22 novembre 2016 - Tibet, Peuples et fêtes, Himalaya et Inde

Quelques jours après les fêtes du Losar, le nouvel an tibétain, les moines entament une série de rituels et de cérémonies afin d’attirer les bons auspices pour l’année à venir. Offrandes, danses masquées et déploiement de thangka sont au programme. Dans les monastères de l’Amdo et du Kham, ces fêtes d’hiver comptent parmi les grands temps forts spirituels du Tibet oriental, au cœur des voyages entre monastères, peuples tibétains et traditions bouddhiques.

Le Monlam Chenmo, littéralement la “fête de la grande prière”, se déroule entre le troisième et le dix-septième jour du premier mois du calendrier lunaire tibétain. Cette cérémonie fut instituée en 1409 par le réformateur Tsongkhapa, initiateur de l’école Gelugpa, celle des Bonnets Jaunes, près du monastère de Kumbum. Elle est particulièrement suivie dans les monastères de cette école, notamment dans l’Amdo, son berceau.

Parmi les monastères où se déroule cette cérémonie, celui de Labrang est bien connu et attire désormais de nombreux visiteurs. Plus confidentielle, la région de Rebkong abrite plus de cinquante monastères. C’est dans cette vallée, plus connue sous son nom chinois de Tongren, que les festivités prennent une intensité particulière.

L’ambiance y est forte, vivante, et la diversité ethnique étonnante. Des milliers de pèlerins et de nomades khampa et amdowa s’y pressent pour les célébrations du Monlam Chenmo. Ces rassemblements ne sont pas seulement des cérémonies monastiques : ils sont aussi de grands moments de convergence humaine, où se retrouvent moines, familles, nomades, pèlerins et habitants des vallées voisines.

Offrandes, danses masquées et grande thangka

Durant ces journées de fête, plusieurs rituels se succèdent : le déploiement de la grande thangka représentant le Bouddha de la compassion, les danses masquées, la grande prière réunissant tous les moines, la procession du Bouddha du futur, la confection des torma, offrandes rituelles, ou encore les sculptures en beurre de yak.

Les danses masquées, ou cham, occupent une place centrale dans ces cérémonies. Elles ne relèvent pas du simple spectacle : elles participent d’un rituel codifié, où les masques, les costumes, les gestes et les instruments sont chargés d’une signification spirituelle. Elles s’inscrivent dans une continuité religieuse où la prière, l’offrande et la mise en scène symbolique ne sont jamais séparées.


Un grand rassemblement tibétain

Ces fêtes sont d’abord un grand rassemblement de Tibétains. Elles mêlent les populations de l’Amdo, avec leurs riches bijoux et parures, les nomades khampa, longilignes, aux visages burinés, et les moines enveloppés dans leur longue chuba rouge.

Tous viennent prier pour les maîtres de leurs lignées et pour la paix dans le monde. L’hiver, loin d’effacer la vie religieuse, semble au contraire la concentrer autour des monastères. Les vallées deviennent alors des lieux de passage, de ferveur, de retrouvailles et de dévotion.

 

De l’Amdo vers le Kham

L’ouverture plus récente de certaines régions tibétaines orientales, notamment autour d’Aba, ou Ngawa, a permis d’imaginer des traversées rares du Tibet oriental, de l’Amdo vers le Kham. Tout au long du chemin, les haltes dans les monastères permettent de découvrir une nouvelle cérémonie, de nouveaux rites, de nouveaux visages.

Cette traversée haute en couleurs et en rencontres montre qu’il existe un Tibet où spiritualité et traditions perdurent. Un Tibet d’hiver, hors saison, dans des régions tibétaines souvent moins connues, où les cérémonies ne sont pas seulement des événements religieux, mais des moments de vie collective, de transmission et de continuité culturelle.