Ce périple à travers le Sichuan et le Yunnan (Chine du Sud), le Nord Vietnam et le Nord Laos nous a permis de rencontrer toute une mosaïque de peuples : les ethnies Yi, Miao (ou H'mong), Hani (ou Iko), Yao et Thaï, et leurs nombreux sous-groupes, aux costumes très différents les uns des autres, une mosaïque que Tamera fait découvrir à travers ses treks et voyages d'aventure au Laos. Nous avons découvert 12 grands marchés (hebdomadaires, décadaires, ou selon le calendrier astrologique chinois), ainsi que de nombreux villages.
De Chengdu à Lijiang et Kunming
Depuis Chengdu, capitale du Sichuan, nous rejoignons Lijiang et Kunming, au Yunnan, en traversant la région des Grandes Montagnes Froides (Da Liangshan), puis celle des Petites Montagnes Froides et du lac Lugu, et les « Marches tibétaines » du Yunnan.
Nous rencontrons les peuples suivants, dans des villages et des grands marchés :
Les Yi des Grandes Montagnes Froides et de la région de Yanyuan
Les Mosuo, les Pumi, les Yi et les Naxi, entre le lac Lugu et les gorges du Saut du Tigre
Les Tibétains Khampa de la région de Gyalthang (Zhongdian en chinois)
Les Naxi et les Bai, dans les régions de Lijiang et Dali
Les Yi
Les Yi sont un peuple tibéto-birman majeur de la Chine du Sud, établi en grande majorité au Yunnan et dans la région des Da Liangshan, au sud du Yunnan, avec quelques poches au Guangxi et au Nord Vietnam.
Nous traversons les Da Liangshan, c'est-à-dire les « Grandes Montagnes Froides », région de montagnes isolées que contourne le grand fleuve Yangtsé avant qu'il ne s'étale dans les plaines du Sichuan, une région pratiquement jamais proposée par les tour-opérateurs. Elle abrite une importante population Yi, autrefois connue sous le nom générique de Lolo, notamment par des explorateurs français du début du XXe siècle, dont le commandant d'Ollone, qui leur a consacré un ouvrage intitulé « Les derniers barbares ».

Les Yi Noirs, les fameux Lolo Noirs des temps anciens, firent trembler des générations de Chinois jusqu'en 1956, car ils faisaient régulièrement des razzias dans les basses vallées et les plaines, où ils faisaient prisonniers des paysans chinois, ensuite réduits en esclavage.
Les Yi sont plus de 7 millions au Yunnan et au Sichuan, répartis en plus de 30 sous-groupes aux dialectes et traditions vestimentaires souvent bien différents. Ils furent, au VIIIe siècle, les fondateurs, avec l'ethnie Bai de Dali, du puissant royaume de Nanzhao. Même si ces plateaux et hautes vallées sont habités par la seule ethnie Yi, les costumes et coiffes changent parfois tellement d'une vallée à l'autre qu'on croirait rencontrer d'autres ethnies. Seul point commun vestimentaire à tous : le chanwa, sorte de châle en laine, épais ou plus mince, de couleur bleue ou blanc cassé.
Un des points centraux de la traversée des Grandes Montagnes Froides est la découverte des grands marchés décadaires, qui n'ont lieu qu'une fois tous les dix jours et n'attirent donc, trois fois par mois seulement, qu'une foule considérable de Yi. Nous en découvrons trois, avec de petites randonnées de 2 à 3 heures aux alentours. Ils battent leur plein du matin jusque vers 16 h, avec un pic d'activité entre 11 h et 13 h.
Dans tous les grands marchés, on croise des bimo, c'est-à-dire des chamanes, mais aussi des sunie, eux aussi chamanes, mais différents. La charge de bimo se transmet de manière héréditaire ; on les reconnaît à leur coiffe et à leur chapeau particulier. Ils sont à la fois astrologues et guérisseurs, et lisent les textes sacrés des Yi, rédigés en pictogrammes de langue yi ancienne. Les sunie, eux, sont davantage des guérisseurs, qui psalmodient des incantations en agitant un tambourin ou une cloche.
À la sortie des Grandes Montagnes Froides, à Xichang, nous visitons le musée de la société esclavagiste Yi, premier musée à vocation ethnographique de Chine.
Dans la région de Yanyuan, au cœur des « Petites Montagnes Froides » entre Xichang et le lac Lugu, nous rencontrons d'autres populations Yi, aux costumes et coiffes différents. Les femmes portent souvent des costumes très colorés, avec de grandes jupes plissées, et certaines arborent des coiffes volumineuses ressemblant à des cerfs-volants. On en rencontre jusque sur les hauteurs qui dominent la région du lac Lugu, et plus au sud, vers Ninglang.
Les Mosuo
L'ethnie Mosuo est surtout centrée autour du lac Lugu, lac d'altitude situé à la frontière entre Yunnan et Sichuan, en bordure des régions tibétaines du Kham. Elle a conservé, plus longtemps encore que les Naxi, une société de type matriarcal, ce qui l'a rendue très « exotique » aux yeux des Chinois : la rive sud du lac, côté Yunnan, est ainsi devenue très touristique. Le lac Lugu est dominé par la montagne de la Lionne, symbole fort de la région et de la culture Mosuo, autour de laquelle des pèlerinages ont régulièrement lieu.
Les Pumi
Les Pumi sont assez proches ethniquement des Mosuo du lac Lugu, mais avec une empreinte tibétaine plus forte. Ils vivent dans les hauteurs autour du lac, ainsi qu'entre le lac et les gorges du Yangtsé.
Les Naxi
L'ethnie Naxi compte plus de 300 000 personnes, descendantes de nomades tibétains et organisée jusqu'à une date récente en société matriarcale. La capitale de leur région est Lijiang, ville sur un plateau à 2 400 m d'altitude, dominée par la masse du mont Satseto, « Mont enneigé du Dragon de Jade » (5 596 m). Traversée par des canaux et un dédale de ruelles étroites et dallées, Lijiang a été classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.
Les Naxi habitent aussi la région des gorges du Yangtsé et l'intérieur de la grande boucle que décrit le fleuve vers le nord. Nous traversons ces régions au cours de notre randonnée du lac Lugu vers les gorges du Saut du Tigre, avec la découverte de quelques beaux villages, notamment Baoshan, ancien village fortifié naxi édifié sur un promontoire rocheux dominant le Yangtsé, au milieu de cultures en terrasses. Il abrite encore une centaine de maisons, dont certaines en partie taillées dans le roc.
Nous traversons aussi les fameuses gorges du Saut du Tigre, en suivant un chemin rocheux taillé le long de la rive gauche du fleuve, autrefois emprunté par les Tibétains venant à Lijiang échanger des peaux et des pattes d'ours contre du sel. Ces profondes gorges, creusées par le Yangtsé entre le mont Haba (5 396 m) et le Mont enneigé du Dragon de Jade (5 596 m), sont si étroites que, d'après la légende, un tigre y fit le saut d'une rive à l'autre pour échapper à un chasseur. Le fleuve y parcourt 16 km à travers 18 rapides et 3 chutes.
Au nord des gorges, nous découvrons le site de Baishuitai (2 370 m), ensemble de terrasses creusées par l'action de l'eau carbonique d'une source, un peu à la manière de Pamukkale en Turquie. Lieu très sacré pour les Dongba, chamanes de l'ethnie Naxi, il est entouré de bâtons couverts de pictogrammes dongba. Lijiang abrite d'ailleurs un centre de recherche sur les manuscrits dongba, réalisés à base de pictogrammes par ces mêmes chamanes.
Les Tibétains Khampa
Nous rencontrons aussi des populations tibétaines khampa dans la région de Gyalthang (Zhongdian en chinois), porte d'entrée du Kham tibétain, récemment rebaptisée « Shangri-La » par les autorités chinoises. Le bois est fortement utilisé dans l'architecture locale, du fait de la présence autrefois d'importantes forêts, aujourd'hui malheureusement en voie de disparition sous les tronçonneuses chinoises.
Les Khampa ont une identité culturelle forte, avec laquelle les autorités chinoises sont bien obligées de composer, en tout cas bien plus qu'au Tibet central. Ils habitent un très vaste territoire, le Kham, où ils sont même plus nombreux que les Tibétains du Tibet central. Ce sont avant tout des bergers et nomades, excellents cavaliers, qu'Alexandra David-Néel avait surnommés « brigands-gentilshommes ». La majeure partie du Kham est située dans la province du Sichuan, mais aussi une partie du Qinghai, et donc la partie nord-ouest du Yunnan, dont Gyalthang est le grand centre.
À Gyalthang, nous visitons le grand monastère Sumtselin, fondé en 1679 par le 5e dalaï-lama. Fortement endommagé par la Révolution culturelle, il a d'abord été reconstruit dans la tradition tibétaine grâce à l'argent des Tibétains, notamment en exil, mais la fréquentation touristique chinoise, en forte hausse ces dernières années, a quelque peu changé la donne.
Les Bai
L'ethnie Bai est aussi de langue tibéto-birmane, comme les Yi, les Naxi, les Mosuo et les Pumi. Ils sont très nombreux (plus de 1,5 million), surtout dans la région de Dali, ville au bord du lac Erhai, à 1 900 m d'altitude, cœur ancestral de l'ethnie. Dali est l'ancienne capitale du royaume de Nanzhao, fondé par les Bai et les Yi, qui domina le Yunnan et même au-delà, jusqu'aux territoires actuels de Birmanie et du Laos, du VIe au Xe siècle.
Nous découvrons le grand marché de Shaping, dans le coin nord-ouest du lac Erhai, où se déroule tous les lundis un marché hebdomadaire de l'ethnie Bai, très coloré et étendu.
Toute la région que nous traversons depuis le lac Lugu jusqu'à Lijiang et Dali est appelée « Marches tibétaines », car nous sommes juste en bordure du Kham tibétain. Aux confins du Tibet, du Yunnan et du Sichuan, dans une région montagneuse taillée par de puissants fleuves et leurs affluents, ces Marches tibétaines sont peuplées d'ethnies tibéto-birmanes, Naxi, Mosuo, Pumi, Yi et Bai, mais aussi Lisu et Nu, aux fortes traditions culturelles, mêlées à des populations tibétaines.
Cette région a été explorée en tous sens, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, par des missionnaires catholiques en quête d'un point d'entrée pour évangéliser le Tibet, mais aussi par des explorateurs comme Jacques Bacot et Alexandra David-Néel, et des scientifiques comme le docteur Joseph Rock, qui ont fortement contribué à la connaissance de cette contrée, en marge de l'empire chinois et au seuil du monde tibétain. On pourrait aussi la désigner, en tant que l'un des verrous d'accès au Tibet, sous le nom de « couloir des grands fleuves » : le Yangtsé, le Mékong et le Salouen (Nujiang) quittent tous trois les plateaux tibétains dans cette région, en taillant de très profondes gorges, parfois à seulement quelques dizaines de kilomètres l'une de l'autre.
De Lijiang et Kunming à Sapa (Nord Vietnam)
Au sud de Kunming, dans le bassin du fleuve Rouge, nous traversons la région de Yuanyang et Jinping, réputée pour ses étonnantes rizières en terrasses, où nous rencontrons dans des villages, sur les sentiers et lors de grands marchés les peuples suivants : Yi, Hani, Yao, Miao et Dai, répartis en plusieurs sous-groupes.
De l'autre côté de la frontière, au Nord Vietnam, nous rencontrons également une étonnante mosaïque de populations, dans des villages, sur les sentiers et lors de grands marchés hebdomadaires : H'mong, Dao (ou Man), Tay, Tai Lu, Giay (ou Nhang) et Phu La.
Les Yi
Nous retrouvons des Yi dans cette région du Sud Yunnan, où ils sont les plus nombreux du pays : ils sont répartis en 73 sous-groupes aux dialectes et traditions vestimentaires souvent très différents, dont une bonne moitié au Yunnan. Ce sont les Yi, avec leurs voisins Hani, qui ont sculpté ces rizières en terrasses dans la montagne, rendues célèbres par les magnifiques photos de Yann Layma, courbes harmonieuses, majestueux escaliers aux marches irrégulières, véritables amphithéâtres où l'eau est distribuée d'étage en étage à travers de petites brèches dans les digues de terre.
Les Hani
C'est la première fois que nous rencontrons l'ethnie Hani, peuple de langue tibéto-birmane comme les Yi, très nombreux au Sud Yunnan (environ 1,3 million) le long des frontières avec le Vietnam, le Laos et la Birmanie. Appelés Iko au Laos, mais aussi Akha en Thaïlande et en Birmanie, ils sont répartis en plusieurs sous-groupes aux traditions vestimentaires complètement différentes.
Dans la région de Yuanyang et Jinping, ce sont les Hani qui sont l'ethnie la plus nombreuse, répartis en de nombreux sous-groupes, avec des tenues et des coiffes très différentes les unes des autres, surtout près de la frontière vietnamienne, entre Pinghe et Nafa. Les costumes diffèrent aussi nettement de ceux que l'on trouve au Xishuangbanna, au Laos ou en Birmanie. Les femmes hani de la région portent des pantalons teints à l'indigo et une tunique brodée.
Nous rencontrons les différents groupes hani, ainsi que les nombreuses autres ethnies de la région, dans cinq grands marchés : Niujiaozhai, Shengcun, Xinjie, Jinping et Nafa. Ces marchés ont lieu à un même endroit tous les 3 ou 6 jours selon le calendrier astrologique chinois, et sont surtout fréquentés entre 10 h et 12 h.
Les Miao
Les Miao sont le groupe ethnique majeur de toute la Chine du Sud, présents au Guangxi, au Guizhou et au Yunnan, mais aussi au Nord Vietnam et au Nord Laos, où on les appelle H'mong. Ils sont plus de 7,5 millions à vivre en Chine et ont longtemps rivalisé avec les Chinois, il y a près de 4 000 ans, pour le contrôle des bassins du fleuve Jaune et du Yangtsé. Pour les Chinois, les Miao représentent l'archétype de la résistance à leur civilisation : ils ont lutté pendant plus de quatre millénaires contre l'expansion chinoise, qui les a contraints à migrer toujours plus au sud, motivés par leur volonté farouche de ne jamais se soumettre à une quelconque autorité. Ils sont répartis en de nombreux sous-groupes aux traditions vestimentaires différentes. Les Miao, comme les Yao, parlent une langue à part entière, distincte des langues tibéto-birmanes ou de type thaï, classée comme famille miao-yao.
Les Yao
Les Yao sont plus de 2 millions à vivre en Chine du Sud, répartis en de nombreux sous-groupes aux traditions vestimentaires et aux coiffes de femmes fort diverses. On les retrouve tout le long de la partie méridionale de la Chine du Sud, notamment le long des frontières avec le Vietnam et le Laos, ainsi que dans les montagnes des régions de Phong Tho et Sapa au Vietnam, où on les appelle Zao ou Man.
Dans la région de Yuanyang et Jinping, nous rencontrons trois groupes complètement différents sur le plan vestimentaire. Les femmes yao do portent une coiffe pointue rouge vif sur un bijou d'argent et un pantalon de batik richement brodé, tandis que les femmes yao « indigo » portent un costume indigo rehaussé d'effilés rouges au col et un tablier blanc brodé de rouge. Les femmes yao « indigo à planche » portent un fichu indigo posé sur une planchette d'argent, retenu par des cheveux tressés. Les jeunes hommes, eux, portent des bonnets à pièces chinoises, et les enfants des bonnets à pompons.

Les Kucong
L'ethnie Kucong est de langue tibéto-birmane, apparentée aux Lahu. Ils habitent sur les pentes isolées à la frontière du Nord Vietnam, et pratiquaient encore récemment le troc avec les ethnies voisines. Ils ne sont que 10 000, disséminés dans les montagnes frontalières avec le Vietnam.
Les Dai et les Zhuang
Dai et Zhuang appartiennent au groupe linguistique thaï, très répandu à travers tout le sud de la Chine, mais aussi au Nord Vietnam, au Nord Laos et en Birmanie, un groupe important, puisque des ethnies comme les Dong, les Bouyei ou les Shui en font aussi partie. Les Zhuang habitent surtout le Guangxi, où ils sont plus de 10 millions, avec quelques poches d'habitat au Yunnan, le long de la frontière vietnamienne. On rencontre les Dai tout le long des frontières avec le Vietnam, le Laos et la Birmanie, dans les plaines ou basses vallées ; ils sont cousins ethniques des Shan de Birmanie et des Tai Lu du Nord Laos.
Au cours de ce voyage, nous traversons la frontière terrestre entre Chine et Vietnam, entre Hekou et Lao Cai, en franchissant un pont frontalier. Du côté vietnamien, nous rencontrons d'autres ethnies.
Les H'mong
Les H'mong sont donc appelés Miao en Chine du Sud, d'où ils ont migré, certains il y a moins de 60 ans. Ce groupe ethnique est l'un des plus importants du Nord Vietnam. Les H'mong les plus nombreux de la région de Bac Ha sont les H'mong Fleur : les femmes portent de superbes costumes très colorés, même pour repiquer le riz ou travailler dans les champs. Ils cohabitent en harmonie avec les autres ethnies et cultivent, sur des pentes très raides, maïs, riz, manioc et arbres fruitiers. On les rencontre au marché de Can Cau (à 20 km de Bac Ha), le samedi, ou à celui de Muong Khuong, le dimanche, plus authentique encore, avec une grande diversité de groupes ethniques : H'mong, Yao, Nung, Tay, Pa Di, et des marchands venus de Chine.
On rencontre aussi des H'mong dans la région de Sapa : surtout des H'mong Noir, notamment dans la vallée de Muong Hoa, mais aussi des H'mong Rouge. Sapa, bourgade à 1 650 m d'altitude, est une ancienne station climatique créée par les Français dans la région du mont Fan Si Pan (3 143 m), le plus haut sommet du Vietnam.

Les Dao (ou Man)
Man et Dao sont deux noms qui désignent au Vietnam la même ethnie, appelée Yao en Chine (Dao se prononce en fait « Zao »). Plusieurs sous-groupes de Man et Dao se sont installés au Nord Vietnam il y a 300 ans. Dans la région de Muong Khuong, nous rencontrons un sous-groupe man typique de cette région, qu'on ne retrouve pas beaucoup ailleurs au Nord Vietnam, mais qui est nombreux du côté chinois (régions de Dulong et Maguan). Dans la région de Sapa, nous rencontrons surtout l'ethnie man rouge, aux étonnantes coiffes rouges portées par certaines femmes.
Les Tay et les Nung
Les Tay et les Nung, de langue apparentée au thaï, dominent ethniquement toute la frange septentrionale du Vietnam, au nord du fleuve Rouge. Nous les rencontrons dans la région de Bac Ha et de Muong Khuong.
Les Giay (ou Nhang)
On rencontre l'ethnie Giay (se prononce « zaille ») dans la région de Sapa et de Lai Chau. Ils sont de langue de type thaï, comme les Dai du Yunnan, dont ils sont assez cousins.
Les Phu La
Les Phu La sont de langue tibéto-birmane, ethnie rare que l'on ne trouve que dans la région de Bac Ha et Muong Khuong, et un peu dans les montagnes qui dominent le sud du fleuve Rouge. Ils sont assez proches des Yi.
De Sapa (Nord Vietnam) à Luang Prabang (Nord Laos)
Nous faisons ici toute une boucle à travers les montagnes du Nord Vietnam, d'abord le long des Alpes tonkinoises, puis à travers tout le pays thaï noir vers Diên Biên Phu. Nous traversons ensuite la frontière vers le Nord Laos, où nous rejoignons la rivière Nam Ou, que nous descendons jusqu'au Mékong et Luang Prabang.
Les montagnes du Nord Vietnam abritent l'une des plus grandes mosaïques ethniques que l'on puisse rencontrer sur un territoire de cette taille : des communautés de langues austroasiatiques et tai-kadaï, comme de langues tibéto-birmanes et môn-khmères, dont les sous-groupes se déclinent à l'infini. Elles se sont installées dans ces régions montagneuses, longtemps délaissées par les Vietnamiens qui les surnommaient « pays des routes contraires », au fil de multiples vagues de migrations en provenance du sud de la Chine, fuyant la poussée expansionniste chinoise.
Au grand marché de Lai Chau, nous rencontrons des populations thaï blanc, giay, tai lu, h'mong rouge, et plusieurs groupes de man et de dao (appelée yao en Chine) : man « à planche », man « à cornes », man rouge et parfois yao « à coiffe pointue rouge ». Ce grand marché, qui s'appelait autrefois Tam Duong, a lieu les jeudis et dimanches, et fut longtemps considéré comme l'un des plus beaux du Tonkin, même si le jeudi, il est moins développé et a perdu un peu de sa superbe passée.
Après Sapa et Lai Chau, nous découvrons le versant nord des Hoang Lien Son, les « Alpes tonkinoises », entre Nghia Lo et Than Uyen, avec de majestueuses rizières en terrasses et la rencontre des ethnies thaï blanc et h'mong.
H'mong
De Lai Chau à Diên Biên Phu et au Laos, nous rencontrons des H'mong bien différents de ceux vus en Chine (les Miao), mais aussi de ceux de la région de Bac Ha et Muong Khuong (H'mong Fleur) et de Sapa (H'mong Noir) : H'mong Rouge, H'mong Bariolé, et H'mong Blanc, dont les H'mong Blanc à pompons rouges, sur les pentes du col qui sépare Thuan Chau de Tuan Giao en allant vers Diên Biên Phu. Côté laotien, il y a aussi les H'mong Vert. C'est dans cette étape, entre Sapa et Luang Prabang, que l'on rencontre le plus de H'mong. Du côté laotien, nous faisons une randonnée de 3 jours en pays H'mong, dans les montagnes qui dominent le bassin de la rivière Nam Ou.
Les Dao (ou Man)
Comme évoqué plus haut, c'est essentiellement à Sapa et dans la région de Lai Chau qu'on les rencontre, mais avec trois sous-groupes très différents. Les Man « à planche » portent des vêtements indigo foncé, encore souvent portés par les hommes ; les femmes arborent sur la tête une étoffe indigo posée sur un bijou en métal entouré de tresses. On les rencontre aussi du côté chinois, dans la région de Jinping, tout comme les Yao « à coiffe pointue rouge », dont les femmes portent une petite étoffe rouge dominant un bijou de métal enserrant leur front rasé, avec un pantalon aux motifs en batik comme les Man « à cornes ». Il y a aussi parfois des Man « à grande planche », de la région de Muong So, dont les hommes portent des pantalons blancs, on les retrouve aussi en Chine, du côté de Nafa.
Lü ou Tai Lu
Il y a une grosse différence entre les Tai Lu du Nord Laos, cousins ethniques des Dai du sud de la Chine, et les Lü (appelés aussi Tai Lu) du Nord Vietnam, que l'on rencontre entre Lai Chau et Binh Lu. Cette ethnie appartient, comme les Giay, au groupe linguistique thaï. Les femmes Lü portent des vêtements noirs décorés de piécettes et de bijoux argentés, ont les dents laquées en noir dès l'âge de 10 ans, et portent des coiffes pleines de charme.
Thaï Blanc et Thaï Noir
Au nord du fleuve Rouge, c'était le domaine des Tay, mais au sud, c'est celui des Thaï Blanc et Thaï Noir, de langue de type thaï, comme les Dai du Yunnan. On rencontre les Thaï Blanc dans les vallées plus basses, tout le long des Alpes tonkinoises, notamment dans les régions de Mu Cang Chai et Muong Lo (ou Nghia Lo), capitales des rizières en terrasses au Nord Vietnam. Depuis 700 ans, les Thaï Blanc y cultivent du riz inondé et construisent leurs maisons traditionnelles en bois de fer (iroko) et en bambou, au milieu de vallées cultivées et de flancs de collines sculptés par les rizières en terrasses.
Les Thaï Noir sont surtout concentrés entre Son La et Diên Biên Phu. Les femmes y gardent davantage le costume traditionnel que les Thaï Blanc, avec leur tunique à agrafes d'argent et leurs belles coiffes brodées. On retrouve aussi des Thaï Noir du côté laotien.

Khamu
Les Khamu sont aussi une ethnie majeure du Nord Laos. Ils font partie du groupe de langues môn-khmères, aux origines très anciennes dans les pays d'Indochine. On retrouve ce type d'ethnies tout le long de la cordillère Annamitique entre Laos et Vietnam, ainsi qu'au sud du Laos, au Cambodge et dans quelques régions de Birmanie. Nous les rencontrons lors du trek en pays H'mong et au bord de la rivière Nam Ou.
Tai Lu
Les Tai Lu sont de langue de type thaï et d'habiles tisserands. Ils sont assez nombreux au Nord Laos et sont des cousins ethniques des Dai du sud de la Chine. Nous les rencontrons sur les rives de la rivière Nam Ou, mais ils sont plus nombreux dans les régions de Luang Namtha et Muang Sing, tout au nord-ouest du Laos.

