18 janvier 2017 - Tibet, Faune

Accompagnés par notre ami tibétain Jimpa, nous sommes partis en novembre 2016 effectuer une superbe boucle à travers les hauts plateaux tibétains, pour approcher les sources de plusieurs grands fleuves asiatiques, dont le Mékong, le Yangtsé et le Fleuve Jaune, aux confins entre Amdo, Tibet central et chaîne des Kunlun, grâce à de récentes ouvertures de pistes et de routes.

Nous avons exploré ce vaste territoire tibétain, actuellement situé dans la province de Qinghai, sorte de « Toit du Monde » et château d’eau d’une partie de l’Asie, sur les traces des grandes expéditions des temps passés, au cœur de régions propices aux treks et voyages d’aventure au Tibet.

 

Rencontre avec une faune abondante

Ces vastes espaces sont arpentés par de nombreuses hardes de gazelles, d’antilopes tibétaines et de kyangs, les ânes sauvages, très souvent en groupes assez réduits de cinq à quinze individus. Nous avons croisé aussi des loups, notamment une meute de dix à quinze individus près des sources du Mékong, des renards isolés, ainsi que des yaks sauvages seuls ou en paires, que l’on différencie bien de leurs congénères domestiques par leur comportement. Ils tracent leur route sans se soucier de nous, alors que les yaks domestiques ont tendance à nous fuir.

En cette période de novembre, il y avait des restes de neige au-dessus de 5 000 mètres, poussant les animaux sauvages à descendre au-dessous pour se nourrir. Mais les troupeaux de yaks et de dzos, croisement entre yak et vache, étaient encore nombreux entre 4 000 et 4 500 mètres. Des petits pikas, sortes de rongeurs, et différents types de rapaces venaient compléter le tableau.

  

 

Des paysages variés à couper le souffle

Au fil de cette expédition, nous avons traversé des paysages vraiment très variés, allant de hauts plateaux steppiques quasi plats s’étendant à perte de vue, à de vastes chaînes de montagnes, des sommets parfois acérés, des blocs ravinés et des roches de couleur. Nous avons aussi traversé des gorges, de nombreux lacs, des multitudes de rivières et de ruisseaux en partie gelés, et même des dunes de sable parfois isolées et assez hautes, parfois en cordons.

On avait l’impression tantôt d’arpenter des hauts plateaux andins ou la Patagonie, tantôt des régions désertiques de Mongolie ou d’Asie centrale, la vallée pakistanaise de la Hunza ou des régions d’Islande. Les fleuves Yangtsé, Mékong et Fleuve Jaune, ainsi que leurs affluents, modèlent le paysage, avec même, en fin de voyage, des gorges et un peu d’arbres, genévriers et arbustes dans la région de Nangchen.

De-ci de-là, des drapeaux de prière flottent au vent en étoile à partir d’un mât, telles des pieuvres colorées mugissantes.

 

 

Vers les sources des grands fleuves Yangtsé, Mékong et Fleuve Jaune

De cette reconnaissance de novembre 2016 découle un voyage allant vers les sources de ces trois grands fleuves, avec quelques jours supplémentaires afin de mieux prendre le temps de découvrir certaines régions magnifiques.

L’itinéraire part de Xining vers les sources du Fleuve Jaune, puis traverse les hauts plateaux vers celles du Yangtsé dans les monts Tanggula, pour finir par celles du Mékong et la région de Nangchen. Le retour se fait en avion depuis Jyekundo, Yushu en chinois.

Il n’y a normalement pas besoin de permis d’accès au Tibet central pour effectuer ce voyage, puisqu’il se déroule intégralement dans la province de Qinghai. Mais dans les faits, il faut obtenir un permis simple, juste d’accès à Lhassa, pour accéder aux sources du Yangtsé, car le point de contrôle d’accès au Tibet central est situé environ soixante kilomètres avant la frontière réelle entre Qinghai et Xizang, le Tibet central, située au Tanggula Pass.

 

Un itinéraire de trek dans la région de Nangchen

Ce voyage a également permis, en fin de parcours, de faire du repérage pour mettre en place un itinéraire de randonnée dans la région tibétaine isolée de Nangchen, autrefois capitale d’un puissant royaume khampa célèbre pour la robustesse de ses chevaux.

Nangchen, petite ville située au bord du Haut Mékong, au nord de Chamdo, est maintenant accessible en quatre à cinq heures de route depuis Jyekundo, où un aéroport a été construit. Cela raccourcit considérablement le temps d’accès à Nangchen.

Cette région permet de proposer un parcours avec plusieurs jours de marche, à la découverte de quelques-uns des deux cents monastères qu’elle abrite. L’un d’eux est perché sur une arête. L’itinéraire mêle forêts, gorges, montagnes et hauts plateaux près des sources du Mékong.

 

 

Le couloir des grands fleuves

À la fin de ce voyage, l’idée est venue de faire une nouvelle reconnaissance dans des régions plus en aval sur le Yangtsé et le Mékong, au point de contact entre le monde tibétain et celui des ethnies tibéto-birmanes, dans une région surnommée le « couloir des grands fleuves ».

Trois grands fleuves asiatiques, le Yangtsé, le Mékong et le Salouen, traversent cette région en parallèle, parfois à seulement soixante kilomètres de distance à vol d’oiseau entre le premier et le troisième. Au milieu se dressent des chaînes de montagnes, dont la montagne sacrée tibétaine Kawa Karpo. Un quatrième fleuve, l’Irrawaddy, prend sa source non loin de là.

Au départ de Lijiang, ce projet consiste à arpenter ces régions afin d’en découvrir quelques nouvelles pépites encore peu connues, avec une approche de la khora intérieure du Kawa Karpo, la rencontre des populations tibétaines et des ethnies Lisu, Nu et Pumi, ainsi que la découverte des gorges de ces fleuves. Des églises catholiques y furent édifiées par des missionnaires, surtout français et suisses, partis évangéliser le Tibet et restés coincés dans les gorges de ces puissants fleuves.

Une nouvelle route permet d’aller plus directement des gorges du Mékong vers celles du Salouen, Nujiang en chinois, entre Yunling et Gongshan. Le parcours prévoit aussi d’aller à la rencontre de l’ethnie Dulong, dont les femmes âgées ont encore parfois le visage tatoué, vers la frontière avec la Birmanie, le long du fleuve Irrawaddy, Dulongjiang en chinois, et le plus haut possible dans les Hengduan Shan, vers les sources de ce fleuve qui descend ensuite irriguer les plaines birmanes.

La route qui remonte après Gongshan vers Putok et la région de Chamdo se situe sur le sol du Tibet central. Elle nécessite donc un permis tibétain. Si cet accès n’est pas autorisé, une autre option consiste à retourner vers la région de Nangchen en remontant le cours du Yangtsé.

Sur les traces des grandes expéditions

Ces hauts plateaux « battus par les vents » ont été arpentés par de grandes expéditions des XIXe et XXe siècles. Leurs objectifs étaient scientifiques, géographiques, géologiques ou ethnographiques : identifier les sources des grands fleuves, comprendre les reliefs et documenter ces territoires. Mais ces expéditions répondaient aussi à des intérêts commerciaux, politiques, missionnaires et, plus tard, touristiques.

L’article évoquait également le projet de création, sous l’impulsion d’une ONG tibétaine, de la réserve naturelle des sources des trois rivières, Sanjiangyuan en chinois. Celle-ci devait devenir la plus grande réserve de Chine, avec plus de 300 000 kilomètres carrés, et la plus élevée du monde, avec une altitude moyenne de plus de 4 000 mètres.