Mémoires du chemin | Régulièrement, nous publions quelques courtes histoires ou anecdotes vécues par nos participants ou des voyageurs illustres. Nous rentrons dans l'esprit d'une rencontre ou d'un lieu. Le Makalu, « la montagne des Français », n'était accessible pour les trekkeurs que par un aller-retour via la Shipton trail. Mais depuis la création de la GHT (Great Himalaya Trail), une boucle se profile, à travers Tamera et ses treks et voyages d'aventure au Népal. David Ducoin fut un des premiers à la tester, c'est son récit que nous pouvons lire dans cet article.

Jamais une expédition touristique ne s'aventura sur cet itinéraire escarpé du bout du monde, au-delà de l'Arun, utilisé quelquefois par temps clair par les chasseurs de miel ou les caravaniers de Hongong et Hatiya, derniers villages tibétains avant le grand inconnu.

Vallée d'Arun
Notre expédition commence à l'aéroport de Tumlinglar vers Num puis, à l'est, vers les villages multiethniques de Gadi danda et Hedanga à 1400 m. Les montées et descentes se succèdent et nous croisons des villageois rai, limbu, sherpa et gurung. Le chemin traverse rizières, champs de maïs et de sarrasin. Les forêts touffues nous accompagnent jusqu'au village de Gola, nous longeons la rivière Arun jusqu'à la confluence avec la rivière Barun. Nous poursuivons un chemin en montagnes russes qui nous offre de magnifiques vues jusqu'à Hongong, dernier village de la vallée de l'Arun.

Popti-la à la frontière tibétaine
Le lendemain, nous partons pour le camp de Bhakim Kharka avec peu d'informations sur la route et un chemin mal tracé. La végétation séculaire nous plonge dans une ambiance feutrée. Nous devons parfois nous faufiler entre troncs et racines pour avancer. Les conditions météorologiques nous paraissent assez satisfaisantes pour explorer la route longeant la frontière tibétaine marquée plus loin par le col du Popti La, à 4 203 m. En guise de poste-frontière, une caravane de yaks nous accueille. Le souffle chaud des animaux fuse de leurs narines percées, comme un jet de vapeur sur l'air sec. Une borne marque la frontière depuis 1962 en chinois et en népalais.

Arrivée au camp de base du Makalu
Nous continuons vers Langmale en remontant le bassin de la Barun Khola qui draine les eaux du Baruntse et du Makalu. Le chemin en balcon surplombe des eaux tumultueuses, témoins bruyants de la magnificence et de l'imprévisibilité de ces montagnes. Enfin, alors que la vallée fait un dernier coude, le Makalu (8 485 m) surgit devant nous. Nous contemplons tous ensemble, en silence, la face sud du Makalu. Elle se dresse juste au-dessus du camp de base où nous dressons nos tentes pour les deux prochains jours.

Épilogue au « Makalupattar »
Le lendemain, acclimatés et reposés, au lieu d'explorer la moraine du Baruntse vers le « camp suisse », nous tentons l'aventure vers un petit éperon de roche jaune sur l'arête orientale, que nous avions aperçu depuis le camp de base. La vue depuis ce belvédère inconnu nous laisse sans voix. Nous sommes au pied du Makalu. Au loin se détachent l'Everest et son petit frère le Lhotse (8 515 m), juste derrière le Baruntse (7 162 m). Un chocard à bec jaune nous observe. Attentif, il prend soudainement son envol, tout en nous lançant de curieux regards. Est-ce le signal du départ ? Doucement, nous nous replongeons dans la civilisation. Le Makalu, la vallée de l'Arun, ses lacs immobiles et lisses, si difficiles d'accès, s'éloignent peu à peu. Dans un battement d'ailes, les papillons et leurs sourires silencieux, eux, nous accompagnent jusqu'au bout.


