Nous explorons depuis une dizaine d’années différentes formes de chamanisme aux quatre coins du monde dans le cadre de notre thématique « En terres chamanes ». Au fil des années, nous avons tissé des liens privilégiés avec de nombreux chamans, approfondi notre connaissance de peuples de régions reculées et approché des traditions vivantes, souvent préservées à l’écart du monde moderne. De toutes ces expériences, deux voyages phares repartent chaque année, en Mongolie et sur l’île indonésienne de Siberut. Pour les voyageurs en quête de rupture avec la frénésie du quotidien et désireux d’appréhender le monde autrement, ces deux immersions ouvrent des chemins singuliers. Dans nos voyages peuples et fêtes, ces rencontres avec les peuples traditionnels, leurs rituels et leurs visions du monde invitent à comprendre autrement le lien entre nature, esprits, mémoire et communautés humaines.
Plus qu’un simple voyage, ces immersions ont laissé chez nos voyageurs des traces indélébiles, parfois longtemps après l’aventure, tant dans la rencontre de l’autre que dans la rencontre de soi.
Le murmure de la steppe, voyage initiatique en Mongolie
À l’aube, les lacs Khövsgöl et Tsagaan Nuur se dévoilent comme des miroirs. Après l’effervescence de l’été, le calme revient et les couleurs automnales s’installent. La brume effleure la taïga tandis que, dans le silence, résonne le souffle du vent venu des montagnes. C’est ici, au nord de la Mongolie, dans le berceau du chamanisme mongol, que les traditions chamaniques se transmettent encore dans l’intimité des yourtes et des forêts sacrées.
C’est à cette période, en septembre prochain, que nous reprendrons notre périple initiatique à la découverte de la Mongolie, par le prisme du chamanisme. Ce voyage n’est pas un simple voyage. C’est une rencontre : avec une nature grandiose, avec un peuple fier aux traditions ancestrales et, pour peu que l’on lâche prise, avec soi-même. Les chamans ouvrent alors une porte sur une vision ancienne, où chaque pierre, chaque arbre, chaque battement de tambour raconte quelque chose de plus grand que nous.

Ovoo ©Pierre Ramaut
Un monde plus grand, c’est justement le titre du film de Fabienne Berthaud, dans lequel notre partenaire et amie Naraa joue son propre rôle en 2019. Une expérience émouvante qui lui fera vivre à nouveau son éveil au chamanisme et son ancrage dans ses racines mongoles. Petite fille de la steppe, et sans conteste l’une des meilleures ambassadrices de la Mongolie en France, Naraa nous accompagne à la rencontre de chamans authentiques et reconnus, qu’elle connaît de longue date. Sa présence ouvre des chemins que l’on n’approcherait pas seul.
L’hospitalité mongole tisse le fil du voyage. Un accueil humble, généreux et chaleureux. La marche, essentielle, offre une immersion ressourçante dans des paysages d’une grande diversité. Sur les rives de lacs, en forêt, en montagne, dans l’immensité de la taïga, chaque pas permet d’entrer dans le paysage sans médiateur. Elle est propice à l’oisiveté, à la réflexion, à la libération de l’esprit. Une respiration profonde dans un monde où la spiritualité n’est pas un concept, mais une manière de vivre.

Ovoo ©Pierre Ramaut
Depuis plus de dix ans, les retours de nos voyageurs qui ont pris part à cette aventure sont unanimes : des rencontres d’une authenticité rare, loin des néo-chamanismes occidentaux. « Chaque rencontre fut un moment très fort, chaque chaman, avec sa personnalité et son histoire ». « Certains propos étaient bluffants alors qu’ils ne connaissaient rien de ma vie ». « L’incorporation des esprits m’a profondément touchée, j’ai été appelée sans l’avoir demandé, et le travail a été puissant. » Tous rappellent qu’en Mongolie, « personne ne se décrète chaman », on accepte ce rôle parce que l’esprit l’impose, souvent après de grandes épreuves.
Plus qu’un itinéraire, ce voyage est une traversée intérieure. Une découverte respectueuse d’une tradition ancienne, et non un voyage de soins chamaniques. Ici, pas de mise en scène, pas d’artifice : seulement l’authenticité de pratiques vivantes, loin des modes. Et pour beaucoup, un voyage qui continue de résonner longtemps après le retour, comme un murmure venu de la steppe.
Le départ Rencontres chamaniques autour des lacs Khövsgöl et Tsagaan Nuur est assuré du 29 août au 14 septembre 2026.

©Pierre Ramaut
Dans la forêt des esprits, immersion avec les chamans mentawai de Siberut
En bordure de l’océan Indien, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra, l’île de Siberut protège les derniers hommes-fleurs Mentawai, un peuple méconnu qui vit en harmonie avec la nature et les esprits. La forêt équatoriale, dont les arbres peuvent atteindre 70 mètres de hauteur, la recouvre presque entièrement. Les nombreux cours d’eau, soumis aux caprices du temps, représentent les seules voies de communication. C’est dans cet univers d’eau, de boue et de vert que vivent les Mentawai, regroupés en clans dans des maisons isolées.
Aujourd’hui, quelques clans vivent pleinement la culture de leurs ancêtres, en harmonie avec la nature et les esprits, et c’est à la découverte de cette culture que nous partons. De tout l’archipel indonésien, ils sont actuellement les derniers représentants d’une tradition néolithique vieille de 3 000 ans. Contrairement à la plupart des peuples indonésiens, ils ne connaissent ni la culture du riz, ni le travail du fer, ni le tissage, ni la poterie. Ils pratiquent la chasse à l’arc, la pêche et la cueillette. Ils vivent dans des uma, maisons communautaires d’un clan composé de cinq à dix familles.
Sikerei, chaman mentawaï ©Olivier Lelièvre
Les chamans sont le pivot de la société mentawai, gardiens des traditions, qui préservent l’harmonie avec la nature et les esprits. Intermédiaires entre le monde des hommes et celui des esprits, les sikerei, chamans mentawai, savent communiquer avec les âmes, les ancêtres et les esprits. Médecins du corps autant que de l’âme, ils doivent connaître la pharmacopée, les chants, les rituels et les prières. Ils organisent de grandes cérémonies collectives, les puliajat, auxquelles chacun doit participer, contribuant tout au long de l’année à renforcer le sens égalitaire et unitaire de la communauté. Ils rétablissent l’harmonie disparue lors de cérémonies chamaniques.
Les décorations des maisons communautaires et les parures des hommes et des femmes sont des appâts pour « piéger les âmes » en leur montrant comme la vie est belle et qu’il n’est pas nécessaire de vagabonder loin du corps. Parmi toutes les parures corporelles, il y a d’étonnants tatouages, et bien sûr les fleurs, notamment les hibiscus, que les Mentawai se mettent dans les cheveux, d’où leur surnom d’hommes-fleurs.
Après un premier voyage emmené par Pierre Ramaut et Olivier Lelièvre dans le cadre de la thématique « En terres chamanes », ce voyage est accompagné par Olivier, grand spécialiste des Mentawai. Olivier parcourt l’Indonésie en ethnographe autant qu’en photographe. Il a publié plusieurs livres, dont un consacré aux Mentawai, Mentawai : la forêt des esprits, et a collaboré à la réalisation de nombreux documentaires. Au fil des années, Olivier a créé des liens très étroits avec des chamans, et c’est aussi à la rencontre de véritables amis que ce voyage emmène.
Ce séjour est fait de partages, d’échanges et de discussions au coin du feu. Il constitue une totale immersion dans la jungle, mais aussi dans la vie quotidienne et rituelle de ces hommes et femmes qui ne pensent qu’à vivre en harmonie avec tout ce qui les entoure. Le rythme de la nature et des hommes impose son tempo, auquel il faut s’adapter en permanence. Ce moment hors du temps, loin des valeurs de notre civilisation, devient un véritable apprentissage du temps présent et un moment chargé d’émotions. Pour que la magie opère, il faut savoir prendre son temps. « Moile moile », comme on dit en mentawai. Un séjour d’émotion, riche en rencontres uniques et inoubliables, au cœur de la jungle.

Olivier et les Mentawaï ©Olivier Lelièvre
Écouter les hommes-fleurs de Siberut
Trois émissions radiophoniques passionnantes ont été réalisées par Anne Pastor pour France Inter, à la suite de son voyage avec Tamera. L’interview d’Anne Pastor par la Radio Télévision Suisse, diffusée le 3 février 2016, donne à entendre son expérience d’une cérémonie chamanique chez les hommes-fleurs de Siberut, enregistrée lors de son voyage. Anne Pastor, spécialiste des peuples premiers pour France Inter, y décrit une expérience émouvante, captivante, merveilleuse, que l’on écoute presque dans l’obscurité d’une uma. Deux autres émissions complètent cette approche : « Le Monde invisible », diffusé le 2 juillet 2016 sur France Inter, et « À la reconquête de son identité », diffusé le 6 août 2016 sur France Inter.
Ces traces sonores prolongent la rencontre. Elles permettent d’entrer dans l’ambiance d’une cérémonie, d’entendre les voix, les chants, les silences, et de mieux percevoir ce qui se joue dans la forêt de Siberut : une relation au monde où l’humain, l’animal, l’arbre, l’ancêtre et l’esprit ne sont jamais séparés de manière étanche.

Danses chamaniques ©Olivier Lelièvre
Deux terres, deux manières d’habiter l’invisible
De la taïga mongole à la forêt équatoriale de Siberut, ces voyages en terres chamanes ne cherchent pas à enfermer le chamanisme dans une définition unique. Ils montrent au contraire des pratiques situées, incarnées, liées à des peuples, des paysages, des histoires et des formes de transmission. En Mongolie, les esprits de la steppe, les lacs, les montagnes et les forêts sacrées composent un monde où l’appel chamanique s’impose à celui ou celle qui le reçoit. Chez les Mentawai, les sikerei veillent à maintenir l’équilibre entre les âmes, les ancêtres, les plantes, les animaux et la communauté.
Ces immersions demandent du respect, de l’écoute et de la lenteur. Elles ne promettent ni exotisme facile ni révélation immédiate. Elles invitent plutôt à approcher des traditions vivantes, à comprendre comment des peuples traditionnels pensent leur place dans l’univers, et à accepter que certaines rencontres agissent longtemps après le retour, comme une vibration discrète, venue de la steppe ou de la forêt.

