Le peuple kalash habite des vallées isolées au cœur du massif de l’Hindu Kush, avec des traditions animistes singulières au sein d’une région à immense majorité musulmane.
Parmi les itinéraires Tamera au Pakistan, les vallées kalash de Rumbur, Bumburet et Birir offrent une immersion rare, au rythme des fêtes, des chants, des danses et d’un mode de vie encore profondément lié au cycle des saisons.
Sur les traces de Jean-Yves Loude, qui a consacré une partie de sa vie au peuple kalash entre 1978 et 1990, Barbara Delière raconte comment elle est devenue passionnée par ce peuple et revient sur ses derniers voyages dans ces vallées de l’Hindu Kush.

Qui sont les Kalash ?
Le Pakistan est un pays à immense majorité musulmane. Malgré cela, le peuple kalash, fort de seulement quelques milliers d’âmes, continue d’exister dans des vallées isolées du massif de l’Hindu Kush, avec des traditions animistes singulières.
Au lieu de disparaître, il connaît même une forme de renouveau culturel. Son mode de vie demeure cependant menacé par plusieurs facteurs, liés tout autant à l’islamisation rampante qu’à la forte évolution du monde moderne. C’est donc une chance de pouvoir encore aller à leur rencontre dans de bonnes conditions.
La culture des Kalash repose sur une tradition orale et une religion mettant en scène les fées, les esprits et les dieux. Ils continuent à vivre en respectant la nature et le cycle des saisons.
Quatre festivals sont célébrés au cours de l’année. Le Chaumos correspond aux derniers jours avant le solstice d’hiver.

Jean-Yves Loude et les Kalash
L’un des grands spécialistes du peuple kalash est l’ethnologue Jean-Yves Loude, qui a effectué huit longs séjours chez les Kalash entre 1978 et 1990 avec sa compagne Viviane Lièvre.
Il leur a consacré plusieurs livres et articles, racontant leur vie, leurs traditions et leur chamanisme. Son travail a contribué à mieux faire connaître ce peuple singulier de l’Hindu Kush.

Qu’est-ce que le Chaumos ?
Le festival de Chaumos correspond aux derniers jours avant le solstice d’hiver. Il symbolise la fin d’une année, la fin des récoltes, et tout doit alors être consommé, partagé entre tous, pour repartir avec la promesse d’une nouvelle année récompensée par la nature et par les prières envoyées à Balumain.
Balumain, dieu résidant au Tsyam, terre d’origine des Kalash, vient une fois par an sur son cheval dans les vallées de Rumbur et Bumburet pour recueillir les vœux de plénitude et de bien-être.
Avec le Joshi, qui a lieu au printemps, Chaumos est l’une des plus grandes cérémonies du peuple kalash. S’il y a moins de monde et de touristes pakistanais qu’au printemps, le Chaumos reste pour les Kalash la fête la plus importante.
Assister à cette célébration permet de vivre des instants de joie où les cœurs et les voix s’expriment, mêlés aux pas de danse et aux sourires nombreux.
Cette culture atypique rappelle aussi des modes de vie plus anciens : manger, boire, danser, chanter, vivre ensemble sous le même toit, en famille, pour mieux s’entraider et travailler la terre. Pour les Kalash, comme pour beaucoup de peuples isolés, la terre et la famille demeurent parmi les plus grandes richesses.

Une immersion longue dans les vallées kalash
Un voyage lors de Chaumos n’est pas un itinéraire classique avec des découvertes variées au fil de la progression. Il s’agit d’une véritable immersion, durant laquelle on se concentre sur la rencontre avec le peuple kalash, la compréhension de sa culture profonde et des enjeux qui se posent à lui.
Beaucoup de festivités ont lieu le soir. Les journées peuvent donc être plus calmes, avec des temps d’attente, d’observation et de partage.
Toutes les cérémonies religieuses sont accompagnées par des danses et des chants rythmés par le battement des tambours. Les femmes, parées de leurs robes noires traditionnelles ornées de coquillages et de colliers colorés, dansent en cercle. Puis les hommes se joignent à elles.
Certaines cérémonies ont lieu en journée, d’autres en soirée. Certains rituels sont réservés aux hommes, d’autres aux femmes, nécessitant parfois la séparation du groupe.
Les vallées kalash sont atteintes depuis la ville de Chitral, dans l’Hindu Kush, que l’on rejoint par la route depuis Peshawar en passant par la vallée de Swat.

Barbara Delière, passionnée du peuple kalash
Barbara Delière a rencontré les « infidèles du Pakistan », comme certains les nomment, lors de sa traversée de l’Himalaya à pied en 2008-2009, à la rencontre des hommes et des femmes vivant dans les cinq pays traversés. Cette traversée s’appelait « Parler d’elles ».

Depuis, l’Himalaya ne l’a plus quittée, et elle a toujours gardé contact avec le peuple kalash dans l’espoir de revenir.
En 2016, elle retrouve une première fois ses amis kalash et pakistanais, pour faire un état des lieux devant une situation qui avait changé en huit ans. Ce retour la pousse ensuite à rester auprès d’eux pendant un mois, en décembre, pour vivre l’expérience de l’isolement et de l’introspection lors du Chaumos, où les festivités subliment le solstice d’hiver, période de renouveau d’un cycle éternel.
Elle écrit :
« Me voilà alors, ici et là-bas pour mieux comprendre et témoigner de leur situation et l’évolution de leur culture devant les changements qui s’opèrent. Des changements liés aux tensions devant une pression grandissante des forces religieuses en présence et devant des générations qui se mélangent et s’interrogent. Mais aussi, au besoin d’une reconnaissance plus grande de leur culture si particulière avec le développement du tourisme local : tout cela prend place au tournant d’un monde qui ouvre d’autres perspectives, pour le meilleur comme le pire… »

Retour sur les derniers voyages de Barbara
« En 2017, comme en 2018 il y a quelques mois seulement, après avoir visité Islamabad puis pris la route par le long et spectaculaire col de Lowari à 3 100 mètres d’altitude, nous arrivions à Chitral, capitale du massif de l’Hindu Kush et de la région du nord-ouest pakistanais, le long de la frontière afghane. Point de départ pour retrouver la vallée de Bumburet où nous resterons logés en hôtel et en guest house, la majeure partie du temps.
Des visites à Rumbur et Bumburet permettent de voir que les traditions se vivent différemment selon les vallées. Partout les genêts et leurs fleurs jaunes décorent les maisons, les femmes se font belles et les enfants sont pleins de dynamisme. Difficile de pouvoir être partout et au bon moment, mais nous avons pu assister à diverses coutumes, celles prévues, avec un public impressionnant, une masse dont l’enthousiasme est à la fois jouissive et oppressante, et d’autres de manière beaucoup plus intime.

Grâce à mes contacts et ceux qui vivent ici, nous verrons le “shishao” : la purification des femmes se fait souvent en petit comité, nous serons aux premières loges pour la purification des nouveau-nés au lait de chèvre frais et purifié. Dans ces lieux c’est ainsi, il faut savoir prendre le temps, vivre au rythme de ses habitants pour apprécier toutes leurs connaissances et leurs histoires.
Que de moments partagés avec Kalash et musulmans, tout le monde est accueillant, comme toujours au Pakistan. Pas de problème de sécurité, avec une organisation qui fait plus qu’il n’en faut pour assurer que tout se déroule sans heurts. Un bien qui fait “du mal”, car depuis les désastres survenus jusque 2014, l’armée et les forces de police interdisent toutes randonnées hors de la route principale et imposent d’être accompagné et logé dans des hébergements de tourisme. Des limites à la découverte qui n’empêchent pas de partager la vie des Kalash, dont la porte et les coutumes sont toujours ouvertes aux touristes étrangers.
N’empêche, une évolution se fait et se fera pour que petit à petit nous ayons la chance de (re)découvrir les beautés et les multiples richesses qu’offre cette région et tout le reste du Pakistan.
À nous d’accompagner les habitants qui veulent avant tout que l’image médiatique déplorable de leur pays ne soit plus celle qui prédomine, mais plus celle, positive, des voyageurs qui s’aventurent sur leurs terres. Le mieux pour cela n’est-il pas simplement d’aller à leur rencontre ?

Je continue à entretenir encore et toujours un lien avec mes amis kalash, même de loin, et à mener des projets qui prennent forme. En attendant je suis ravie de pouvoir travailler en partenariat avec Tamera qui est l’unique agence à proposer de telles rencontres, riches de sens et d’humanisme, et de proposer avec eux ce magnifique voyage pour assister et célébrer le Chaumos avec les habitants des vallées de Rumbur, Bumburet et, si cela est possible, également Birir. Nous serons logés en guest house, tenue par des Kalash, qui seront notre cocon et repère pour le séjour, car l’objectif est de partager des moments forts, des journées, et des soirées surtout, rythmées par les cérémonies et les préparatifs.
La journée sera plus calme car c’est vraiment la nuit que la fête prend forme. Nous pourrons alors aller à l’école avec les enfants, assister aux cours, aux repas, à la préparation du “djaou”, le fameux pain aux noix, faire la toilette des habits, porter la robe et tenue traditionnelle et, pour celles qui le désirent, nous pourrons aller dans le Bashali, lieu où se retrouvent les femmes pour les accouchements et pendant la période de règles, interdit aux hommes, mais alors il faudra se laver entièrement ainsi que les habits avant d’en sortir !

En somme, s’imprégner de l’ambiance au sein des maisons traditionnelles et au cœur de la vie des Kalash, tout en respectant des règles de bonne conduite, comme lors de prises de photos, qui peuvent être gênantes pour certaines, voire “agressives”. Le temps alors passé ensemble sera vraiment plus propice à ce regard photographique, un regard plus humain.
Ainsi, pour que cela soit le plus en accord possible avec leurs valeurs et leur intégrité, nous aurons cette année la chance d’avoir mon ami Zarin, un habitant kalash vivant à Anish et travaillant à Chitral pour le développement touristique de la province du Khyber Pakhtunkhwa, KPK, anciennement la province du Nord-Ouest du Pakistan, qui m’assistera comme guide local. Une vraie porte d’entrée pour pouvoir passer plus sereinement les règles administratives et les décisions de police, et surtout interroger les plus anciens sur leurs visions, leurs connaissances, leur histoire, en plus de cette jeunesse espérant un avenir meilleur.
Et bien sûr, nous ferons les purifications, hommes et femmes séparés comme le veut la tradition, et veillerons avec eux, avant d’aller sur la place ou à travers chaque maison pour danser, chanter et les voir vivre avec passion et joie ces moments si importants et sacrés.
Une aventure qui rassemblera locaux, Kalash, musulmans et voyageurs de divers horizons, tous avides de découverte et de connaissance, un moment rare à vivre, pour faire en sorte qu’ensemble, on n’oublie pas et continuons de réinventer l’histoire. »


