06 avril 2023 - Himalaya et Inde, Népal, Trekking
Le Chamlang à 7320 m depuis le camp de Langmale dans la région du Makalu au Népal

La Grande Traversée du Népal est peut-être l’un des treks les plus longs au monde. Cet itinéraire, proposé par Secret Planet, a été mis en place par David Ducoin, spécialiste Himalaya, après plusieurs années de travail. Il a reçu le prix du « trek de l’année » décerné en 2018 par Grand Reportage et Trek Magazine.

Après plusieurs éditions, une évidence s’impose : une telle traversée ne repose pas seulement sur la beauté de l’itinéraire. Elle exige une connaissance fine du terrain, des vallées, des saisons, des cols, des permis, de l’acclimatation, des équipes locales et de la logistique. La Grande Traversée du Népal concentre tout ce qui fait la complexité d’un trek au long cours en Himalaya : durée, altitude, haute route, sécurité, portage, météo et immersion progressive dans tout le Népal himalayen.

À l’heure où les voyages plus immersifs et au long cours prennent tout leur sens, cette « expérience d’une vie » continue de se construire avec la même exigence. Nous avons interrogé David Ducoin, initiateur de ce projet hors normes, pour mieux comprendre les coulisses de la Grande Traversée du Népal.

Carte de la grande traversée du népal

Entretien avec David Ducoin

Comment est née cette grande traversée chez Secret Planet ?

Je connaissais quelques personnes qui avaient effectué cette traversée, comme Laurent Boiveau et Robin Boustead, mais je n’aurais jamais osé la proposer si plusieurs personnes ne nous avaient pas demandé de l’organiser. C’est donc à la demande de futurs participants que nous avons mis en place la Grande Traversée du Népal, 1 500 kilomètres à pied sur le toit du monde.

Nous avons beaucoup travaillé pour élaborer la totalité du parcours et son découpage en dix étapes. Laurent Boiveau nous a bien aidés, et nous avons également fait appel à Pierre Martin pour certaines étapes.

Nous avons décidé de faire la « haute route », c’est-à-dire de passer par les hauts cols. Cela implique une logistique lourde et des permis spéciaux sur certaines étapes. La haute route donne aussi un enjeu de météo et de saisonnalité pour passer les cols, qui peuvent aller jusqu’à 6 000 mètres, dans de bonnes conditions. Nous avons donc choisi un départ en août à l’ouest, à Simikot, pour arriver en décembre à l’est, dans la région du Kangchenjunga.

Près du monastère de Kagar dans la vallée de la Tarap au Dolpo
La vallée de la Tarap au Dolpo © David Ducoin

 

Combien de fois l’avez-vous organisée ?

Nous avons commencé à travailler sur l’itinéraire en 2016. Nous l’avons réalisé pour la première fois en 2019 avec une équipe de cinq participants, dont trois ont fait la totalité des étapes en 146 jours. Nous devions réitérer le départ en 2020, mais la pandémie est arrivée. En 2021, nous avons hésité à la faire partir, car la situation sanitaire était encore trop instable.

C’est donc en 2022 que nous avons effectué la deuxième édition de ce parcours d’envergure. Nous avions six personnes qui ont réalisé cinq étapes ou plus, dont trois qui ont effectué la totalité en 133 jours.

Ce qui rend cette traversée complexe, c’est aussi la synchronisation des étapes. Il faut calculer la date de départ et de retour de chacune afin que les participants arrivent bien acclimatés pour rejoindre notre « caravane », et que toutes les sections coïncident entre elles. Si une étape change de durée, toutes les dates des dix étapes sont à revoir.

Equipe de La grande traversée du Népal 2019 Equipe de La grande traversée du Népal 2022
Les groupes de 2019 et 2022
 

Quels sont les enjeux d’itinéraire ?

Le premier enjeu est la saisonnalité et le sens de la traversée. Ceux qui réalisent cette traversée en trail, donc en moins de 100 jours, le font généralement dans le sens est-ouest, avec un départ le plus souvent au printemps. Ceux qui la font en mode trek, donc en plus de 100 jours, ont davantage intérêt à programmer un départ en août pour une arrivée en décembre, dans le sens ouest-est.

Tout cela n’est pas figé : la météo, l’état des chemins et les routes évoluent. Il n’est pas exclu que nous tentions un jour un départ au printemps.

Il y a ensuite le choix entre la lower trail, qui passe par les villages et évite les hauts cols, et l’upper trail, plus ambitieuse et plus himalayenne. Nous voulions des itinéraires engagés, avec de vrais passages d’altitude. Nous avons donc opté pour l’upper trail, qui nécessite une logistique plus lourde, un coût plus élevé et un nombre minimum de participants.

Pour la première édition, nous avons amélioré le tracé en passant par le haut Mustang et le col du Teri La, afin d’éviter de nous retrouver sur le tour des Annapurnas et le Thorong Pass, beaucoup plus fréquentés.

Enfin, il y a évidemment le climat. Nous devons affronter la mousson en début de parcours et, en fin de parcours, passer le Sherpani Col à plus de 6 000 mètres avant que les premières neiges de l’hiver ne le bloquent et nous interdisent le passage.

Le Renjo la à 5340 m et vue sur l’Everest et le Lhotse dans la région du Kumbhu
Le Renjo La à 5340 m dans la région du Khumbu © David Ducoin

 

Quels sont les enjeux organisationnels ?

Nous les avons découverts au fur et à mesure. Le premier est de pouvoir constituer un groupe qui permette de garantir le départ. Si nous n’avons pas un minimum de quatre personnes, il faut alors compléter avec des participants sur les étapes les plus engagées, afin de pouvoir rentrer dans nos frais fixes.

Mais cela devient aussi un atout, car nous avons dix étapes garanties, dont plusieurs qui ne le seraient peut-être jamais s’il n’y avait pas cette grande traversée : Grande Caravane du Dolpo, du lac Rara à Jomosom ; Langtang au Rolwaling via le Tilman Pass à 5 300 mètres ; traversée du Rolwaling via le Tashi Lapsa à 5 760 mètres ; ou encore de l’Everest au Makalu via le Sherpani Col à 6 180 mètres.

Nous avons vite réalisé qu’une tente par personne était nécessaire, car il nous semblait moins confortable de passer plusieurs mois sous une tente avec une personne que l’on n’a pas choisie. Nous avons donc offert la tente single dès le premier départ.

Il y a ensuite le visa, qu’il faut renouveler au bout de 90 jours. Notre équipe à Kathmandu s’en charge, ainsi que des nombreux permis. Nous avons également prévu une visite à mi-chemin, afin de déposer le matériel d’alpinisme utile pour certaines étapes de la deuxième partie du parcours. Les participants peuvent en profiter pour renvoyer des affaires à Kathmandu et recevoir des vêtements, des compléments de nourriture, du cash, etc.

Enfin, il y a le changement de guide, de porteurs et d’équipe de cuisine en fonction des étapes. Nous équipons nos porteurs pour les étapes engagées. En 2022, nous avons donné 30 doudounes grand froid, 150 paires de chaussures, des vestes, des pantalons et des lunettes.

Village de Ghunsa dans la région du Kangchenjunga au Népal
Région du Kangchenjunga © David Ducoin


Quels sont les enjeux de sécurité ?

Il y en a trois principaux : l’altitude, le froid et l’orientation.

Au sujet de l’altitude, notre programme est assez progressif, avec quinze jours entre Simikot et le lac Rara à moins de 4 000 mètres avant d’arriver sur les hauts cols du Dolpo. La question de l’acclimatation concerne davantage les personnes qui rejoignent la traversée et qui se retrouvent avec une équipe déjà bien acclimatée. Nous devons être vigilants et bien briefer les nouveaux arrivants afin qu’ils adaptent leur rythme.

Nous disposons d’un caisson hyperbare, de deux téléphones satellites et de la hotline de l’Ifremmont, qui permet d’échanger 24 heures sur 24 avec un médecin spécialiste de la médecine de montagne. Les participants sont dotés d’une balise GPS qui nous permet de les localiser à la minute près et de recevoir des messages et images, partagés sur un suivi live afin que les proches puissent avoir des nouvelles régulièrement.

Matériel pour la haute montagne

Concernant le froid, nous devons être particulièrement vigilants sur la deuxième partie du trajet, notamment l’étape du Sherpani, car nous y arrivons tard dans la saison et nous allons à haute altitude, à plus de 6 000 mètres. La difficulté repose surtout sur les porteurs, que nous équipons sur la plupart des étapes en lunettes, chaussures, pantalons et vestes pour assurer leur confort.

Au sujet de l’orientation, notre équipe locale est maintenant bien rôdée. Lors de la première édition, il nous a fallu former nos guides et notre équipe de cuisine à des itinéraires rares et complexes.

Nous avons également étudié et mis en place une assurance « annulation et interruption de séjour », car peu d’assurances fonctionnent au-delà de 90 jours de voyage et de 20 000 euros de budget.

 

Quelles nouveautés pour les prochaines éditions ?

Nous allons étudier la possibilité d’un départ au printemps et d’une traversée est-ouest. Cela demande un travail énorme, car nous devons nous assurer de la faisabilité avant de refaire toutes nos étapes dans le sens contraire, avec une bonne synchronisation.

Nous allons inclure un stage de préparation comprenant un peu d’alpinisme et un stage de médecine de montagne avec l’Ifremmont. Cela permettra aux participants de se rencontrer avant le départ et de former ceux qui ne le sont pas à des notions d’alpinisme et de médecine de montagne. Sur plus de quatre mois de voyage en Himalaya, il est important que chacun soit capable d’être un minimum autonome pour se soigner et, surtout, éviter des problèmes de santé comme les gelures.

Nous allons également étudier la possibilité d’inclure les pourboires, ou de garantir une répartition financière au plus juste en fonction des étapes et des équipes. C’est un sujet très complexe, car les Népalais sont assez attachés au système de pourboire. À chaque étape, le nombre de participants peut changer, mais aussi le nombre de porteurs. Chacune demande donc des calculs précis afin de répartir les pourboires au plus juste.

Que diriez-vous à de futurs participants ?

Nous avons des participants de tous âges et de tous niveaux. La Grande Traversée du Népal est l’une des rares expéditions envisageables avec un niveau sportif solide et une expérience préalable de l’altitude. Nous avons autant, voire plus, de femmes que d’hommes, de 30 à 67 ans, avec des profils parfois très différents.

Le plus important est la motivation et la préparation mentale. Être prêt à affronter la pluie, la neige, le froid. Être prêt à vivre cette expérience avec d’autres participants et une équipe de Népalais. La Grande Traversée du Népal demande de la préparation, de l’envie, de la patience et une réelle disponibilité intérieure.

 

Le détail des étapes

Des paysages verdoyants du Dolpo aux majestueux sommets des Annapurnas, en passant par les paysages glaciaires de l’Everest ou encore les villages du Kangchenjunga, c’est sans aucun doute la diversité des paysages et des rencontres qui rend ce voyage si atypique.

L’itinéraire de la Grande Traversée du Népal est découpé en dix étapes. Il est toutefois possible de participer seulement à une ou plusieurs d’entre elles.

  • Étape 1 – De Simikot au lac Rara : une occasion unique d’explorer l’Ouest népalais, une région préservée et très peu parcourue. Sur cette étape, nous réalisons un trek à l’ancienne à travers les villages chhetri, bramane et takhuri, sous tente, avec une équipe de cuisine.
     
  • Étape 2 – Grande caravane du Dolpo, du lac Rara à Jomosom : une aventure qui nous permet de traverser « le pays caché », ses monastères et ses villages hors du temps. Il s'agit de l'une des étapes qui a le plus marqué les participants.
     
  • Étape 3 – Des Annapurnas au Manaslu : des paysages surprenants et grandioses, dominés par la « déesse » Annapurna, le Dhaulagiri et d’autres sommets majestueux et peuplés d’ethnies.
     
  • Étape 4 – Traversée du Ganesh Himal : un voyage en soit dans une région peu visitée, sous tente et sans le facteur de l'altitude. Les paysages sont diversifiés avec de la montagne et des villages.
     
  • Étape 5 – Langtang au Rolwaling via le Tilman Pass (5 300 m) : un itinéraire mythique et extrêmement peu emprunté. Nous faisons la traversée intégrale du Langtang avec, en point d’orgue, le mythique col ouvert par Bill Tilman.
     
  • Étape 6 – La traversée du Rolwaling via Tashi Lapsa : une région peu parcourue, qui mérite vraiment que l'on s'y rende. Les paysages se partageant entre campagnes et collines avant de franchir un col glaciaire d’importance.
     
  • Étape 7 – L'Everest par les hauts Cols : un itinéraire rare et exigeant au cœur du pays sherpa, de son attachante population, de ses villages et monastères, puis le passage de 3 cols à plus de 5 000 mètres d’altitude.
     
  • Étape 8 – Everest au Makalu via l'Amphu Laptsa (5 800 m) le Sherpani Col (6 180 m) : dans un paysage glaciaire, une expédition mythique, difficile à organiser et qui nous rapproche plus de l’alpinisme que du trekking. Nous devons parfois utiliser des cordes fixes, faire des descentes en rappel.
     
  • Étape 9 – Du Makalu au Kangchenjunga via le Lumbasumba (5 159 m) : sûrement l'étape la plus difficile et la plus engagée du périple. Un itinéraire très sauvage réalisé par très peu de groupes, car nécessitant une bonne connaissance du trekking.
     
  • Étape 10 – Au pied du Kangchenjunga, aux confins du Népal : une randonnée sauvage et unique dans une ambiance de haute montagne. L'occasion de voir un Népal authentique, loin des foules. L'une des étapes « coup de coeur » de notre équipe 2019. 


Retour sur l'édition 2019 et le détail de chacune des étapes avec David Ducoin, notre spécialiste de l'Himalaya :

 

Pourquoi organiser sa Grande Traversée du Népal avec Tamera ?

Tamera est l’une des rares agences à proposer cette grande traversée dans une logique de trek au long cours. Spécialiste du Népal, l’agence a développé une gamme très large de parcours dans le pays, des grands classiques himalayens aux itinéraires les plus confidentiels.

Sur un projet de cette ampleur, l’expérience de terrain est décisive : découpage des étapes, logistique, permis, portage, acclimatation, sécurité, météo, gestion des hauts cols, adaptation des équipes et connaissance des vallées traversées. La Grande Traversée du Népal ne se résume pas à un itinéraire sur une carte : c’est une expédition progressive, collective et profondément humaine à travers toute la chaîne himalayenne népalaise.

Montée du Larkye pass à 5135 m sur le tour du Manaslu au Népal

Everest, Annapurnas, Manaslu, Kangchenjunga & Makalu, Dolpo & Mustang

 - 133 jours

La Grande traversée du Népal, 1500 km à pied sur le toit du monde

Cette expédition himalayenne au long cours et en haute altitude est une exclusivité Tamera ! 1500 km à pied sur le toit du monde pour accomplir les dix étapes de la Great Himalayan Trail en 126 jours de trek.
Dernières places pour le départ du 01/08/2026
37 000
Montée du Larkye pass à 5135 m sur le tour du Manaslu au

Annapurnas, Manaslu

 - 23 jours

Du Manaslu à l'Annapurna

Nous effectuons le mythique tour des Annapurnas précédé du tour du Manaslu, plus confidentiel. Nous nous imprégnons de panoramas exceptionnels et de nombreux villages d’une grande diversité ethnique. Un trek complet.
Dernières places pour le départ du 17/10/2026
4 550
Lac de Phoksumdo au Dolpo au Népal

Dolpo & Mustang

 - 31 jours

La grande traversée du Haut Dolpo

Cette grande traversée en altitude nous fait passer par de nombreux hauts cols et des villages et monastères isolés de culture tibétaine. Nous avons une logistique sous tente, un caisson hyperbare et la hotline Ifremmont.
Prochain départ assuré le 16/07/2027
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