26 juillet 2017 - Népal, Trekking

Qu’on le nomme Chomolungma en tibétain, Sagarmāthā en népalais ou mont Everest, la région de l’Everest fait toujours autant rêver.

Qu’on le nomme Chomolungma en tibétain, Sagarmāthā en népalais ou mont Everest, la région de l’Everest fait toujours autant rêver. Des villages sherpa aux grands cols du Khumbu, des lacs de Gokyo au Kala Pattar, elle concentre quelques-uns des itinéraires les plus emblématiques de nos voyages dans la région de l’Everest.

Dans ces mémoires du chemin, Serge Ducoin décrit son périple vers le camp de base de l’Everest en traversant les hauts cols.

 

 

La conquête

Qu’ils sont loin, les temps héroïques des premières tentatives d’accès au point culminant de la planète. Il aura fallu plus d’un siècle pour que le pic « H », rebaptisé pic « XV », anticipé par George Everest puis découvert en 1849 par James Nicholson depuis le Grand Trigonometrical Survey of India, ne soit « vaincu ».

À partir de 1950, l’invasion du Tibet par les Chinois rend impossible l’ascension par ce versant. C’est désormais par le Népal que les ténors de la grimpe vont essayer d’en découdre avec la Déesse des Vents. Quoique mieux équipés, le défi reste énorme et ce n’est qu’en mai 1953 que le Sherpa Tenzing Norgay et le Néo-Zélandais Edmund Hillary en viennent à bout.

 

 

Les sentiers de l’Everest

Au Népal, l’intrigant réseau de sentiers, les porteurs ainsi que les caravanes de mules et de yaks qui l’empruntent jouent un rôle économique et social fondamental.

Malgré la ténuité et la discrétion de leur empreinte spatiale, et la faiblesse des flux qu’ils engendrent, ces fourmis des hautes altitudes tressent une relation essentielle entre les humains. Ils ont de tout temps traversé les hauts cols et ont aussi contribué aux échanges civilisationnels entre hindouistes et bouddhistes. Que ce soit pour commercer, envahir ou accomplir des pèlerinages, les porteurs, transparents et anonymes, ont toujours été sollicités.

 

 

De Namche Bazar au monastère de Thame

Namche Bazar, dont on aperçoit les toits bleus et verts après une rude grimpette qui nous hisse à 3 400 mètres d’altitude, est justement l’un de ces carrefours commerciaux, comme son nom le laisse deviner.

Nous poursuivons toujours plein nord tandis que le sentier s’élève davantage, nous laissant voir en premier plan quelques faisans dorés et, en toile de fond, mais étonnamment si proche, le mont Everest en personne et son compagnon de toujours, le Lhotse.

Nous obliquons nord-ouest jusqu’à Thame. Les arbres se raréfient, laissant de plus en plus place à des pâturages où quelques dzos mâchonnent, indifférents à notre passage. L’intérêt de monter jusqu’au monastère est double : le panorama alentour et le monastère lui-même, plaqué contre une paroi à 3 900 mètres.

 

 

Renjo La, lac Gokyo et Cho La

Une nouvelle belle journée ensoleillée s’amorce tandis que nous commençons l’ascension du premier col, le Renjo La. Une longue montée de plus de 1 000 mètres : un test, assurément, pour l’acclimatation.

La vue des lungtas virevoltant sur fond de ciel azur est la promesse d’une arrivée proche du col. La récompense est là, en effet, lorsque, dans les derniers mètres, les silhouettes magistrales de l’Everest, du Lhotse, du Nuptse et même du Makalu, tout au fond, pointent leur cime pour enfin se déployer dans toute leur splendeur.

Il est des moments de bonheur que les mots ne parviendront jamais à circonscrire ni à atteindre.

Pour clore cette belle journée, nous avons droit à une superbe chorégraphie, avec le vent déchirant savamment les nuages au-dessus des eaux glacées du lac Gokyo.

Nous laissons Gokyo et, passé le second lac éponyme, nous franchissons la langue terminale du glacier du Ngozumpa avant d’aborder la longue montée du col Cho La dans un paysage chaotique d’éboulis. Montés plus vite que nous, malgré un départ matinal, les nuages nous enveloppent au sommet du Cho La, à 5 420 mètres.

 

 

Le Kala Pattar

Le cœur cogne fort dans sa cage thoracique lorsque nous arrivons sur le méplat de Gorak Shep, à 5 140 mètres, et que nous nous accordons une bonne pause avant la dernière ascension jusqu’au belvédère du Kala Pattar, « roche noire » en népalais, point culminant de la randonnée à 5 550 mètres.

De là, la vue est à couper le souffle. Devant nous, tout près, à peine à deux kilomètres à vol d’oiseau, se dresse l’énorme cône du Pumori. En arrière-plan, la présence massive, sombre et rocheuse de la face sud-ouest de l’Everest, flanquée du Nuptse et du Lhotse. Plus à l’ouest, là-bas, la belle dent de l’Ama Dablam. En contrebas, l’immense glacier du Khumbu étire sa langue grise.

Le spectacle est à la hauteur de ces géants.

 

 

La descente le long de l’Imja Khola

Les jours qui suivent, Pheriche et Dingboche défilent, gonflés que nous sommes de globules rouges et de cette douce ivresse scandée par chacun de nos pas.

Désormais, les sommets du Kang Taïga et du Thamserku, si longtemps dans notre dos, nous font face. C’est la rivière Imja Khola qui, de jour comme de nuit, assurera la bande-son.

Avant d’atteindre Tengboche, nous passons sous les jupes de l’Ama Dablam. Jamais montagne ne fut si agréable à contempler. La gompa, le monastère, de Tengboche est la plus importante du Solu-Khumbu.

 

 

Namaste Everest

Le sentier continue de descendre sous nos pas et nous retrouvons chaleur et végétation, laquelle nous paraît presque luxuriante après l’univers minéral des hauteurs.

L’Imja Khola, de plus en plus fougueuse, semble nous accompagner tout du long. Dans la raide descente qui va de Namche Bazar à Phakding, nous croisons des porteurs aux chargements si volumineux et lourds que nous avons mal pour eux.

Bientôt, Lukla nous apparaît.

Namaste Solu-Khumbu ! Namaste Everest et tous ces sommets meringués ! Namaste terre de légende !