13 avril 2017 - Faune
Vaquitas

La vaquita est le cétacé le plus menacé du monde : sa population a chuté de plus de 95 % en vingt ans, et il n'en restait plus qu'une trentaine, tous localisés dans le golfe de Californie, au Mexique, lorsqu'une opération de la dernière chance a été lancée en 2017 pour tenter de sauver ce cétacé, à l'image des espèces fragiles que nos voyages et safaris à la rencontre de la faune permettent parfois d'approcher.

La vaquita, simple dommage collatéral

Pour comprendre les menaces pesant sur la vaquita, aussi appelée marsouin du golfe de Californie, il faut se rendre de l'autre côté du Pacifique, en Chine. Là-bas, la vessie natatoire du totoaba, un poisson qui nage lui aussi uniquement dans le golfe de Californie, est considérée comme un mets de luxe. Cette simple poche remplie de gaz, qui permet au poisson de nager plus ou moins profondément, a vu son prix exploser depuis le milieu des années 2000, à tel point qu'elle a attiré la convoitise des cartels mexicains. Surnommée « la cocaïne de la mer », elle est vendue de 1 000 à 5 000 dollars l'unité sur le continent américain, puis dépasse 10 000 dollars une fois acheminée en Chine.

La vaquita est une victime collatérale de ce marché noir. Pour capturer les totoabas, les pêcheurs laissent dériver de grands filets qui capturent toutes les espèces, sans aucune distinction : tortues, lions de mer ou vaquitas s'y emmêlent et meurent piégés. Les effectifs du marsouin ont ainsi dramatiquement chuté : de 600 individus en 1997, ils sont passés à une trentaine à la fin des années 2010.

VaquitaCPR : conservation, protection, rétablissement

Face à la menace d'extinction, en 2015, le gouvernement mexicain interdit l'utilisation des filets dérivants sur 13 000 kilomètres carrés, mesure compensée par des subventions aux pêcheurs locaux. Avions, hélicoptères et même un navire patrouilleur de la marine nationale sont chargés de traquer les braconniers dans le golfe de Californie, mais cela ne suffit pas à enrayer le déclin du marsouin. Fin 2016, les meilleurs experts de la planète se réunissent finalement et élaborent un plan de sauvetage, le VaquitaCPR. Celui-ci n'a qu'un objectif : capturer une dizaine d'adultes dès 2017 et les placer dans un sanctuaire situé dans la région de San Felipe. Là-bas, un programme de reproduction doit tenter de sauver l'espèce. Le gouvernement alloue plus de trois millions d'euros à la réalisation de ce projet.

Le plan s'avère en réalité très ambitieux à mettre en œuvre. D'une part, détecter dix vaquitas sur les trente restants n'est pas facile : le Mexique demande même le déploiement de la marine américaine, qui dispose de dauphins spécialisés dans la recherche sous-marine. D'autre part, les vaquitas pourraient ne pas supporter le stress lié à la capture et en mourir, l'espèce n'ayant jamais été observée se reproduisant en captivité.

Ce qu'il est advenu de l'opération

Les craintes des experts se sont malheureusement confirmées : l'opération de capture n'a réussi à attraper que deux vaquitas en 2017. La première, un jeune individu montrant des signes de stress, a été relâchée. La seconde, une femelle adulte, est morte peu après sa capture, victime du stress lié à la manipulation. Le programme a été arrêté dans la foulée, les scientifiques concluant que l'espèce ne pouvait décidément pas supporter la captivité.

La population a continué de décliner sévèrement les années suivantes, jusqu'à atteindre environ 6 à 10 individus entre 2019 et 2024, plaçant la vaquita au rang de mammifère marin le plus menacé de la planète. Mais les relevés menés fin 2025 par Sea Shepherd et les autorités mexicaines (CONANP) apportent une note d'espoir inédite depuis des décennies : le déclin semble s'être arrêté, avec 7 à 10 individus détectés et, fait marquant, la naissance de nouveaux petits observée pour la première fois depuis longtemps. Les autorités mexicaines évoquent une réduction de 96,7 % du nombre de bateaux détectés dans la zone de tolérance zéro, principal repaire des derniers spécimens.

La vaquita reste néanmoins classée en danger critique d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature, et sa survie demeure suspendue à l'éradication complète des filets dérivants dans le golfe de Californie.

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