Nous partons naviguer sur un morceau de mer Baltique autour de l’archipel d’Åland, le plus grand archipel de la planète, qui verrouille le golfe de Bothnie.
À la frontière des grands espaces nordiques, ce type d’itinérance maritime rejoint l’esprit de nos voyages en terres polaires et dans les régions du Nord, entre kayak, navigation, autonomie et progression lente : avancer d’île en île, observer, composer avec le vent, choisir son bivouac et entrer dans le rythme des eaux froides.
Kayak en mer Baltique : l’archipel d’Åland
Sous les pins s’étale la carte maritime : un morceau de mer Baltique moucheté du vert de la taïga. C’est la myriade de 6 500 îles et îlots de l’archipel d’Åland, le plus grand archipel de la planète, qui verrouille le golfe de Bothnie.
Nous sommes sur la côte est de Fasta Åland, l’île principale. Le tracé que nous imaginons zigzague entre ces îlots peuplés d’aigles pêcheurs, d’élans et de phoques.
Avec l’excitation mêlée d’inquiétude propre à un premier grand voyage en autonomie, nous vérifions les informations des cartes marines : courants très faibles, marées à peine perceptibles, statistiques météo offrant peu de jours très venteux en juillet. Ces conditions, auxquelles s’ajoute une présence humaine suffisante pour parer à d’éventuelles difficultés — avec un isolement suffisant pour satisfaire nos envies de nature —, avaient scellé notre choix de destination.

L’organisation des kayaks
Sur la minuscule plage de Vardö, l’une des rares de l’archipel, les vivres s’entassent à côté de tout le matériel nécessaire à ces trois semaines d’autonomie. Le pari : faire tenir tout cela dans les kayaks.
Nous nous contorsionnons pour remplir chaque interstice, des pointes de nos kayaks jusqu’aux trappes de nos caissons. Après trois heures d’efforts, l’heure du départ a sonné.
Nos kayaks s’enfoncent dans l’eau jusqu’à la ligne de pont. Avec un tel chargement, ils perdent leur caractère joueur mais gagnent en stabilité. Nos premiers coups de pagaie nous font longer la côte de granite rose de Vardö, et très vite s’offre à nos yeux un confetti d’îlots clairs.
Ancien socle de granit et de gneiss érodé par les glaciations puis remonté à la surface sous l’effet du soulèvement dû à la fonte d’une masse considérable de glace, ces îles offrent un paysage de grandes dalles minérales nues, ou avec des sols très minces.

Déroulement du séjour
C’est dans ce décor que s’établit notre quotidien. Robinsons changeant d’île de jour en jour, nos journées se remplissent de navigations au ras des rochers, de débarquements sur des dalles rendues glissantes par des algues d’un vert irréel, d’amarrages de tente à l’aide de cailloux — à défaut de pouvoir planter des sardines —, de pauses casse-croûte, de farniente au soleil du Nord et d’observation de la nature.
La nature nous gâte. Le vent nous immobilise davantage que les statistiques météo ne nous l’avaient laissé imaginer, mais ces pauses forcées nous donnent le temps d’observer les nombreux oiseaux marins qui nichent et élèvent leurs petits sur les îles. Sternes arctiques, aigles pêcheurs et guillemots se disputent la vedette avec les écureuils, chevreuils et cerfs qui parcourent ces îles pour l’essentiel inhabitées.
Jour après jour, nous progressons dans l’archipel, déterminant notre route et nos lieux de bivouac au gré des envies, des opportunités et des aléas météo. Mais bientôt sonne l’heure du retour, avec une certitude : nous reviendrons zigzaguer entre les îles d’Åland.

Est groenlandais, exploration intégrale du fjord Sermilik

