Autodidacte et travailleur, Émeric Fisset a d’abord cherché les réponses à ses questions et le sens de ses actes à travers la marche. Au cours d’un entretien avec Damien Tracoulat, en charge de l’Asie centrale et des Terres polaires à Tamera, Émeric revient sur son parcours et les voyages qui l’ont marqué.
La marche, chez lui, n’est pas seulement un mode de progression : elle rejoint l’esprit de nos treks et randonnées, où l’on avance à hauteur d’homme, dans la lenteur, l’effort et l’attention portée au monde traversé.
Émeric Fisset évoque une philosophie du voyage dont la marche et le dépassement de soi sont les clés. Il aborde également son travail d’éditeur avec la création de Transboréal, maison d’édition spécialisée dans les récits de voyages au long cours, ainsi que les différentes collections qu’il a développées.Enfin, il présente son projet autour de l’abbaye Notre-Dame de Bonnecombe, qu’il souhaite aménager en lieu de réflexion et de formation autour des questions et des enjeux écologiques de notre époque.
La passion des livres et du voyage à pied

Émeric Fisset a longtemps été un grand voyageur en solitaire, sans liaison radio ni soutien logistique. Sa passion pour les livres et ses lectures marquantes sur la mythologie, la géographie, l’ethnographie et les grands explorateurs l’encouragent à explorer le monde par ses propres moyens.
Il prend goût à l’itinérance dès l’âge de 17 ans au sein d’Hôpital Sans Frontière, en Thaïlande, en Ouganda, puis au Tchad.
De 1984 à 1986, il marche de Paris à Rome, à travers dix-sept pays d’Europe, sur 12 500 kilomètres. Puis, en deux ans et sur 25 000 kilomètres, il pédale jusqu’au Pakistan à travers treize pays du Proche et du Moyen-Orient.
Mais c’est en Alaska qu’il vit probablement sa plus grande aventure, dont deux récits seront publiés. Il entame en 1990 son premier raid en solitaire à travers l’Alaska, sur 3 500 kilomètres à pied, à la rame et à ski. Puis, en 1994 et 1995, il couvre à pied, en kayak de mer et à traîneau les 5 000 kilomètres qui le séparent de Seattle à Wales, en Alaska, sur le détroit de Béring.
Pour lui, chaque voyage est la quête d’un but précis, atteint à la seule force de son corps, en prise avec les éléments et la réalité des contrées qu’il traverse.
Transboréal, spécialiste des récits de voyages au long cours

C’est en 1998 que cet amoureux des livres met définitivement le pied dans l’édition, en republiant Dans les pas de l’ours, le récit de son premier voyage en Alaska, dont la publication l’avait déçu.
Émeric Fisset se lance alors et crée la maison d’édition Transboréal. Dès ses premières publications, Transboréal s’ancre dans le récit de voyages au long cours. À chaque fois, Émeric promeut le travail d’un auteur faisant preuve d’un investissement personnel pour une région ou un pays, le plus souvent en solitaire, marqué par une réelle connivence avec le milieu humain ou le monde naturel.
Il consacre toute son énergie à l’édition, en compagnie notamment de Marc Alaux. Cinq collections ont été créées, regroupant 200 ouvrages dans un esprit de voyage d’auteurs qui trouve peu d’équivalent en France.
Le projet de l’abbaye Notre-Dame de Bonnecombe

Fort de ces deux expériences et riche des réflexions qu’il a pu mener durant toutes ces années, Émeric Fisset s’est lancé dans un nouveau projet ambitieux autour de l’abbaye Notre-Dame de Bonnecombe.
L’idée est de réhabiliter une abbaye cistercienne vieille de plus de 850 ans en grand centre de réflexion et de formation autour des questions sociétales et des enjeux écologiques de notre époque, dont l’impact de la mondialisation sur nos vies.
À terme, ce complexe monastique, qui s’étend sur plus de 180 hectares au sud de Rodez, en Aveyron, pourrait accueillir une cinquantaine d’étudiants, avec comme leitmotiv de redonner du sens à nos actions et à nos actes.
Dans la suite de l’entretien, Émeric Fisset explique pourquoi le voyage à pied est, selon lui, le seul mode de progression qui permette d’apprécier autant le détail d’un paysage. Il aborde également son travail d’éditeur à travers les différentes collections qu’il a développées.
L'ivresse de la marche, entretien avec Émeric Fisset
En savoir plus :
- Dans les pas de l’Ours : Une traversée solitaire de l'Alaska sauvage - éditions Transboréal, 1993
- Sous l’aile du Grand Corbeau : De Seattle au détroit de Béring - éditions Flammarion, 1996
- L'ivresse de la marche : Petit Manifeste en faveur du voyage à pied - éditions Transboréal, 2008
- Kamtchatka : Au paradis des ours et des volcans - éditions Transboréal, 2014

