07 janvier 2014 - Témoignages

Après 10 mois de voyage autour du monde, entièrement conçu sur mesure pour elle, Ghislaine nous accorde un peu de temps pour faire un point sur son extraordinaire aventure. Elle a exploré l'Amérique latine pendant cinq mois et presque autant le continent asiatique, en faisant un crochet par l'Australie. Elle nous livre ses impressions.

Bonjour Ghislaine, et merci de nous accorder encore un peu de votre temps pour revenir ensemble sur l'aventure que vous venez de vivre autour du monde.

Comment est né ce projet ambitieux ?

Je rêvais depuis longtemps de faire un tour du monde ! Dans mon esprit, il était essentiellement axé sur l'Asie. Je me voyais partir, le sac à dos pour seul compagnon, à la découverte du monde avec une question en tête : comment est la vie ailleurs ?

Lorsque je pensais à cette aventure, je me disais, comme beaucoup de personnes, que j'attendrais d'être à la retraite, de ne plus avoir d'obligation, pour me lancer. Et puis la réalité, parfois, nous rattrape et nous touche. Lorsque vous perdez trop tôt des êtres aimés, des personnes qui ont votre âge, voire plus jeunes, cela vous fait réfléchir et change votre vision des choses. On ne sait pas ce que nous réserve demain, et la vie est beaucoup trop courte. Je me suis donc dit qu'il fallait que je fasse ce qui me faisait rêver maintenant, et ne plus le reporter à demain. J'ai alors chassé ma peur et mes doutes, et je me suis décidée à me lancer dans cette grande aventure.

Aviez-vous déjà voyagé pendant une période aussi longue ?

Non ! C'était vraiment la première fois que je partais aussi longtemps. J'avais déjà fait un voyage d'environ trois semaines au Népal il y a six ans, mais c'était vraiment le maximum. Étant toujours en activité, il était inconcevable de partir plus de trois semaines en voyage. L'idée d'un long voyage ne me gênait pas, mais j'avais du mal à l'imaginer, à le concevoir, tant que j'étais en activité. J'étais également partie sur des périodes un peu longues, mais dans le cadre de mon travail, ce qui est totalement différent.

Ghislaine lors de son tour du monde en Amérique latine La forêt du Darién au Panama, chez les Indiens Emberá

Quelle région du monde vous a le plus marquée ?

Ça, c'est une question difficile ! Pourquoi n'en choisir qu'une seule ? Elles sont très différentes, et il n'y a pas qu'un seul lieu qui m'a touchée. Je repense au village de Villa Kerecia, dans la forêt du Darién (Panama), chez les Indiens Emberá. Mais aussi à San Clemente, en Équateur, qui m'a donné viscéralement envie de m'y installer pour toujours ! En fait, j'ai vraiment été plus que séduite par l'Amérique latine, j'ai adoré.

En Australie, j'ai beaucoup aimé le Centre rouge, et surtout Kings Canyon. Mais l'Australie m'a quand même moins attirée, au point de vouloir y retourner un jour, à moins de pouvoir rester en immersion dans une communauté aborigène.

J'ai toujours eu un faible pour le Népal, j'ai donc pris un grand plaisir à explorer de nouveau cette contrée himalayenne. Mon coup de cœur en Asie fut sans conteste la Mongolie, ses paysages, l'accueil chaleureux. J'espère fortement d'ailleurs repartir là-bas pour un grand voyage afin d'explorer davantage ces grands espaces. Quant à la Chine, en dehors de certains aspects, elle ne laisse pas indifférente non plus.

Avez-vous fait de belles rencontres ?

Oui, bien sûr ! En fait, pour moi, toutes les rencontres sont dignes d'intérêt, que ce soit avec les autochtones ou avec d'autres voyageurs. J'ai toujours en tête ma rencontre avec Celso, notre fabuleux guide Wiwa en Colombie, les échanges chaleureux avec les familles Emberá dans le Darién. J'ai également beaucoup apprécié la complicité avec José et Thomas, le guide et le cuisinier qui nous ont accompagnés dans la cordillère Vilcanota, au Pérou. D'ailleurs, Thomas nous a présentés à sa famille, qui nous a offert un accueil merveilleux. J'ai également rencontré deux femmes extraordinaires à Tuni, en Bolivie. Jaimé et Hermonia ont été de vraies mères pour moi. Elles m'ont soignée et remise sur pied, elles étaient vraiment aux petits soins. J'ai aussi été fascinée par Willi, notre guide aborigène en Australie. Pour eux, la vie n'est que spiritualité.

J'ai aussi fait une très belle rencontre en la personne de Keewi. Elle est d'origine coréenne mais vit aux États-Unis avec son mari. Nous avons rapidement sympathisé sur l'archipel des San Blas. Il était prévu que son mari vienne travailler en France. Elle m'a récemment contactée pour me dire qu'ils étaient installés à Montpellier. Nous devons nous revoir prochainement, et je dois leur faire découvrir la ville de Lyon (rires). Enfin, je ne peux bien sûr pas citer tout le monde, il y en a tant d'autres…

Et puis j'ai aussi fait de belles rencontres parmi mes compagnons de voyage. Il ne faut pas oublier la dimension humaine, très forte dans un voyage aussi long. Roger, qui m'a accompagnée sur une partie de mon périple népalais, a été un compagnon de route d'une telle gentillesse ! Mais bien évidemment, la rencontre qui m'a le plus touchée est celle avec Eli (Élisabeth). Elle a voyagé avec moi en Colombie, et nous nous sommes tout de suite très bien entendues, au point de devenir plus qu'une compagne de voyage : une amie. Élisabeth m'a d'ailleurs rejointe sur la partie népalaise de mon tour du monde. Nous avons reformé notre duo pour deux mois !

Le Centre rouge et Kings Canyon en Australie Paysage rencontré lors du voyage de Ghislaine en Chine

Quelle randonnée avez-vous le plus appréciée ?

(Rires) En effet, impossible de faire un choix ! La nature est tellement belle, tellement variée ; chaque pays, chaque région a son identité propre. Toutes ces images défilent dans ma tête, je suis amoureuse de tous les paysages ! Mais je pense que j'aurai toujours un faible pour le Népal, et je recommande vraiment la Colombie à ceux qui ont peur d'y aller. Ce fut un tel coup de cœur qu'ils ne seront pas déçus !

Quel fut le rôle et l'accompagnement de Tamera dans votre aventure ?

Je ne sais pas si je dois vous lancer des fleurs, j'ai peur que vous preniez la grosse tête ! (rires) Non, je plaisante bien sûr ! Plus sérieusement, sans vous je ne serais peut-être jamais partie. Vous avez organisé ce voyage pour moi seule et vous avez bien compris quelles étaient mes attentes. J'ai été accompagnée tout en ayant pas mal de liberté. J'ai aussi beaucoup apprécié de vous avoir au téléphone, d'avoir des réponses et des solutions rapides à mes e-mails malgré les décalages horaires et ma mauvaise humeur ! J'ai enfin apprécié le sérieux de vos correspondants Michel, Carole, Jérôme… Pour résumer, votre conception du voyage me correspond parfaitement.

Voyage de Ghislaine en Chine Vue sur l'Everest depuis Gokyo, au Népal

Quels conseils donneriez-vous pour organiser un tel périple ?

Je ne pense pas être qualifiée pour donner des conseils. Un tour du monde est très personnel, et tout dépend des envies et du caractère de chacun. Il faut le sentir. Toutefois, je pense qu'il faut une bonne dose de détermination et d'organisation avant le départ (papiers, visas, santé...). Ne pas hésiter à utiliser les moyens modernes à notre disposition quand c'est nécessaire. Il faut anticiper et prendre le temps de tout étudier. Surtout, ne pas oublier qu'en France nous restons des contribuables et que tous les papiers doivent être en ordre — cela s'adresse aux personnes qui, comme moi, sont encore en activité et ne vivent pas chez leurs parents. Il faut bien organiser ses vols pour éviter les galères, étudier d'assez près l'itinéraire même s'il peut être adapté en cours de route au fil des rencontres, réviser ses langues étrangères — cela peut toujours servir pour la communication et l'échange... la liste est longue.

Mais il faut surtout être ouvert, respecter le pays que l'on visite et les gens qui nous accueillent, avoir le sourire et une curiosité saine, et tout ira bien !

En résumé, il faut suivre son idée et toujours garder sa motivation, sa détermination, quel que soit l'avis et les réflexions parfois peu encourageantes de l'entourage. Pour ma part, c'est un peu ce qui s'est produit, et je suis très heureuse aujourd'hui d'être allée au bout de ce que j'avais en tête. Lancez-vous !

Avez-vous déjà en tête de nouveaux voyages ?

Oui, plein ! J'ai encore tellement à découvrir. Je sais que ça peut paraître un peu fou de dire ça alors que j'ai voyagé pendant plus de 10 mois et que je n'ai toujours pas retrouvé d'appartement, de « chez moi »… Je ne suis de retour en France que depuis quelques mois, mais j'ai encore toutes ces merveilleuses images en tête. D'ailleurs, j'ai repris mon activité, et j'avoue que lorsque le cœur n'y est pas trop, je repense à tout ça et je souris. Ça m'aide beaucoup !

Et puis, au cours de notre voyage au Népal, nous nous sommes rendu compte avec Élisabeth que nous avions des destinations rêvées en commun, ce qui ouvre de belles perspectives de voyage. Elle est notamment passionnée de désert, et j'aimerais essayer quelque chose pour lequel j'ai beaucoup d'appréhension et d'angoisse : marcher dans le désert !

Merci beaucoup Ghislaine pour le temps que vous nous avez accordé, pour ce beau témoignage. On sent vraiment que cette aventure vous a émue, touchée et peut-être un peu changée. Merci également de la confiance que vous nous portez.

Le Mustang, au Népal, lors du tour du monde de Ghislaine

Toutes les photos ont été prises par Ghislaine au cours de son tour du monde.