20 août 2026 - Afrique, Algérie, Égypte

Hérodote raconte qu'en 585 avant notre ère, alors que Lydiens et Mèdes se combattaient depuis cinq ans, à la vue du jour changé en nuit, ils « cessèrent de combattre et furent résolus à faire la paix ». Ainsi, une éclipse totale de soleil suffit à provoquer la paix entre deux adversaires jusque-là résolus à triompher.

«J''écris le 14 août 2026. L'émotion est encore vive, imprimée sur les rétines de ceux qui se trouvaient, il y a quarante-huit heures à peine, au nord de la péninsule ibérique. Le 12 août au soir, la Lune a progressivement grignoté le disque solaire pour offrir un spectacle saisissant : une éclipse totale survenant très bas sur l'horizon, à l'approche du crépuscule. De la côte galicienne aux balcons rocheux d'Aragon, jusqu'aux rivages des Baléares, la lumière s'est teinte d'un or mat presque irréel avant de plonger le paysage dans une pénombre cuivrée de près de deux minutes. Un apéritif spectaculaire, poignant et éphémère. Une mise en bouche flamboyante : dans un an, le 2 août 2027, la grande affaire recommence, mais en plein jour cette fois, et sur un tout autre continent : l'ombre de la Lune traverse l'Égypte et l'Algérie, où nous vous donnons rendez-vous. »

Découvrez, en groupe restreint, avec nos équipes égyptienne et algérienne, l'éclipse solaire du 2 août 2027, au cours de périples denses et originaux :
- Algérie 2027 : l'écipse su siècle en pays berbère
- Égypte 2027 : l'éclipse du siècle sur le Nil

 

En Espagne, le 12 août 2026

 

Égypte 2027 - entre expérience sensorielle et liturgie de l'ombre

Dans notre premier volet consacré à l'Égypte, nous explorions la mythologie pharaonique et le combat cosmique entre Rê et le serpent Apep - un théâtre du sacré et du pouvoir. Mais vivre une éclipse totale dépasse la géométrie des pierres et les récits antiques car c'est tout d'abord une expérience physique, sensorielle. Pendant que l'œil voit, le corps tout entier ressent. Avec plus de six minutes et vingt secondes de totalité — le record mondial sur terre ferme —, le temps semble se figer.


© Éric Bonnem - Contemplation des berges du Nil en Haute Égypte

 

Une heure avant la totalité quelque chose se dérègle imperceptiblement dans l'air du désert. La lumière change de nature bien avant de baisser en intensité : les ombres portées, d'ordinaire nettes sous le soleil de Haute-Égypte, se dédoublent et s'affinent, jusqu'à dessiner sur le sable des croissants minuscules - signature discrète, et longtemps ignorée, d'un phénomène d'optique que seule une éclipse révèle. Au milieu de la fournaise saharienne, la chute thermique se produit en quelques instant; frôlant les dix degrés en quelques instants. Ce refroidissement brutal génère ce que les chasseurs d'éclipses appellent le « vent d'éclipse » : des courants d'air qui se lèvent soudain, nés du contraste thermique entre les zones encore éclairées et le cœur de l'ombre qui approche à une vitesse supersonique, la lumière prend un éclat métallique, filtré et irréel, modifiant la perception même des reliefs.
Sur les rives du Nil, les oiseaux qui peuplent les roseaux interrompent leur chant et regagnent leurs nids comme au crépuscule ; les chameaux et les ânes des villages s'immobilisent, l'oreille tendue vers un ciel qui ne suit plus les règles. Ce trouble du règne animal, que les prêtres égyptiens interprétaient jadis comme la panique du monde face au chaos d'Isfet, les naturalistes l'observent aujourd'hui avec la même fascination, sans qu'aucune explication scientifique n'en dissipe tout à fait l'étrangeté.
Et puis, c'est la bascule : en un instant, la nuit tombe — non pas une nuit verticale et uniforme, mais une nuit à 360°, un anneau de crépuscule orangé qui cerne tout l'horizon du désert pendant que le zénith vire au bleu profond, presque violet, piqué des premières étoiles et parfois d'une planète. Six minutes et vingt-deux secondes durant, la couronne solaire, cette dentelle de plasma nacré, devient la seule source de lumière au-dessus des temples et des nécropoles. 


© Philippe Collombon - Randonnée dans le Désert blanc en Égypte

 

L'émotion génère d'abord un silence chez les hommes, dans les villages de fellahs, dans les communautés nubiennes du Haut-Nil, car cette obscurité soudaine réveille une mémoire et une crainte collectives immémoriales. Puis, les minarets font résonner la Salat al-Kusuf, la prière spécifique dédiée aux éclipses dans la tradition musulmane, élevant vers le ciel noir le chant des hommes en réponse au mystère cosmique. Observer la couronne de feu du soleil éclipsé pendant plus de six minutes, tout en entendant s'élever ces ferveurs populaires au-dessus du fleuve, constitue un choc émotionnel d'une profondeur rare.


La Salât al-Kusûf ou la prière du rassemblement
Instituée lors de l'éclipse historique de l'an 632 — survenue le jour même de la mort d'Ibrahim, jeune fils du prophète Mahomet —, cette prière naît d'une rupture fondamentale avec les superstitions antiques : le Prophète rappela alors que le Soleil et la Lune ne s'éclipsent « pour la mort ni pour la vie de personne », mais constituent des signes invitant à la contemplation et à l'humilité.
C'est la seule prière du culte musulman à adopter une structure formelle singulière, en rupture avec la traditionnelle. En effet, il n'y a pas d'appel traditionnel et elle est annoncée par le simple appel au rassemblement - « As-Salâtu Jâmi'ah » ou « La prière rassemble ». Puis, géométrie rare, elle comporte deux unités intégrant chacune deux inclinations au lieu d'une seule, rythmées par de longues récitations coraniques qui s'étirent tout au long du passage de l'ombre.
Bien plus qu'un rite de crainte devant l'obscurité soudaine, la prière de l'éclipse est un temps de pause collective. La tradition prescrit de faire accompagner ce moment d'invocations, d'une quête de clarté intérieure et d'actes de charité. Face au vertige d'un monde privé temporairement de sa lumière, l'alignement des astres trouve ainsi son pendant terrestre dans le rassemblement et le partage entre les hommes.


© Tamera
 

Algérie 2027 - entre cités antiques et « porte du désert »

Le corridor d'ombre qui plonge vers le sud-est à travers le Maghreb et pour ceux qui recherchent une alternative préservée de la ferveur touristique de la vallée du Nil, les hauts plateaux algériens offrent, à Bou Saâda,  à l'abri des brumes littorales, une autre scène grandiose. Sous un ciel saharien d'une pureté météorologique parfaite, nous bénéficions, ce 2 août 2027 de 5 minutes et 17 secondes d'obscurité absolue, l'une des plus longues du tracé.
L'éclipse est le point d'orgue d'une traversée du pays berbère qui conjugue avec l'observation du Soleil noir la découverte des joyaux archéologiques de l'Algérie orientale : Constantine et ses gorges, les cités romaines de Djémila et Timgad, les balcons vertigineux du Ghoufi, mais aussi l'art rupestre néolithique de Ben Srour et l'héritage médiéval islamique de la Kalâa des Béni Hammad. 
Dans "la cité du bonheur", Étienne Dinet posa autrefois son chevalet fasciné par la qualité unique de la lumière locale. Y vivre la disparition du Soleil au-dessus des palmeraies et des ksour en terre crue revêt une dimension esthétique et intime singulière. 
Puis, notre séjour se poursuit dans l'intimité d'une Alger artistique avec une excursion au site antique de Tipaza, entre ocre des ruines et  bleus intenses dela Méditerranée.


© Tamera

Après le bel apéritif espagnol de 2026, un festin se profile en 2027, à vivre sur les rives du Nil à Louxor ou sur les plateaux pré-sahariens de l'Algérie de l'est. Ces grands voyages culturels pour vivre tout entier le spectaculaire évènement astronomique du siècle constituent une aventure exceptionnelle par la rareté du phénomène céleste et par la haute qualité des conditions d'observation et de l'accompagnement que nous vous proposons.