la vie quotidienne de ce peuple où tout repose sur l’harmonie.

À Siberut, île forestière de l’archipel mentawaï, au large de Sumatra, cette rencontre ouvre une porte singulière sur nos voyages en Indonésie autour des peuples et des îles, loin des grands itinéraires classiques et au plus près d’un monde de clans, de rituels, de forêt et d’esprits.

Olivier Lelièvre, spécialiste des Mentawaï

Tamera est devenu l’un des spécialistes de ce peuple passionnant et émouvant, notamment grâce à Olivier Lelièvre, grand connaisseur des Mentawaï et ami de Tamera. Depuis une trentaine d’années, il parcourt l’Indonésie en ethnographe autant qu’en photographe.

Tout a débuté dans la tribu des Kenyah, au cœur de Bornéo, où il est resté un an. Il a ensuite séjourné à maintes reprises chez les Mentawaï et chez les Toraja de Sulawesi, entre autres. Il a publié plusieurs livres et collabore régulièrement à la réalisation de documentaires, notamment pour Thalassa.

Un monde fragile face au changement

Nous partons régulièrement chez les Mentawaï, mais pour combien d’années encore ? Le développement d’infrastructures, notamment d’une route, risque d’amener un tourisme plus important et de folkloriser cette région longtemps isolée du monde.

Cette évolution pousse à aller plus loin dans la forêt, non pour rechercher une image figée des Mentawaï, mais pour préserver la qualité de l’immersion et la justesse de la rencontre. Chez les hommes-fleurs, l’enjeu n’est pas seulement de voir, mais de prendre le temps de comprendre un équilibre fragile entre les humains, les esprits, les plantes, les animaux, les clans et l’uma, la grande maison communautaire.

Un cycle en terres chamanes

Cette immersion chez les Mentawaï s’inscrivait aussi dans un cycle consacré aux terres chamanes. Tamera possède une longue expérience des ethnies et des peuples du monde. Au fil de nombreux voyages dans des sociétés traditionnelles, nous avons rencontré des guérisseurs, médecins traditionnels et chamanes.

Avec Pierre Ramaut, psychanalyste belge, Tamera avait lancé un cycle d’exploration du chamanisme mondial, à raison d’un voyage par an. Après des périples en terres amérindiennes, puis en Mongolie, l’immersion chez les hommes-fleurs de Siberut prolongeait cette approche, en compagnie d’Olivier Lelièvre, ami de Teo Rocha, l’un des Sikkerei les plus connus de Siberut.

Dans l’uma des hommes-fleurs

Une émission radiophonique suisse, Détours, réalisée par Madeleine Caboche, a également permis de vivre une immersion sonore dans l’uma. Anne Pastor, spécialiste des peuples premiers à France Inter, y décrivait une cérémonie chamanique chez les hommes-fleurs de Siberut. Cette émission avait été enregistrée lors de son voyage avec Olivier Lelièvre et Tamera en novembre 2015.

À travers les voix, les chants, l’atmosphère de la maison communautaire et la présence des Sikkerei, cette expérience sonore prolongeait l’émotion d’une rencontre rare. Elle rappelait que, chez les Mentawaï, le visible et l’invisible ne sont jamais séparés : les fleurs, les tatouages, les gestes, les chants, la forêt et les esprits composent un même monde.