L’Ouganda demeure un monde de mystères aux sources du Nil. Jadis, les Grecs de l’Antiquité mentionnaient déjà l’existence de cette contrée sauvage des monts de la Lune, par-delà le Soudan : une terre de deux cents volcans inaccessibles, couverte d’immenses forêts vierges et de lacs étincelants, égrenés au fil du Rift occidental.
Pourtant, il fallut attendre le XIXe siècle pour que des explorateurs européens, à la recherche des sources du Nil, s’intéressent à ce pays attachant. En Ouganda, les voyages Tamera parcourent ces paysages d’est en ouest et du nord au sud : grands lacs du Nil blanc, gorilles de montagne, chimpanzés, safaris, peuples et treks dans le massif du Ruwenzori composent un concentré rare d’Afrique équatoriale.
Aujourd’hui, nous comprenons pourquoi, pendant longtemps, les sources de ce fleuve mythique ont constitué une énigme. La source du Nil, qui faisait l’objet d’une quête géographique insoluble, est dite provenir du lac Victoria. Il y a un siècle et demi, des hommes en mouraient ; ils succombaient à la fameuse « fièvre du Nil ».
Les explorateurs ont passé des années à chercher cette source, car beaucoup de confluences se jettent dans le lac Victoria, partagé entre l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie. Cela en fait du territoire à explorer. Il serait si simple de penser à prendre le Nil à Alexandrie et de le remonter afin d’en tirer sa source. Mais en réalité, ce ne sont que des chutes d’eau infranchissables, des marécages immenses, des bras d’eau dont on ne sait jamais lequel est le cours principal, sans parler des crocodiles et des hippopotames. Un vrai casse-tête.

Le massif du Ruwenzori, les monts de la Lune
David Livingstone fut l’un des premiers à se lancer en 1858 afin d’explorer la pointe nord du lac Tanganyika, où il franchit les fameux monts de la Lune, censés être les « gardiens » des sources. Il parachève ainsi l’une des plus formidables épopées du XIXe siècle : la quête des sources du Nil.
Porté disparu quelques années plus tard, c’est un confrère, Henry Stanley, qui eut pour mission de le retrouver. Nous retenons souvent l’anecdote classique de la question initiale lorsqu’ils se rencontrèrent : « Dr. Livingstone, I presume. »
Dans ces régions se dresse le massif du Ruwenzori, formidable citadelle d’altitude explorée par Henry Stanley en 1876, puis gravie par Louis-Amédée de Savoie en 1906.
Impressionnant et sauvage, ce massif complexe est une véritable chaîne montagneuse, partagée en six massifs présentant vingt-quatre sommets de plus de 4 000 mètres. L’intérêt botanique et paysager de cette traversée est extraordinaire : de la zone des bambous au monde alpin des séneçons et lobélies géantes, en passant par les immenses bruyères arborescentes festonnées de lichens et de mousses, le tout dominé par les pics et glaciers étincelants du groupe Stanley.

Les lacs Édouard et George, le canal de Kazinga
Lors de sa grande exploration transafricaine, Henry Stanley a également découvert, en 1875, le lac Édouard, dont la rive nord se trouve à quelques kilomètres au sud de l’équateur. Pratiquement dix ans plus tard, lors d’une seconde exploration dans les environs, il réalisa qu’un autre plan d’eau indépendant se situait là : le lac George.
Aujourd’hui, ce qui relie le lac Édouard au lac George est une large voie d’eau longue de 36 kilomètres, le canal de Kazinga. Ce canal abrite de nombreuses espèces de mammifères et d’oiseaux, dont l’une des plus grandes concentrations d’hippopotames, ainsi que de nombreux crocodiles du Nil.
Dans le parc national Queen Elizabeth, une croisière-safari sur le canal permet d’observer les animaux venant s’y désaltérer : buffles, éléphants, antilopes, hippopotames et crocodiles. L’embarcation tangue dès que l’on se penche à gauche, lorsqu’une aigrette se pose calmement sur un crocodile dormant, puis deux minutes plus tard sur la droite, pour observer une « famille nombreuse » d’hippopotames à quelques mètres.
Avec des jumelles et l’aide d’un guide ornithologique, il est possible d’identifier de nombreuses espèces d’oiseaux : ibis, guêpiers, martins-pêcheurs, hérons, cormorans, oies, aigles pêcheurs. Sur la route du retour au lodge, le soir, plusieurs troupeaux de buffles s’abreuvent auprès des caldeiras de saline parsemées dans le paysage.
Le lac Albert et les chutes Kabalega
En 1863, l’expédition de John Hanning Speke contourne la rive ouest du lac Victoria jusqu’au lac Albert. Dans ces régions, le parc national de Murchison Falls est le plus grand parc national ougandais, avec 3 840 kilomètres carrés de savanes, de grands troupeaux, notamment d’éléphants, de buffles et d’antilopes, et une partie du Nil qui atteint 80 mètres de large avant de se jeter dans le lac Albert.
On approche en bateau puis à pied, lors d’une randonnée en balcon, les chutes Kabalega, entourées de crocodiles, d’hippopotames et d’oiseaux. Ici, le Nil se précipite avec fracas dans un canyon profond de 44 mètres, mais très étroit, large de seulement 7 mètres.
Le lac Victoria et les chutes de Jinja
Pour couronner le tour des grands lacs africains, une balade en bateau mène aux sources du Nil Victoria, que John Hanning Speke « découvrit » en 1862. Après un périple épuisant, Speke, convaincu d’avoir identifié la source, rentra précipitamment en Angleterre annoncer sa découverte à la Royal Geographical Society. Son confrère Richard Francis Burton, lui, n’en était pas persuadé et chercha sur la côte est, vers Zanzibar.
C’est aux chutes de Jinja que le Nil quitte le lac Victoria, et que Speke pensait avoir trouvé la source du fleuve. Après la visite du marché coloré de Jinja, la route conduit vers Mbale, petite ville établie au pied du mont Elgon, qui culmine à 4 321 mètres.
Quatrième sommet est-africain après le Kilimandjaro, le mont Kenya et le Ruwenzori, le mont Elgon domine les riches campagnes du pays Bagisu. En contournant ce massif volcanique par l’ouest, on rejoint les quatre fameuses cascades de la rivière Sipi, étagées sur des falaises situées à 1 700 mètres, à flanc du mont Elgon.

Randonnée chamelière au coeur de Merzouga

