Chaque mois désormais, nous laissons à notre ami Franck Charton le soin de nous conter un de ss meilleurs moments de voyage. Pour cette première chronique, Franck nous emmène chez les Q’ero, une communauté quechua parmi les plus isolées des Andes péruviennes. Grand reporter, il sillonne le monde depuis une trentaine d’années, près de sept mois sur douze, et en rapporte de magnifiques images qu’il partage avec nous.
À chaque voyage chez les Q’ero, dans la cordillère de Sinakara, Franck ressent la force de leur résilience. À l’occasion du tournage pour Arte, au printemps dernier, d’un film documentaire sur son travail parmi eux, il est remonté à Quiko passer quelques jours dans la famille Guirilio Quispe, accrochée à près de 4 200 mètres dans la puna. Dans cette région des Andes péruviennes, les voyages au Pérou entre treks, peuples traditionnels et fêtes communautaires permettent d’approcher un monde où la marche, l’altitude et les rites restent étroitement liés.
Retour en terre q’ero
Le protocole tacite reste immuable : à chaque retour en terre q’ero, il faut avant toute chose sacrifier avec ses hôtes au rituel du partage des feuilles de coca en prononçant les phrases sacrées : « Allpay kusunchis », ou “donner à la terre”, ce qui veut dire : “Nous allons mâcher de la coca” ensemble.
Chacun tend à ses voisins les feuilles, par bouquet de trois. « Urpicháy, sunqucháy ! » répond alors celui à qui est faite l’offrande, en regardant l’autre dans les yeux, avec un grand sourire, c’est-à-dire « Petit cœur de colombe », ou « merci » en quechua q’ero. Aussi poétique que puisse paraître cette fraternelle entrée en matière, le quotidien des Q’ero reste forgé par l’altitude, le froid, la solitude des grands espaces et la survie en autarcie. Une leçon de vie.
Village q’ero au pied des glaciers
À son arrivée chez l’ami Cesar Antonio en compagnie de l’équipe de tournage, après plusieurs heures de route depuis Cusco et deux cols à plus de 4 000 mètres, le soir s’avance avec son cortège d’ombres et de brumes. Le village, serré au fond d’un vallon lui-même cerné de pics et de glaciers, semble figé par le gel.
Après une nuit supplémentaire d’acclimatation, nous grimpons jusqu’à l’annexe des Quispe, un hameau d’une demi-douzaine de choza. Ces huttes rustiques en pierre non jointoyées, sans aucun mobilier et au toit de chaume, semblent fumer quand on cuisine. Ici, en pleine pente à 4 200 mètres, on dort sur des peaux d’alpaga à même le foin étalé sur la terre battue, enroulé dans son poncho. Quelle vie, mais quelle vue aussi, sacrément panoramique.
Au pied d’un grand huaca, pierre cérémonielle
Au sein de la famille Guirilio Quispe, nous passerons une semaine à comprendre le sens du mot autonomie, puisque la vie dans les hautes Andes s’articule entre troupeaux d’alpagas à surveiller et à ramener, récolte de pommes de terre en longues saignées de terre noire, et les fameux pago, ou rituels d’offrandes aux esprits de la montagne, les apus, comme à la Pachamama, la terre-mère, afin que tout se passe bien.
Au pied d’un grand huaca, ou pierre cérémonielle, dominant un lac de montagne perdu dans des tourbières, le père de Cesar, Lorenzo, qui est un peu sorcier et connaît les formules sacrées, me fait asseoir et vaticine longuement en direction du ciel avec force alcool, feuilles de coca, poudres secrètes et autres amulettes mystérieuses. Un alpaga sera ensuite sacrifié et cuit à l’étouffée dans un trou garni de pierres, pour un mémorable banquet collectif : la pachamanca.
Lorenzo est l’intercesseur q’ero entre le monde prosaïque des hommes et celui, plus spirituel, des déités tutélaires ou apus. L’annexe des Guirilio Quispe, au-dessus de Quiko, à 4 200 mètres d’altitude, témoigne de cette vie rude et verticale. Résilience et bonhomie des hauts-Andins de Quiko accompagnent les gestes du quotidien, jusqu’à la préparation des saucisses et du boudin à partir d’un alpaga sacrifié, puis aux offrandes rituelles incinérées en une prière dispersée aux quatre vents.
Au grand festival du Qoyllur Rit’i
Tous ces rituels accomplis, nous accompagnons à bord d’un camion une délégation q’ero au grand festival du Qoyllur Rit’i, quelques vallées plus loin : un immense rassemblement quechuophone à la fois festif et spirituel, sous les glaciers de Sinakara, entre 4 700 et 5 200 mètres d’altitude. Un tourbillon de tambours, de couleurs, de poussière et de prières.
On ne dort pas pendant trois jours, mais on marche beaucoup et surtout on communie avec les foules extatiques, entre moraines et glaciers, dans un troublant recueillement naturaliste et latino, à la gloire du Tawantisuyu, l’ancien empire inca.
En camion vers Mawoyani, point de départ du pèlerinage, puis dans la longue procession des pèlerins vers les alpages de Sinakara, le sanctuaire du seigneur de Qoyllur Rit’i rassemble des dizaines de milliers de Quechuophones. Les confréries d’Ukukus, gardiens du rituel, les salutations au soleil levant par les nations quechuas, la descente triomphale des glaciers et le retour dans la vallée, sur fond de grands sommets glaciaires, composent l’un des moments les plus marquants de cette chronique.
Franck Charton, février 2019.

Lorenzo, intercesseur Q'ero entre le monde prosaïque des hommes
et celui, plus spirituel, des déités tutélaires ou Apus © Franck Charton

L'annexe des Guirili Quispe, au-dessus de Quiko, à 4200m d'altitude © Franck Charton

Résilience et bonhommie des hauts-Andins de Quiko © Franck Charton

Préparation des saucisses et du boudin à partir
d'un alpaga sacrifié © Franck Charton

Lorenzo s'adresse à la Pachamama, au pied
du rocher sacré, ou huaca © Franck Charton

Conclusion du pago : les offrandes rituelles sont incinérées
en une prière dispersée aux 4 vents © Franck Charton

En camion vers Mawoyani, point de départ
du pèlerinage du Qoyllur R'iti © Franck Charton

La longue procession des pèlerins, vers les alpages de Sinakara © Franck Charton

A 4700 m, le sanctuaire du seigneur de Qoyllur R'iti rassemble des dizaines de milliers
de Quechuophones © Franck Charton

Une des trente confréries d'Ukukus, gardiens du rituel © Franck Charton

Salutation au soleil levant, par les nations quechua © Franck Charton

Descente triomphale des glaciers © Franck Charton

Retour dans la vallée, sur fond de grands sommets glaciaires © Franck Charton
Partir au Pérou avec Tamera
Basée dans le vieux Lyon, l'agence Tamera est spécialiste des voyages et treks au Pérou, où nous partons vivre une expérience mémorable à la rencontre des différents peuples et ethnies du pays. Chaque trek nous mènera jusqu'à de nouvelles facettes de la beauté du Pérou : le trek dans la cordillère des Andes englobe la vallée Sacrée, le chemin de l'Inca et Cuzco et bien sûr, le somptueux Machu Picchu... Nos experts vous aideront à identifier les programmes qui correspondent le mieux à vos envies, votre expérience et votre condition physique.
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