Deux connaisseurs croisent leurs regards sur le peuple kalash, une minorité ethnique non musulmane qui vit au cœur de trois vallées isolées dans le massif de l’Hindou Kouch, au Pakistan.
Barbara Delière, cheffe de secteur Pamir et Pakistan, s’entretient avec Jean-Yves Loude, écrivain, ethnologue et spécialiste du peuple kalash. Il a vécu auprès d’eux avec sa compagne Viviane Lièvre et leur ami Hervé Nègre, de 1978 à 1990, durant de longs séjours à propos desquels il écrira trois livres et une dizaine de publications.
La vie des Kalash s’articule autour de la nature et de relations sociales basées sur l’entraide, avec le soutien du cycle des saisons et des dieux. Ils vivent dans une région musulmane qui a souvent malmené, banni et exploité leur culture animiste et païenne.
Plus récemment, l’ouverture au monde et l’arrivée d’un tourisme local permettent de protéger cette culture autant qu’elles remettent en cause son identité et son avenir. Cette rencontre autour des Kalash prolonge l’approche culturelle de nos voyages et treks au Pakistan, entre Hindou Kouch, vallées isolées, peuples montagnards et grandes traditions vivantes.
Jean-Yves Loude, regard d’un passionné
En 1978, trois curieux voyageurs font halte pendant plusieurs jours dans l’Hindou Kouch, inspirés par le livre de Rudyard Kipling L’Homme qui voulut être roi. De là, toute l’aventure commence.
Ils découvrent des âmes innocentes, pures, qui leur offrent sourires et hospitalité. De ses propres mots, Jean-Yves Loude explique que, émerveillés par les danses, chants et rituels des Kalash : « On n’a rien compris, ils n’ont presque rien mais vivent chaque instant comme une chance ! ».

Jean-Yves Loude et sa femme Viviane Lièvre (à gauche)
Danse kalash (à droite) © Jean-Yves Loude
De retour en France, ils veulent comprendre, justement, qui est ce peuple, pourquoi ces rituels, comment vivent-ils ?
Des recherches et des années d’allers-retours leur permettent d’aider les Kalash à défendre leur singularité. Intégrés à un clan et invités aux rituels d’appartenance, ils apportent enfin un livre qui raconte leur histoire, leur langue, leurs dieux et leurs coutumes.
Un cadeau, un échange et un remerciement qui est, aux yeux des Kalash, un superbe outil de résistance, leur donnant espoir d’exister selon leur rite.

Les femmes lors du joshi années 80 © Jean-Yves Loude
Les Kalash, les derniers « infidèles »
Les Kalash ne sont pas un peuple isolé. Ils ont derrière eux une longue histoire, très loin du mythe d’une probable descendance d’Alexandre le Grand, souvent fabulé par de multiples articles touristiques.
De langue indo-aryenne, ils sont les derniers « infidèles », car non musulmans.
La civilisation du Kafiristan, aujourd’hui Nouristan, répartie entre Afghanistan et Pakistan dans l’Hindou Kouch, fut exterminée en Afghanistan à la fin du XIXe siècle. Les Kalash, anciens Kafirs vivant au Pakistan, furent épargnés.
De 50 000, ils ne sont plus qu’environ 4 500 aujourd’hui, continuant à relayer leur culture de génération en génération à Rumbur, Birir et Bumburet, les trois dernières vallées sur les sept présentes au départ.

Vallée de l'Hindou Kouch (à dauche) © Barabara Delière
Danse kalash (à droite) © Barabara Delière
Autrefois, les chamans transmettaient les mots des divinités pour réparer le désordre commis par des fautes. Mais sans peur des dieux ni culpabilité, le sacrifice de quelques boucs et chèvres permettait simplement de rétablir l’équilibre. Aujourd’hui, les dieux ne parlent plus, car le dernier chaman s’est éteint.
Cependant, les traditions demeurent. Les Kalash, surtout les femmes, exposent encore plus leur identité si particulière avec des robes et coiffes colorées, avec fierté et éloquence. Tous veulent se faire entendre et continuent de danser et de mettre de la joie dans leur quotidien, malgré la pression toujours présente.
Femmes et hommes libres de danser, boire et aimer ; rituels dont les dieux et la nature sont au centre des quatre fêtes liées au cycle des saisons et de la vie ; offrandes aux esprits et aux divinités : autant d’éléments qui structurent encore l’univers kalash.

Femmes dansant lors du joshi festival © Barbara Delière
Dans cet entretien, Jean-Yves Loude expose sa vision sur l’avenir de ce peuple tiraillé entre ses traditions ancestrales et une jeunesse soumise au rythme du monde qui l’entoure.
Face à un tourisme grandissant qui les dessert autant qu’il les sert, entre abus et protection, comment trouver l’équilibre ? Comment garder son autonomie et faire que les valeurs qui forgent leur identité soient respectées ? Exposer sa différence, sans peur, être reconnu et respecté : des envies au cœur des enjeux actuels de toute minorité.
En savoir plus
Tamera propose notamment des immersions chez les Kalash lors du Joshi festival, ainsi que lors de la fête hivernale de Chaumos, accompagnées par Barbara Delière, spécialiste du Pakistan.
Partir au Pakistan avec Tamera
Tamera est spécialiste du trek au Pakistan, l’un des pays les plus beaux et les plus sauvages de la planète.
Basée dans le vieux Lyon, l’agence propose une sélection rare et hors des sentiers battus de voyages et treks au Pakistan.
Nos experts vous aident à identifier les itinéraires qui correspondent le mieux à vos envies, votre expérience et votre condition physique.
Immersion chez le peuple Kalash lors de la fête hivernale du Chaumos

