Après plusieurs années d’attente, Jérôme a enfin pu effectuer un voyage de reconnaissance avec quatre de nos voyageurs sur l’île de Mindanao, située tout au sud des Philippines. La richesse de cette île méconnue tient clairement à ses multiples ethnies, avec une profusion de magnifiques costumes que l’on peut voir lors des nombreuses fêtes ethniques.
Ce retour de reconnaissance ouvre une fenêtre rare sur les voyages aux Philippines à la rencontre des peuples et fêtes de Mindanao, dans une région encore peu connue, loin des images les plus classiques de l’archipel.
Une ribambelle d’ethnies
Mindanao est une île à forte dominante ethnique, habitée par des peuples installés là depuis longtemps, le plus souvent de langues austronésiennes. En dehors de ces ethnies, les populations originaires de l’île de Cebu et de l’archipel des Visayas sont les plus nombreuses, installées plus récemment, depuis quelques siècles à quelques décennies. La langue vernaculaire parlée par toutes les populations est ainsi le cebuano, mais chaque ethnie possède sa propre langue.
L’ethnie la plus connue est celle des T’Boli, dans la région du lac Sebu, grâce au tissage mondialement renommé de leurs dreamweavers. Mais Mindanao compte de nombreux autres peuples tout aussi intéressants, notamment par leurs costumes, leurs fêtes et leurs traditions textiles.
Parmi les ethnies les plus remarquables figurent les T’Boli, qui habitent la région du lac Sebu, tout au sud de l’île ; les Mandaya, présents dans toute la partie sud de la côte orientale, sur les pentes des montagnes qui descendent vers l’océan Pacifique, et dont les tissages sont également très remarquables ; les B’Laan, voisins des T’Boli, eux aussi connus pour leurs beaux textiles ; la nébuleuse Manobo / Bagobo, c’est-à-dire tout un ensemble d’ethnies assez proches, regroupées sous ces étiquettes et vivant dans les régions centrales de l’île ; les ethnies du plateau de Bukidnon, dont les Talaandig, les Umayamnon, les Higaonon et les Dibabawon ; ainsi que les populations de type négrito, qui habitent tout au nord-est de l’île.
La question de la sécurité
Lorsque l’on cherche Mindanao sur internet, on tombe souvent sur des informations concernant la guérilla musulmane, ce qui ne donne pas forcément envie d’y aller. Le texte d’origine rappelait cependant que les ethnies rencontrées lors de cette reconnaissance vivaient essentiellement dans la partie orientale de l’île et étaient majoritairement chrétiennes ou encore animistes.
La prudence restait centrale. Il n’était pas question d’aller dans la partie occidentale de l’île, associée aux zones de présence des séparatistes musulmans. L’article rappelait que ces groupes s’inscrivaient dans une histoire régionale complexe, liée notamment aux anciennes circulations maritimes entre les rives orientales de Bornéo et de Sulawesi, le nord des Moluques, l’archipel des Sulu et les rivages occidentaux de Mindanao.
Lors de cette reconnaissance, tout avait été organisé sur place afin de mieux garantir la sécurité du groupe. Cette organisation avait pu être mesurée jour après jour. Si une région venait à devenir dangereuse, elle était laissée de côté. C’est ce qui avait notamment été fait pour une partie du voyage initialement prévue près du lac Lanao.
Ces éléments relèvent d’un retour d’expérience daté et ne constituent pas une information de sécurité actuelle. Ils montrent surtout que, sur une île comme Mindanao, l’approche du terrain, le choix des zones, les contacts locaux et la capacité d’adaptation sont essentiels.
Pourquoi l’organisation locale est indispensable
Un voyageur individuel passe facilement à côté de beaucoup de choses. Pour vraiment rencontrer une ethnie, les communautés doivent être prévenues à l’avance et tout doit être organisé avec elles. Sans cela, elles peuvent se méfier, accueillir difficilement les visiteurs ou simplement ne pas permettre l’accès aux moments importants de leur vie collective.
Il est aussi possible de passer à côté d’un événement intéressant sans le savoir. Ces ethnies ont souvent eu à se défendre contre des envahisseurs venus de l’extérieur, notamment dans les zones de confrontation anciennes avec les populations musulmanes. Il faut donc préparer les rencontres, respecter les codes locaux et prendre le temps d’organiser les choses avec les communautés concernées.
Une île méconnue, riche de fêtes et de costumes
Mindanao apparaît ici comme une île d’une grande richesse culturelle, encore mal connue et souvent réduite à ses enjeux de sécurité. La reconnaissance menée par Jérôme révélait au contraire une mosaïque de peuples, de fêtes, de costumes et de traditions textiles.
Des T’Boli du lac Sebu aux Mandaya de la côte orientale, des B’Laan aux Manobo et Bagobo, des peuples du plateau de Bukidnon aux populations négrito du nord-est, Mindanao compose un monde dense, complexe et passionnant. Une île qui demande de la prudence, de la préparation et des relais solides, mais qui offre, lorsque les conditions sont réunies, l’une des plus belles approches des peuples et fêtes des Philippines.

