Tout au long de l'été 2019, les images de la forêt amazonienne ravagée par les flammes ont ému le monde entier. En cause : l'extension des terres agricoles et des pâtures. Pour convertir rapidement ces terrains en parcelles prêtes à l'emploi, de nombreux exploitants utilisent le feu pour aller plus vite, quitte à prendre le risque que ces incendies volontaires dégénèrent sous l'effet de périodes de sécheresse prolongées. En 2019, ils ont atteint des niveaux records, avec près de 36 000 feux en Bolivie, soit 75 % de plus qu'en 2018, et 77 000 au Brésil, dont la moitié en Amazonie. Pour les animaux sauvages, cet habitat parti en fumée a eu de lourdes conséquences, un sujet que nos voyages d'observation de la faune explorent régulièrement.
Plus de 2,3 millions d'animaux tués en Bolivie
Après les incendies, il est difficile d'estimer le nombre de victimes directes et collatérales. Certains animaux ont en effet réussi à fuir les flammes, mais qu'adviendra-t-il d'eux s'ils n'ont plus de proies, de fruits ou de végétaux pour se nourrir, leur habitat ayant disparu ? On sait déjà que ces feux ont eu des effets directs sur la diminution de plusieurs populations animales, comme chez les oiseaux, les primates ou les félins.
Pour savoir combien d'animaux sont morts à cause des incendies en Amazonie, seules des estimations sont possibles. Ainsi, selon certains scientifiques, ce serait plus de 2,3 millions d'animaux qui ont été tués en 2019 en Bolivie, suite aux incendies qui ont ravagé plus de 4 millions d'hectares dans le pays. Les effets à long terme restent difficiles à mesurer avec certitude.
Un quart de la biodiversité mondiale
Ces incendies sont d'autant plus inquiétants qu'ils touchent un écosystème unique au monde, dans lequel toutes les espèces de végétaux et d'animaux sont loin d'avoir été découvertes. Les scientifiques estiment que l'Amazonie abrite 25 % de la biodiversité mondiale, avec 30 000 espèces de plantes, 2,5 millions d'espèces d'insectes, 2 500 de poissons, 1 500 d'oiseaux, 550 de reptiles et 500 espèces de mammifères, comme le rappelle la Wildlife Conservation Society.
Toutes ces espèces sont touchées de plein fouet par les incendies auxquels elles font face chaque année, avec des conséquences toujours plus lourdes. Les animaux terrestres sont bien évidemment des victimes directes, notamment ceux qui se déplacent lentement comme les paresseux, et ceux qui vivent dans les étages inférieurs de la canopée, comme les amphibiens ou certains reptiles et mammifères.
La faune aquatique est également affectée, les incendies ayant des effets sur la température et la qualité des cours d'eau. Même les félins, pourtant réputés rapides, sont concernés. Parmi les victimes, de nombreux ocelots et jaguars : l'ONG Panthera estime que près de 500 jaguars adultes ont été tués ou ont perdu leur habitat dans les incendies de 2019.
L'Amazonie, un puits de carbone en péril
Celle que l'on appelle le poumon de la planète est aujourd'hui un vaste écosystème menacé qu'il faut protéger. La forêt amazonienne joue un rôle essentiel dans le système climatique à l'échelle planétaire. Elle ne permet pas seulement de stocker d'importantes quantités de carbone, mais aussi de rafraîchir l'air en faisant s'évaporer l'eau absorbée par les arbres. Cela produit de la vapeur d'eau, qui se transforme ensuite en nuages donnant des précipitations, le tout en un cycle vertueux. Dans ce domaine, les forêts tropicales, et à fortiori l'Amazonie, sont les championnes, avec en moyenne 50 % de carbone stocké en plus que les autres forêts. À elle seule, l'Amazonie élimine entre 1 et 2 milliards de tonnes de CO2 de l'atmosphère chaque année, soit environ 5 % des émissions issues des activités humaines.
Hélas, les incendies et la déforestation rejettent entre 500 et 700 millions de tonnes de carbone par an, réduisant son rôle de puits de carbone. Si les coupes de bois et les incendies illégaux se poursuivent, certains experts prédisent que l'Amazonie pourrait devenir une source de carbone d'ici quelques décennies.
Les incendies se sont poursuivis les années suivantes, mais des données plus récentes de l'ONG Panthera font état d'une baisse de 45 % de la surface brûlée en Amazonie entre les périodes 2023-2024 et 2024-2025, même si les conditions climatiques sous-jacentes, plus chaudes et plus sèches, restent préoccupantes pour l'avenir de cet écosystème et de sa faune.
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