© Radio France - Christophe Abramowitz
Tamera a parfois l’occasion d’accompagner Anne Pastor dans ses documentaires radiophoniques. C’est à la fois un privilège et une responsabilité. Un privilège, car Anne est une spécialiste reconnue à France Inter du voyage et des peuples autochtones. Une responsabilité, car elle est particulièrement exigeante, tant dans sa ligne déontologique que dans la qualité du résultat qu’elle attend.
Nous échangeons régulièrement nos idées. Anne nous parle de ses reportages, de ses envies et de ses projets. Nous lui parlons de nos derniers voyages à la rencontre de peuples isolés et lui ouvrons la voie lorsque notre expertise le permet. De ces projets communs naissent des carnets de voyage sonores en terre autochtone, dans une approche proche de nos voyages peuples et fêtes à la rencontre des cultures traditionnelles.
Anne Pastor enregistre la voix des peuples autochtones
Journaliste de formation, diplômée de l’Institut pratique de journalisme, Anne Pastor est d’abord rédactrice en chef à l’agence Capa, puis participe au magazine Faut pas rêver sur France 3. Plus tard, elle parcourt le monde à la demande de Claude Villers et réalise des reportages dans le magazine de voyage de France Inter, avant de produire de nombreux documentaires radiophoniques avec les peuples autochtones.
Anne nous dit : “Ils sont près de 370 millions dans le monde. La liste est longue, ces peuples ne sont pas entendus ou si peu ; pourtant, ils sont notre mémoire et les gardiens de savoirs ancestraux. Ils nous font nous interroger sur nos valeurs, eux qui ont une autre manière d’être, de penser et d’agir dans le monde. Que ce soit la gestion collective de la propriété, la pratique de la démocratie, les rapports homme-femme… Ils sont les gardiens de l’humanité.”

Des peuples fragiles et étonnamment résilients
Anne poursuit : “La richesse de ces peuples n’a d’égale que leur fragilité. Considérés comme des minorités, leurs droits sont bafoués, leur terre est convoitée et leurs traditions sont méprisées. Aujourd’hui, chacune de ces tribus est menacée par un projet développé par la civilisation dominante, projet qu’elle gêne par sa seule présence.”
Au cours des différents documentaires radiophoniques qu’elle a réalisés en leur compagnie, qu’il s’agisse de peuples d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie, ces communautés lui font part de leurs inquiétudes. Mais Anne est aussi frappée par leur faculté de résistance, longue parfois de plusieurs siècles.
Anne Pastor chez les hommes-fleurs de Siberut
Tamera et notre ami Olivier Lelièvre ont accompagné Anne Pastor à la rencontre des Mentawaï d’Indonésie. Ils vivent dans la forêt, de chasse et de pêche, et se retrouvent dans les maisons claniques, les Uma, lors des cérémonies orchestrées par les chamanes Sikkerei.
Ce sont eux qui veillent à l’équilibre de la communauté, mais aussi de l’âme et de l’esprit de ces hommes-fleurs. Trois reportages passionnants leur ont été consacrés dans le cadre de sa série documentaire Voyage en terre indigène.
Chez les Mentawaï, la voix, les chants, les gestes, la forêt et les esprits composent un même univers. Le travail radiophonique d’Anne Pastor permet d’en approcher la profondeur sans la réduire à une image : il donne à entendre une présence, une parole, un rapport au monde.

La voix des Kogis de Colombie
Anne Pastor a également fait entendre la voix des Kogis de Colombie. Se définissant comme les gardiens de la nature au cœur du monde, ces Indiens de la Sierra Nevada sont sortis de leur isolement au milieu des années 1980 pour dénoncer la déforestation dont ils étaient victimes. Près de 85 % de leur territoire était alors aux mains des paysans et des trafiquants de drogue.
Aujourd’hui, ils rachètent leurs terres, sans lesquelles, coupés de leurs racines, ils deviennent des êtres flottants, des êtres morts, ne pouvant plus pratiquer leurs rituels et leurs offrandes à Dame Nature. Mais le combat continue contre l’implantation des multinationales, la violation de leurs sites sacrés et la volonté de les intégrer dans le monde moderne.
C’est la voix des peuples autochtones. Alors, peut-être, est-il temps de l’écouter.


