En septembre 2016, David Ducoin, en charge de l'Himalaya à l'agence Tamera, accompagnait une équipe de dix participants pour un voyage de reconnaissance hors du commun. Il s'agissait d'aller du monastère de Phuktal, au Zanskar, pour rejoindre le lac Tso Moriri sur le plateau du Changthang, au Ladakh. Malgré quelques péripéties inévitables à ce genre de voyage, ce fut une belle réussite, et ce trek engagé et rare fait aujourd'hui partie de nos voyages et treks au Ladakh et au Zanskar. Dans ce carnet de voyage, Monique C., participante à ce voyage, nous livre un récit chargé d'émotion.

Carnet de Monique
Un vieux rêve ! Nous voilà dans l'avion pour ce voyage de reconnaissance au Zanskar avec David. Quelques instants avant d'atterrir à Leh, capitale du Ladakh, nous survolons le lac Tso Moriri ! C'est la destination finale de notre trek de quinze jours !

Acclimatation dans la vallée de l'Indus
En voiture, à pied, c'est la route des monastères et des temples chargés de témoignages riches.
Trois lieux nous ont particulièrement séduits : émerveillement à Tiksey devant le monastère « Petit Potala », avec la même architecture qu'à Lhassa ; Alchi, avec ses temples aux décors et aux fresques exceptionnels, rares, construits dans une nature d'abricotiers, de saules, de jardinets fleuris ; et Lamayuru et sa légende, monastère en forme de svastika, symbole ancestral de bon augure qu'auraient formé des graines lancées du haut de la colline en tombant au sol.

L'arrivée au Zanskar
Petit bonheur du jour, nous avons longé l'Indus, à la rencontre de la rivière tant attendue, la Zanskar, que l'on nomme Chadar en hiver quand elle est gelée et qui se substitue alors au chemin en altitude, impraticable. Après quelques passages de cols, nous franchissons le Pensi La à 4 450 mètres, quittant le Ladakh pour entrer au Zanskar. Aucune rencontre ne sera banale pendant ce voyage !
À Karsha, un lama, ami de David, nous accueille. Il organise des treks, vend des objets pour améliorer les conditions de vie des vingt-cinq nonnes. Nous partageons un thé avec un autre ami, moine, astrologue, médecin tibétain : séquence émotion, il est en possession de l'un des livres de David.

Pishu, le village de David
Nous quittons ce village haut perché pour Pishu, au milieu d'une vaste plaine entourée de montagnes très colorées d'un côté, plissées, striées, verdies, dégradées de mauve, de rose, de rouille, de jaune, tandis que sur l'autre rive s'élèvent des montagnes toutes noires, sans lumière. Nous avons rejoint la rivière Zanskar !
Des sensations très fortes en parcourant Pishu, où David a découvert les Zanskarpas avec sa famille dès 1989. Malheureusement, Tashi, son ami cher, est parti pour les ornements de Naropa à Hemis. Une autre connaissance, vétérinaire pour chevaux, évoque, autour d'un thé, la partition de l'Inde qu'il a connue. Le fils de Tashi, Lundup, est passionné par ce partage. Les femmes du village ont cuisiné pour un dîner festif ; chang et arak vont couler. Après des danses avec les Pishupas, nous rejoignons nos toiles, rassasiés de bonheurs simples. C'est la pleine lune, le ciel est clair, étoilé.

Début du trek près du monastère de Phuktal
Chaque jour, une émotion différente ! Quelques frayeurs aussi : nous voyons nos vingt chevaux pour le portage, mais ils sont sur la rive opposée de la rivière en crue. Traversée impossible ? Pas pour les chevaux du Zanskar, qui se jettent dans les eaux tumultueuses. Seuls la tête, le dessus du corps et la queue qui balaie l'eau apparaissent. Phuktal, les images (photos du livre de David, film de Marianne Chaux) deviennent réalité.
Enfin le monastère troglodytique dans cette paroi rocheuse. Impressionnant. Éblouis, ébahis, nous y grimpons au-dessus de la Tsarap au bleu pur ! Le soleil brûlant de la journée, le vent, quelques passages étroits, raides, n'ont pas entamé notre bien-être. Des moinillons nous accueillent en éclatant de rire.

À la recherche du lac caché
Au neuvième jour de l'itinéraire, un enthousiasmant changement de programme nous attend : nos guides ont repéré sur la carte un petit lac. Un aller-retour en reconnaissance dans le lit d'un torrent à sec, pierrier, gros blocs, traces de bharals, pour rejoindre le fond d'un cirque où se loge le Tso Mo, lac de la Femme ! C'est la paix. La solitude. Une grande sérénité face à cette eau turquoise. « Nous sommes au bout »... Le silence nous enveloppe.

Jour lost and found
Quelques jours plus tard, un grand ciel bleu nous accueille pour un départ le long de falaises en agglomérats, déchiquetées, des tuyaux d'orgue, des ravines. Nous traversons la rivière à plusieurs reprises, sur de gros blocs, car le courant est assez fort. Une confluence ! Mais un doute sur le chemin : nous filons, les parois anthracites schisteuses se ressemblent, le doute persiste.
Les chevaux n'arrivent pas et l'orientation suivie surprend l'équipe. Après une heure trente de marche, décision concertée : retour à la confluence. Les muletiers ne font qu'arriver ! Ce matin, les chevaux se sont enfuis pour brouter des buissons bien loin du camp. Bel endroit de retrouvailles que cette confluence entre les trekkeurs « perdus » et les muletiers en « retard ». L'étape est donc écourtée. Au dessert ce soir, un gâteau décoré « Lost and Found » partagé entre tous !

Enfin, le lac Tsomoriri
Avant d'atteindre le lac Tso Moriri, nous parcourons un plateau avec des yaks en transhumance. Des roches noires, ocres, des buissons rouille, verts, lie-de-vin, des trous de marmottes, une grande diversité de plantes, des troupeaux de chèvres pashmina, un gros troupeau de kyangs ! À l'arrivée, nous empruntons un chemin qui domine le lac et savourons la beauté de ce lieu. Le lac est immense, tout en longueur, vers Karzok, avec ses murs de mani richement gravés. Les reflets dans les eaux bleues de deux montagnes sacrées enneigées !

Immense nostalgie
Quitter ce bout du monde, quitter les Zanskarpas, quitter l'équipe exceptionnelle, presque tous de Pishu, quitter notre groupe de trekkeurs et quitter David, tout aussi passionné que passionnant.


