08 juin 2018 - Laos, Peuples et fêtes, Asie du sud-est et Pacifique

En raison de fortes évolutions dans les montagnes du nord Laos, en particulier sous l’influence chinoise, nous avons revu l’itinéraire de notre traversée du Laos du nord vers le sud. Le voyage démarrait désormais par Dien Bien Phu, au nord du Vietnam, plutôt que par Chiang Rai, au nord de la Thaïlande. Cette approche permettait d’arriver directement dans les régions les plus intéressantes des montagnes du nord Laos, autour du bassin de la rivière Nam Ou.

Dans la partie centre-sud du pays, l’itinéraire traversait le plateau de Khammouane, au cœur de magnifiques paysages karstiques. Il pouvait aussi être combiné avec la découverte du massif isolé de Phu Phat Thi, citadelle karstique vénérée par les peuples Hmong, Khmu et Dao voisins, à la frontière avec le Vietnam. Plus au nord comme plus au sud, cette traversée ouvrait aussi sur les voyages au Laos entre montagnes, peuples et vallées du Mékong, avec des immersions auprès du peuple Iko des monts de l’Éléphant et du peuple Katu du Haut Xekong.

Traversée du Laos du nord au sud

Compte tenu de la forte évolution que connaît le nord du Laos depuis quelques années, surtout du côté de la frontière chinoise, il devenait nécessaire de modifier l’approche du voyage. Construction de routes, déplacements de villages vers ces nouveaux axes, développement de vastes surfaces de cultures commerciales destinées à l’exportation vers la Chine : ces transformations ont profondément changé certaines zones de montagne.

C’est pourquoi l’itinéraire a été recentré autour du bassin de la rivière Nam Ou, gros affluent du Mékong. L’arrivée depuis Dien Bien Phu, au nord du Vietnam, situé à seulement 38 kilomètres de la frontière laotienne, permet de rejoindre rapidement les rives de la Nam Ou et de partir en randonnée à la rencontre des peuples Iko, Hmong, Khmu et Tai Lu.

Dans le centre-sud du pays, la traversée passe par la vaste région karstique de Khammouane, avec notamment la grotte de Konglor, creusée par la rivière Hin Boun. Longue de sept kilomètres, elle se traverse en bateau pour rejoindre, de l’autre côté, le village isolé de Na Tan. Ce passage marque l’un des grands moments du voyage, entre reliefs calcaires, obscurité souterraine et impression de basculer dans un autre versant du Laos.

Les massifs karstiques du Laos

Le plateau calcaire de Khammouane est très vaste : près de 290 kilomètres de long sur 40 kilomètres de large. Il abrite de nombreuses grottes et d’étonnants reliefs karstiques qui ont longtemps rendu cette région difficilement accessible. Peu connue, elle a été déclarée zone de conservation de la biodiversité par l’UNESCO, selon le texte d’origine.

À la suite d’un recensement de sentiers de randonnée par une ONG, un projet de reconnaissance avait été imaginé dans ces massifs karstiques. L’idée était de terminer par cette superbe région montagneuse, en s’appuyant sur l’expertise d’André Villon, qui avait justement participé à ce recensement.

Avant de rejoindre le plateau de Khammouane, l’itinéraire devait d’abord découvrir le massif du Phu Phat Thi, véritable citadelle karstique située dans la réserve de Nam Et, dans la région de Sam Neua, non loin de la frontière vietnamienne. Le Phu Phat Thi est depuis toujours sacralisé et interdit d’accès par les groupes ethniques voisins, Khmu, Dao et Hmong, ces derniers y voyant la résidence des Phi, les génies.

Par sa configuration chaotique, sa sacralisation, son destin et les circonstances de son attaque finale, le Phu Phat Thi peut être comparé à Montségur, la fameuse citadelle cathare. Durant la guerre secrète au Laos, la CIA transforma son sommet en base théoriquement imprenable, l’une des plus secrètes au monde à cette époque, avant qu’elle ne soit finalement prise par l’improbable voie des falaises.

La plaine des Jarres

Entre le massif de Phu Phat Thi et le plateau de Khammouane, l’itinéraire traverse la région de la plaine des Jarres. Ces hauts plateaux sont habités par les ethnies Hmong et Thai Noir. On y trouve de grandes jarres datant de plus de 2 000 ans, dont l’origine et l’utilisation exactes ne sont pas encore connues avec certitude.

Certaines de ces jarres sont situées à proximité d’un village Hmong, dans une zone peu connue. Cette étape relie ainsi l’archéologie, les hautes terres, les peuples montagnards et les mystères anciens du Laos, loin d’une lecture uniquement fluviale ou bouddhique du pays.

Les Iko / O’Pa des monts de l’Éléphant

Au nord du Laos, les O’Pa habitent sur le versant nord des monts de l’Éléphant, à l’ouest de la rivière Nam Ou. Le texte d’origine les rattache au peuple Iko, rencontré lors de randonnées dans ces montagnes.

Cette immersion permet d’aborder un Laos montagnard, fait de sentiers, de villages et de peuples minoritaires, dans une région où les évolutions rapides du territoire rendent l’approche d’autant plus précieuse. Le nord du pays n’est pas seulement une porte d’entrée vers Luang Prabang ou le Mékong : c’est aussi un monde de reliefs, de langues, de cultures et d’itinéraires villageois.

Les Katu du Haut Xekong

Au sud du Laos, dans le bassin du Haut Xekong, tout près de la frontière vietnamienne, l’article évoque aussi l’immersion chez le peuple Katu, dans la cordillère Annamitique. Cette région ouvre sur un autre Laos, plus méridional, forestier et frontalier, où les liens avec le centre du Vietnam sont importants.

Le voyage pouvait d’ailleurs se prolonger vers le centre Vietnam à la rencontre d’autres Katu et d’autres peuples. Cette continuité rappelle que les frontières politiques ne recouvrent pas toujours les continuités culturelles : les peuples de la cordillère Annamitique habitent des territoires de montagne qui débordent largement les limites administratives.

Un Laos de traversée et de confins

De Dien Bien Phu aux portes du Cambodge, cette traversée du Laos permettait de relier plusieurs visages du pays : montagnes du nord, bassin de la Nam Ou, peuples Iko, Hmong, Khmu et Tai Lu, grotte de Konglor, plateau de Khammouane, Phu Phat Thi, plaine des Jarres et pays Katu du Haut Xekong.

L’article témoignait aussi d’une adaptation nécessaire aux transformations rapides du nord Laos. Routes, déplacements de villages, cultures commerciales, influences frontalières : le terrain change, et avec lui la manière de voyager. C’est précisément ce qui donne à cette traversée sa valeur : suivre un Laos vivant, mouvant, où l’itinéraire doit rester attentif aux peuples, aux paysages et aux mutations du territoire.