06 juin 2019 - Laos, Vietnam, Peuples et fêtes

En décembre 2019, loin des sentiers touristiques, nous partons en voyage de reconnaissance au centre de la péninsule indochinoise, entre Laos et Vietnam, dans une région encore méconnue alors qu’elle abrite de bien belles pépites. De part et d’autre de la cordillère Annamitique, dont les plus hauts sommets culminent à environ 2 500 mètres, nous explorons de beaux paysages karstiques, parmi les plus spectaculaires de la planète. Nous découvrons de grandes grottes traversées par des rivières dans la région de Khammouane au Laos et de Phong Nha au Vietnam, et faisons des immersions dans des villages isolés, comme celui de Lang Aur habité par le peuple katu, au Vietnam. Le long de la cordillère Annamitique nous randonnons et rencontrons d'autres peuples.

Découvrez notre voyage-reconnaissance "De la région karstique de Khammouane au village katu de Lang Aur"

 

Paysage karstique de Khammouane © André Villon

Paysage karstique de Khammouane © André Villon

 

Exploration de la région karstique de Khammouane

Nous découvrons bien sûr cette belle région du centre Laos, comme on le fait déjà dans le cadre de notre programme Laos nord / sud, mais nous irons bien plus loin à l'occasion de notre voyage-reconnaissance de décembre 2019. Nous irons notamment du côté de la rivière Xé Bangfai qui traverse la grotte Tham Nam Lot par un long tunnel rocheux de 11 km. Nous remontons la Xé Bangfai qui prend sa source dans les montagnes du parc de Hin Namno. Nous découvrons aussi des villages habités par le peuple makong sur le versant ouest de la cordillère Annamitique. Certains axes de cette belle région karstique sont maintenant plus connus, notamment la fameuse grotte-tunnel de Konglor creusée par la rivière Hin Boun. Nous la traversons en bateau sur 7 km pour rejoindre le village de Na Tan de l'autre côté. Nous allons donc bien plus loin dans ce voyage que cette simple découverte.

Grotte-tunnel de 11 km traversée par la rivière Xé Bang Fai © André Villon

Grotte-tunnel de 11 km traversée par la rivière Xé Bang Fai © André Villon

 

Extraordinaires grottes de Phong Nha

Prolongement naturel de la région karstique de Khammouane, les extraordinaires grottes de Phong Nha sont situées au centre du Vietnam, sur le versant oriental de la cordillère Annamitique. Elles sont parcourues par le plus long fleuve souterrain au monde, et l'ensemble du site est classé au patrimoine de l'Unesco depuis 16 ans. Il s'agit d'un vaste réseau de cavernes et de grottes s'étirant sur quelque 70 kilomètres, au nombre de 300, dont 20 seulement ont été explorées. En avril 2009, la plus grande caverne du monde, Son Dong, y a été découverte par une équipe d'explorateurs britanniques. La longueur totale du réseau de cavernes et de grottes est estimée à 126 km. Nous prévoyons d'organiser un programme centré autour de ces grottes de Phong Nha. N'hésitez pas à nous consulter.

Paysage de la cordillère Annamitique côté laotien © André Villon

Paysage de la cordillère Annamitique côté laotien © André Villon

 

Le long de la cordillère Annamitique

Nous pouvons aller de la région de Khammouane vers celle habitée par les Katu du centre Vietnam, soit par les grottes de Phong Nha au Vietnam, soit par le côté laotien sur le versant ouest de la cordillère Annamitique. Cette aire méconnue, hors des zones desservies par les axes routiers est encore peuplée d’ethnies qui ont gardé, dans un milieu très cloisonné, leurs us et coutumes. Elles sont installées sur ce territoire depuis plus longtemps que la plupart des ethnies qui vivent au nord du pays. Leur langage est de type môn-khmer et malayo-polynésien, tout comme dans les montagnes du centre Vietnam, de l’autre côté de la cordillère Annamitique. Animisme et culte des morts animent encore aujourd’hui largement les croyances de ces ethnies, même si les missionnaires catholiques en ont converti beaucoup depuis le début de l’ère coloniale. Il y a notamment les peuples brou, makong, katang, ta oy et katu.

Si nous passons par le versant laotien, nous rejoindrons le Vietnam par le poste frontalier de La Lay, le long des contreforts du parc national de la Xe Xap, zone reculée, sauvage, et encore à peine connue. Nous sommes alors juste au nord de la région des Katu du Haut Xékong, où nous programmons aussi des voyages depuis quelques années.

Repas traditionnel festif dans la campagne laotienne © André Villon

Repas traditionnel festif dans la campagne laotienne © André Villon

 

Immersion dans le village katu de Lang Aur

But ultime de notre voyage-reconnaissance de décembre 2019, nous ferons donc une immersion dans le village katu de Lang Aur, avec différentes activités effectuées avec les habitants. Ce village présente la particularité d’être isolé à l’ombre d’un massif recouvert de forêts secondaires et primaires, les monts A Touat (2 500 m) et Tal Hi (2 300 m), deux des points culminants de la cordillère Annamitique. Lang Aur est accessible exclusivement à pied, sorte de petit « paradis perdu ». Le site est dominé au nord et au nord-est par le mont Asse, dont les contreforts abritent des ours, panthères et différentes variétés de primates.

Maison du village Katu de Lang Aur © Jonathan Morana

Maison du village katu de Lang Aur © Jonathan Morana

 

Le peuple katu et ses coutumes

Peuple emblématique de la cordillère Annamitique, aussi bien du côté laotien que vietnamien, les Katu formaient avant les années 1950 une confédération proto-indochinoise redoutée dont le territoire englobait les monts centraux de la cordillère Annamitique, et qui resta impénétrable et insoumis jusqu’en 1938. Les Katu étaient connus pour leurs « chasses au sang ». Comme certains groupes de Bornéo et de Nouvelle-Guinée, ils menèrent des expéditions guerrières contre des villages voisins afin de capturer des victimes à sacrifier aux génies et à consommer. C'était toujours dans le but de protection. Les sacrifices humains sont désormais remplacés par des buffles. 

De culture patrilinéaire et animiste, l'univers des Katu est circulaire. Tout est de forme arrondie : villages, toits des habitations, gongs, jarres, pipes et tambours. Un village katu se caractérise ainsi par sa forme arrondie, avec en son centre, la maison communale. Le village représente une série de cercles, le plus visible étant celui formé par les habitations toutes orientées vers le centre. Ces habitations peuvent accueillir plus de trente membres d’un même segment de patrilignage, soit entre deux et trois familles (dans le passé plus de cent individus). Autour du village des arcs de cercles sont formés par les rivières, et des lignes de crêtes dominant les villages. Le centre du dispositif est marqué par les poteaux de sacrifices en kapokier.

Autre particularité du peuple Katu : les « grawl ». Ce sont des maisons communales qui se distinguent par leurs sculptures totémiques et dessins polychromes, à l’intérieur, comme à l’extérieur. Elles cumulent des fonctions sociales et servent de site pour des rites animistes, notamment les sacrifices de buffles. Sous le pilier central se retrouve l’étrange être androgyne et magique du panthéon katu.

Photo ancienne des peuples de la Cordillère Annamitique

Photo ancienne des peuples de la cordillère Annamitique