Saviez-vous qu’il n’existe qu’une seule espèce de tigre, Panthera tigris, divisée en plusieurs sous-espèces ? Que, de nos jours, son territoire ne s’étend plus que dans quelques pays d’Asie ? Le tigre ne vit bien que sur le continent asiatique, et c’est dans cette géographie désormais réduite que le Népal occupe une place singulière. Dans les plaines du Téraï, nos voyages d'aventure au Népal ne se limitent pas aux grands treks himalayens : ils permettent aussi d’approcher une autre facette du pays, entre forêts, parcs nationaux, rhinocéros, oiseaux, villages tharu et pistage du tigre du Bengale.
Où vivent les tigres ?
Le tigre du Bengale, Panthera tigris tigris, vit en Inde, au Népal, au Bangladesh et au Bhoutan. Le tigre de Sumatra, Panthera tigris sumatrae, vit sur l’île de Sumatra, en Indonésie. Le tigre d’Indochine, Panthera tigris corbetti, est présent au Myanmar, en Thaïlande et au Laos. Le tigre de Chine méridionale, aussi appelé tigre d’Amoy, Panthera tigris amoyensis, appartient au sud de la Chine, tandis que le tigre de Sibérie, Panthera tigris altaïca, vit en Russie. Trois formes se sont éteintes au cours du siècle passé : le tigre de Java, le tigre de Bali et le tigre de la Caspienne.
Au Népal, pas plus qu’ailleurs, vous ne verrez de tigre blanc dans la nature. Cet animal, issu du tigre du Bengale et de Sibérie, présente une déficience en mélanine appelée leucitisme et n’est présent qu’en captivité. La naissance d’un tel individu ne peut se produire que par l’accouplement de deux parents également blancs, ce qui entraîne une forte consanguinité et les problèmes de santé qui en découlent. Cet animal ne présente par ailleurs aucun intérêt en termes de conservation de l’espèce.
Un territoire qui diminue comme peau de chagrin
Le territoire du plus grand des félins s’est considérablement appauvri. Il est estimé que l’animal n’occupe plus qu’une très faible part de son aire d’origine, en raison de la destruction, de la dégradation et de la fragmentation de son habitat. Sa population globale, d’environ 100 000 individus il y a un siècle, n’était plus que de 3 200 en 2010. Les efforts conjoints des États, de donateurs, d’organisations internationales, nationales et locales, avec des financements importants, ont contribué à l’augmentation de certaines populations.
Une initiative a vu le jour lors du sommet du Tigre à Saint-Pétersbourg, en Russie, en 2010, sous le nom de Global Tiger Recovery Program. Un travail conséquent a alors été initié pour tenter de doubler la population d’ici 2022. Cette ambition s’est révélée surestimée et a produit des résultats très inégaux selon les sous-espèces et les régions concernées. L’Inde est le seul pays à avoir déclaré, en 2018, y être parvenue. Elle abrite une part majeure de la population globale de l’espèce, répartie dans de nombreuses réserves de tigres.

Bardia, Népal © Renaud Fulconis
Braconnage et conflits avec l’homme
Permettre à ce mammifère carnivore d’accroître sa population reste un exercice compliqué, tant la pression sur l’animal demeure forte. Le braconnage à lui seul fait disparaître chaque année un nombre non négligeable d’individus. La demande en produits dérivés pour la médecine traditionnelle chinoise reste importante : peau, dents, os, griffes, yeux, et d’autres parties du corps du tigre sont recherchés, sans que leurs vertus n’aient jamais été scientifiquement prouvées.
Par ailleurs, les efforts de conservation et l’augmentation des effectifs de tigres qui peut en découler sont, dans certaines régions, à l’origine d’une recrudescence des attaques sur l’homme. Quand le nombre d’individus augmente mais pas la taille de l’habitat ni le nombre de proies, les félins peuvent chercher un territoire plus propice et s’aventurer dans les villages, parfois jusque dans la périphérie des villes. Cette proximité conduit à des conflits entre humains et tigres. Ces derniers peuvent s’attaquer au bétail, quand ce ne sont pas les villageois eux-mêmes qui deviennent victimes. La situation amène alors souvent les autorités à capturer l’animal pour le placer en captivité, quand il n’est pas tué en représailles.
Au Népal, le tigre dans les plaines du Téraï
Au Népal, il est possible d’apercevoir les rayures du tigre du Bengale dans le sud du pays. Dans la région du Téraï, le félin est présent dans les parcs de Parsa, Chitwan, Banke, Bardia et Suklaphanta. En août 2020, la population du pays était estimée à 235 individus, contre 121 en 2010. Ces chiffres datés témoignent d’une progression importante à cette période, tout en rappelant la fragilité d’une espèce dépendante de la qualité de ses habitats et de la coexistence avec les populations humaines.
L’Inde est le pays le plus souvent choisi pour voir des tigres. Le grand nombre de parcs et le nombre important d’individus qu’ils abritent en font logiquement une destination de choix. Ranthambore, dans le Rajasthan, Nagarhole dans le Karnataka, Panna et Kanha dans le Madhya Pradesh comptent parmi les parcs les plus convoités pour apercevoir le grand félin. Pour cette raison, aucune chance d’y être seul : il faut souvent partager l’espace avec de nombreux voyageurs. Choisir le Népal pour partir sur les traces du tigre apparaît donc comme une alternative particulièrement appropriée, plus paisible, plus discrète, et parfois plus intime dans l’approche.

Tigre dans la rivière à Bardia, Népal © Kris
Voir des tigres à Bardia
À Bardia, le mot « paisible » vient en premier pour décrire l’endroit. Si de nombreux lodges ont été construits en bordure du parc, l’impression d’étouffement ne domine jamais quand on y séjourne. La zone reste à l’écart des sentiers battus et beaucoup moins impactée par le tourisme que le parc de Chitwan, à quelques heures en voiture. Bardia, c’est le calme. Le grand nombre de maisons tharu et la présence d’environ 1 400 villageois n’y changent rien. Ce que l’on entend le plus, ici, c’est le chant des oiseaux ou le cri des singes. Les véhicules sont rares, et les engins agricoles sont encore, pour la plupart, tirés par des bœufs.
Ce qui surprend beaucoup de voyageurs, c’est la présence presque constante du silence. En se rendant dans le parc à pied, on évolue dans ce silence, d’autant plus important que trouver le tigre en dépend. Dans ce paysage paisible, les pisteurs suivent les traces du félin. Bardia est l’un des rares endroits de l’habitat du tigre où le pister à pied est possible. Il s’agit là d’une expérience exceptionnelle qui justifie plus encore le voyage. En plus du silence et du respect absolu des consignes de sécurité, il faut apprivoiser la patience. Installés à l’ombre, il peut être nécessaire de rester plus de deux heures à l’affût, immobiles, dans l’attente d’une apparition.
Chaque excursion dans le parc n’est pas couronnée de succès. Mais si le tigre se fait parfois attendre, évoluer dans son habitat est une expérience en soi. Lorsque le félin manque à l’appel, il est presque toujours possible d’observer ses traces, certaines de ses proies, des oiseaux et des singes. Un rhinocéros ou un éléphant composent aussi, certains jours, le tableau d’observation. Le parc ne se résume donc pas à la seule quête du tigre : il est un monde de signes, d’écoute, de patience et d’attention.
Le voir enfin à l’issue d’une approche à pied est un cadeau qui génère une véritable excitation. Le plaisir qu’il procure est souvent supérieur à celui de l’apercevoir depuis le siège d’un 4×4. Peu de personnes ont vu un tigre sauvage ; celles qui l’ont observé à pied sont plus rares encore. L’approcher ainsi à quelques centaines de mètres, sans qu’il ne soupçonne notre présence, est une expérience exceptionnelle, où la prudence, le silence et l’émotion se rejoignent.
Une autre image du Népal
Le Népal est souvent associé aux hautes montagnes, aux cols, aux villages sherpa et aux grands treks himalayens. Pourtant, au sud du pays, les plaines du Téraï offrent un autre visage, plus chaud, plus forestier, plus animalier. Bardia, Chitwan, Parsa, Banke et Suklaphanta rappellent que le pays n’est pas seulement une terre d’altitude : c’est aussi un refuge pour le tigre du Bengale, le rhinocéros, l’éléphant, les oiseaux, les singes et toute une faune qui vit loin des neiges de l’Himalaya.
Observer le tigre au Népal, surtout à pied, demande de la patience, de la discrétion et une vraie disponibilité intérieure. C’est une expérience de voyage rare, moins spectaculaire dans l’immédiat qu’un safari motorisé, mais souvent plus profonde. On n’y vient pas seulement pour cocher une observation ; on vient pour entrer dans un territoire, écouter la forêt, lire les traces, suivre les pisteurs et accepter que le plus grand des félins reste maître de son apparition.
Tigres et rhinocéros du Népal
Observation du tigre en Inde

