07 décembre 2012 - Sahara & Moyen-Orient, Algérie

Depuis la création de Tamera, le Grand Sud algérien reste l'une de nos destinations de cœur. Nous partageons ici un retour de voyage, un poème inspiré du Hoggar, et la description d'une fête traditionnelle de la région de Djanet, la Sebeiba.

 

Retour de voyage dans le Grand Sud algérien, par Eric B.

Je suis allé voir nos amis touaregs, dans une région marquée par une géopolitique saharienne et sahélienne d'une grande complexité, où idéologie, grand banditisme et enjeux économiques se mélangent. Pourtant, sur place, tout est calme, trop calme pour ces populations qui ont cru à l'essor du tourisme d'aventure et de pèlerinage. Il faut dire qu'un groupe de quatre personnes en randonnée chamelière mobilise déjà au moins cinq personnes, parfois plus quand le dispositif est doublé pour des expéditions plus lointaines et en autonomie — et je ne parle ici que de l'expédition elle-même et de ses retombées directes.

Tam et Djanet en souffrent de ce point de vue, mais heureusement, la solidarité touareg y pallie. Sur une zone qui fait une fois et demie la France, en dix jours, les rencontres avec d'autres voyageurs restent rares : un groupe de six Japonais, un couple d'Australiens, deux clients de Tamera, des Anglais qui descendaient en avion privé de Londres à Agadez, au Niger, et une dizaine d'autres Européens dispersés entre les nombreux djebels, ergs et oueds.

Le tourisme algérien lui-même y reste peu présent. Trop loin, peut-être : Alger est plus proche de Paris (1 800 km) que de Tamanrasset (2 000 km). Et il semble que les Algériens qui ont les moyens de voyager privilégient l'Europe au Hoggar, l'avenue Montaigne à la Tadrart.

Ce retour de voyage s'accompagnait à l'époque de photos de paysages qui ont peu changé depuis des milliers d'années — le genre de décor que l'on redécouvre à chaque passage, quelle que soit l'année.

 

Une région qui vous inspire (poême de Danielle PG)

Nos voyageurs reviennent souvent marqués par la lumière du Hoggar et de l'Atakor, qui continuent de resplendir sur le plateau de l'Assekrem. Jacqueline et Danielle en ont fait l'expérience, et Danielle nous a gratifiés d'un petit poème qu'elle nous a autorisés à publier. Le voici :

Aux futurs voyageurs avec Tamera

L'appel du désert — Mes impressions, de retour de voyage dans le Hoggar

Tu me dis que tu veux partir et tu hésites...
Tu t'ennuies et aspires à d'autres horizons...
Tu veux te rassasier de visions insolites,
Te ressourcer loin du monde et de ses tensions.

Alors, va, marche vers le grand Sud algérien.
Gagne le Hoggar et son désert minéral ;
Admire ce délire de pierre colossal,
Grimpe le mont Tahat aux rocs herculéens.

Puis, au bivouac du soir, goûte la saveur
Du feu de bois et du thé à la menthe poivrée
Tandis que, sur l'Atakor, les rouges cuivrés

Du soleil couchant baignent tes yeux de bonheur...
Tu rêves alors des fiers nomades, sous la tente,
Et de Tamanrasset, la perle bienveillante.

Danielle P.G.

C'est précisément cet Atakor, cet Assekrem et ce mont Tahat que l'on retrouve aujourd'hui dans notre trek de l'Atakor à Tadrart la rouge, qui prolonge la découverte du Hoggar jusqu'aux dunes rouges de la Tadrart.

 

La fête de la Sebeiba, par Julien C.

La Sebeiba est une fête traditionnelle qui a lieu chaque année à Djanet. Julien en a ramené un témoignage en images sous forme de vidéo, ainsi qu'un texte explicatif sur cette fête.

C'est un rituel opposant deux tribus des Kel Djanet par la poésie, la musique, le chant, la danse et les habits. L'origine de cette fête reste méconnue, les connotations religieuses semblant s'y être ajoutées a posteriori. Elle pourrait provenir de conflits antérieurs entre ces deux tribus, en tout cas ces conflits s'y trouvent symbolisés à travers elle.

C'est une fête singulière, mêlant la joie à la gravité, le profane au sacré. Elle est composée de trois phases :

  • T-enfer. Phase du début et de la fin. Les joueuses de ganga accompagnent les danseurs de leur camp qui font le tour de la place en passant devant les chanteuses du groupe opposé. L'épée et le foulard peuvent symboliser la guerre et la paix, entre autres choses. La poésie des chanteuses loue la bravoure des leurs, ou ironise sur le camp opposé.
  • Tekamsîn. Longues tuniques de couleur noire en kôra ou en aléchou. Les danseurs s'en revêtent et les déploient en étant reliés par ceux qui ont gardé leur masque tekoumbout, et dansent à petits pas de côté sur le rythme des gangas.
  • Araleï-n-awaleï. Traduisible par « cycle annuel ». Les danseurs croisent leurs épées, formant une croix symbolisant les quatre saisons et le renouvellement du cycle annuel.

(Précisions effectuées avec l'aide du livre Sebeiba de Meriem Bouzid-Sababou.)

Cette fête a lieu dans la région du Tassili n'Ajjer, que l'on découvre aujourd'hui à travers notre randonnée de Séfar à Tadrart la rouge, au départ de Djanet.