Le trek de vos rêves va enfin devenir réalité. Dans quelques jours, c’est le départ. Sauf qu’avant, il faut faire son sac, et parfois le casse-tête commence : que prendre quand les températures varient fortement entre le jour et la nuit, entre monde tropical et haute montagne, visite de ville et trek engagé ? Où se situe l’indispensable ? Qui portera ce fameux sac ? N’ai-je rien oublié ? Voyager léger, d’accord, mais où faire les choix ?
Embarquer la couverture de l’avion pour éviter de prendre un duvet ? Traverser les névés en tongs ou visiter les villes tropicales en grosses « pompes de montagne » ? Réussir à compresser une salle de bain pour qu’elle rentre dans une trousse, c’est bien gentil, mais est-ce possible ? L’idée est simple : emporter l’essentiel et surtout l’indispensable, tout en restant compact et léger. La quadrature du cercle, en quelque sorte.
Cette revue de détail a été confiée à François, accompagnateur en montagne depuis 35 ans, avec plus de 25 années d’encadrement de trekking en Himalaya, Asie centrale, Proche-Orient et Sahara. Des déserts aux forêts tropicales, des hautes vallées himalayennes aux montagnes d’Asie centrale, nos treks et randonnées accompagnés sur les grands itinéraires du monde rappellent que le bon matériel dépend toujours du voyage, du climat, de l’altitude et du niveau d’autonomie.
D’emblée, on éliminera la valise, si rigide et si difficile à caler sur le dos d’un porteur ou à sangler sur un animal. On lui préférera le sac de voyage souple. Ça roule moins bien dans le hall de l’aéroport, mais ça participe déjà un peu à l’échauffement du trek.
Premier élément crucial : les chaussures
Qui dit trek dit marche. Et, pour une grande majorité d’entre nous, c’est bien sur nos pieds que nous nous déplaçons. D’où l’importance de bien choisir ses chaussures. Il y a quelques décennies, on ne se posait pas de question : randonnée rimait avec chaussures en cuir, que l’on graissait, que l’on ressemelait, que l’on mettait du temps « à casser », c’est-à-dire à faire à son pied, mais que l’on pouvait utiliser longtemps, très longtemps.
Aujourd’hui, les chaussures sont multiples mais spécifiques, légères, chères et avec une durée de vie relativement courte. Retenons surtout l’aspect légèreté. Passons rapidement en revue la gamme des godillots possibles.

Chaussures de randonnée © Gregory Rohart
Chaussures de randonnée
Vous voulez garder les pieds au sec et protéger vos chevilles ? Optez pour un matériau vivant : le cuir. Inconvénient : c’est lourd, c’est chaud et c’est souvent assez rigide. Vous trouverez désormais le même genre de chaussures en version Gore-Tex. C’est beaucoup plus léger ; la respirabilité et l’étanchéité sont rarement à la hauteur de ce qui est annoncé, sauf peut-être quand elles sont neuves, mais le poids reste en général un facteur déterminant.
Petit conseil : partez avec des chaussures rodées, déjà « faites à votre pied ».
Chaussures de trail
C’est la basket tout-terrain. Légère, avec une bonne accroche en général, elle convient mieux si l’on n’est pas trop sujet aux entorses de la cheville et si l’on n’a pas à marcher dans la neige.
Ce type de chaussure fait de plus en plus d’adeptes sur les chemins du monde entier, grâce au confort d’une tige basse et au faible poids qui, forcément, diminue un peu la fatigue. Attention toutefois : certaines chaussures peuvent être totalement désintégrées en à peine deux saisons.
Sandales
Si certains utilisent les sandales dans les treks alpins, à l’instar des Népalais, c’est surtout dans les déserts de sable qu’elles prennent toute leur place. Ce sable qui rentre en permanence dans les chaussures, même avec des mini-guêtres dédiées, oblige à de constants arrêts pour vider.
La sandale n’élimine pas totalement le phénomène, mais espace agréablement les séances de « vidage ». Certains modèles sont aujourd’hui dotés d’une bonne semelle crantée et d’une protection des orteils par un caoutchouc, ce qui évite l’aiguille d’acacia plantée sous l’ongle ou le coup de pied dans un caillou coupant, par exemple.
Petit conseil : des crevasses peuvent apparaître au talon à cause de l’air trop sec.
Méduses, crocs et tongs
Rares sont les Occidentaux qui randonnent en tongs ou en crocs, même s’il y en a toujours. Ces « chaussures » sont plutôt un bon compromis entre un tout petit poids et la possibilité « d’aérer les arpions » après la journée de marche.
Les crocs, avec une lanière à l’arrière, peuvent aussi servir à traverser les rivières, comme les méduses, dont c’est le rôle essentiel mais non négligeable en trek.
Haute montagne et milieux extrêmes
Dans cette catégorie, deux éléments principaux sont à prendre en compte : l’isolation contre le froid et la possibilité de fixer des crampons.
Pour le froid, attention à la conduction, donc au froid par contact. L’isolation apportée par la semelle ou la surbotte est essentielle si la chaussure reste souvent « dans » la neige. Pour les expéditions en haute altitude, il existe des chaussures d’alpinisme avec surbotte isolante intégrée, cramponables, donc assez rigides, appelées « chaussures d’expé ». C’est un véritable investissement.
Pour le grand froid, les « bottes canadiennes », avec un chausson fourré dans une botte en caoutchouc et cuir, sont les plus adaptées si l’on n’a pas besoin de fixer des crampons.
Bottes en caoutchouc
Pas très agréables à porter, mais d’une grande efficacité dans la boue. Sur le plan de l’étanchéité, on peut difficilement faire mieux. On les utilise essentiellement dans les forêts tropicales boueuses.

Trek dans la vallée du Zanskar, Inde © David Ducoin
Deuxième élément crucial : le sac à dos
Totalement indissociable du trek, presque au même titre que les chaussures, le sac à dos est un élément à choisir avec soin. Nous n’aborderons pas ici les sacs qui permettent des périples en autonomie complète, destinés à des personnes aux capacités physiques hors normes. Il n’est pas donné à tout le monde de transporter 20 kilos, voire plus, sur de longues distances et pendant de longues heures.
Nous évoquons ici le sac dit « à la journée », qui varie en général entre 20 et 45 litres selon les personnes et les conditions, puisque les dimensions sont toujours évoquées en volume et non en poids transportable.

© Gregory Rohart
La capacité
Votre sac est qualifié par un volume. Cela dit, on voit parfois des 40 litres qui ne paraissent pas plus grands que des 20. Qu’importe : il faut surtout pouvoir y loger, a minima, un ou deux litres d’eau, une ou deux vestes, une frontale, une mini-pharmacie et, selon les personnes et les milieux traversés, un bonnet et des gants, un peu de nourriture, une cape de pluie, une couverture de survie, une boussole, un GPS, un sifflet, un appareil photo ou des jumelles.
On a déjà vu des individus porter aussi plusieurs rouleaux de papier toilette, du sel et du poivre pour le pique-nique, des pochettes pour ramasser des cailloux ou des végétaux, des livres pour identifier les roches ou les fleurs, un roman pour la pause de midi, un carnet, un nécessaire pour aquarelle, ou une petite fiole de « remontant ». On pourrait prolonger la liste indéfiniment. Globalement, un sac de 35 litres devrait permettre de parer à de nombreuses situations.
La qualité du portage
D’une façon générale, on fera surtout attention à la qualité du portage. Elle tient à l’ergonomie des bretelles, au rembourrage, à la ceinture et à l’aération du dos. Mais d’abord et avant tout, elle dépend aussi du poids du sac lui-même, qui varie du simple au double, voire au triple.
Le système du filet dans le dos offre une bonne aération, mais a aussi tendance à éloigner le poids du corps, ce qui fait levier. Il faut reconnaître que certains sacs possédant un filet sont aujourd’hui d’une qualité de portage étonnante. Prenez votre temps au moment de choisir, et n’hésitez pas à glisser une ou deux encyclopédies à l’intérieur : un sac vide est presque toujours confortable.
Puisque le diable se cache dans les détails, veillez aussi à la présence d’accessoires utiles : ceinture, rappels de charge, à ne pas confondre avec les repose-mains, longueur de dos réglable et bretelles ajustables.
Les accessoires dits secondaires peuvent aussi faire la différence : repose-mains, pochette sur la ceinture, poche sous le rabat avec petit mousqueton plastique pour les clés, sangle thoracique, attache faisant office de sifflet, raincover, sangles externes pour attacher du matériel, poches latérales en filet, ouverture par le fond, poche interne zippée, sangles sous le sac ou pochette sur les bretelles pour le téléphone ou le GPS. Certains modèles proposent quasiment la liste complète : à vous de déterminer vos priorités.

Trek vers El Mirador dans le Petén , Guatemala © David Ducoin
Le reste de l’équipement
Pour les vêtements, le plus simple et le plus efficace reste le principe du multicouche. Par exemple : un tee-shirt en fibres naturelles, une petite veste fine en microfibre, une polaire, une doudoune fine et une veste Gore-Tex. Cet ensemble permet de parer à de nombreuses situations, à condition que la doudoune et la Gore-Tex soient assez grandes pour ne pas comprimer le reste.
Comme toujours, c’est l’air entre les différentes couches qui reste le meilleur isolant.
La laine, même mouillée, reste plus chaude que les autres matières lorsqu’elles sont mouillées aussi. Les chaussettes et sous-vêtements en mérinos sont très efficaces.
Les tee-shirts en coton sont souvent plus agréables à porter que le synthétique, mais sèchent beaucoup plus lentement et sont aussi plus lourds. On nous annonce depuis de nombreuses années des fibres synthétiques qui ne « puent » pas ; je ne les ai pas encore croisées.
Côté pantalon, les multipoches style « treillis militaire » présentent l’avantage d’avoir ses papiers et son argent « sur la cuisse », donc sous surveillance, fermés par un zip et un rabat à pression, ce qui minimise les risques de vol. La pochette banane peut être efficace si on ne l’accroche pas à la porte des toilettes et qu’on ne l’oublie pas en partant, c’est du vécu. Les pantalons dont le bas se dégrafe pour se transformer en bermuda sont aussi bien pratiques.
Cape de pluie ou non ?
Elle présente l’avantage de bien protéger de l’eau et, par son ampleur, d’offrir tout de même une certaine aération. Ses inconvénients majeurs sont qu’il peut finir par faire chaud dessous, au point de transformer la marche en sauna, et surtout que l’on marche parfois dessus dans les montées.
Les bâtons, ou non ?
« L’homme a mis des siècles à se redresser pour devenir un bipède et, en à peine deux décennies, les bâtons de randonnée l’ont ramené à l’état de quadrupède ! » C’était le discours que je tenais plus jeune. Mais il faut bien reconnaître que ces tiges d’aluminium ou de carbone peuvent franchement aider, surtout si l’on a mal aux genoux, pour traverser les rivières, ou pour délester les membres inférieurs de quelques pourcentages d’énergie.
Un conseil tout de même : ne mettez pas les dragonnes. Si votre bâton se coince entre deux blocs dans une descente, le risque de luxation de l’épaule est très élevé, et ça fait diablement mal. Il vaut mieux lâcher son bâton. J’ai une petite préférence pour ceux qui se plient en Z et se rangent facilement dans le sac.
Ascension du Llullaillaco, Argentine © Jean-Marc Porte
Les duvets
Les températures « de confort » ou « extrêmes » ne sont qu’indicatives. Considérez cet achat comme un investissement. Un bon duvet, bien conçu, avec des plumes prélevées sur des animaux morts plutôt qu’avec du duvet arraché en permanence sur un animal vivant, et bien entretenu, vous servira très longtemps. Certaines marques, françaises par exemple, proposent remplumage et lavage.
Le sommeil étant très réparateur en trek, il vaut mieux un duvet un peu plus chaud quitte à l’ouvrir, qu’une feuille de papier à cigarettes dans laquelle on claque des dents. Dans les massifs montagneux, si vous hésitez entre deux, prenez le plus chaud.
Une nuit sans dormir en trek, c’est une journée où l’on part déjà fatigué.

Trek dans les monts Zagros, Iran © François Pillon
Les principaux accessoires
La lampe frontale est aujourd’hui légère et performante, avec des LED qui sont de véritables projecteurs. Il ne reste qu’un problème : les piles. Elles peuvent être remplacées par une petite batterie rechargeable dont la forme est adaptée au logement des piles. Sur un long trek, il faut quand même pouvoir la recharger.
Le chargeur solaire peut servir pour le téléphone, une batterie d’appareil photo ou une batterie de frontale. Dans ce domaine, la progression du matériel est constante, mais une powerbank peut s’avérer utile quand l’ensoleillement est irrégulier.
Les lunettes doivent être enveloppantes, avec un bon indice de protection pour les milieux enneigés. Elles sont indispensables en montagne et dans les pays à très forte luminosité. Une ophtalmie peut apparaître même par temps peu ensoleillé.
La gourde est un accessoire que l’on peut facilement remplacer par une bouteille plastique si on l’a oubliée. Il en existe avec paille-filtre pour purifier l’eau, mais le système fonctionne moyennement par températures négatives.
Un petit nécessaire à couture, du scotch américain et un morceau de cordelette vous aideront dans bien des situations.

Cordon dunaire en Mauritanie © Louis-Marie Blanchard
Trousse de toilette et pharmacie
Pour la trousse de toilette, plus elle est petite, mieux c’est. Le savon biodégradable est aujourd’hui incontournable. Déjà qu’on accuse souvent le tourisme d’être polluant, n’en rajoutons pas. Laissez tomber les gros gels douche : c’est du poids pour rien, et cela risque de se renverser dans le sac, encore du vécu. Côté shampoing, on en trouve aussi sous forme solide, comme un savon. Un petit gant de toilette et un savon, c’est suffisant en trek. Pour le dentifrice, si vous partez de France avec un tube à moitié vide, cela suffira aussi.
Il existe aussi les lingettes. C’est lourd et polluant, mais dans certains cas c’est pratique. Si vous avez réussi à les apporter, vous pouvez sans doute les rapporter en France. En les faisant sécher dans le filet du sac, elles deviennent moins lourdes et seront bien souvent mieux retraitées après usage dans nos pays occidentaux.
Pour la pharmacie, en dehors des traitements personnels, vous trouverez toujours une liste dans les fiches techniques. Il faut au minimum de quoi désinfecter et protéger une plaie, faire un bandage, pallier les maux de tête et autres douleurs, enrayer une diarrhée, disposer d’un traitement antibiotique, d’une crème pour calmer des démangeaisons et d’un collyre antiseptique.
Mais en fonction des craintes de chacun ou de votre passif, il faut bien sûr adapter.

Vers le camp de base du Kangchenjunga, Népal © David Ducoin
Conclusion
N’oubliez pas que l’on ne peut pas emporter la moitié de son appartement en trek. Pensez aux porteurs. Ce n’est pas parce que l’on a droit à un certain nombre de kilos qu’il faut absolument atteindre ce poids. Partons du principe que moins le milieu est extrême, plus on peut se débrouiller avec trois fois rien. Il est très souvent possible de faire de petites lessives, et le sac à dos fait parfaitement office d’étendage.
En même temps, ne pas oublier que l’indispensable est un art difficile que l’on n’est pas sûr de maîtriser, même avec plusieurs décennies d’expérience.
Partez l’esprit et le bagage légers. On peut parfaitement faire un splendide trek même avec un habit légèrement taché.
La Grande traversée du Népal, 1500 km à pied sur le toit du monde
Grande traversée de l'Atlas marocain

