Début juillet, un petit groupe de six personnes s’est envolé pour un trek de reconnaissance engagé et une aventure exceptionnelle autour d’un géant : le Nanga Parbat, 8 125 mètres. Emmené par Laurent Boiveau, spécialiste de l’Himalaya, ce tour du Nanga Parbat représente un vrai challenge : de mémoire de trekkeur, Tamera semble être la seule agence française à avoir réalisé ce tour complet à travers ses voyages au Pakistan, entre grands treks himalayens, Karakoram, Nanga Parbat, vallées secrètes et itinéraires d’altitude. Cette expédition engagée de 25 jours permet de découvrir cette montagne mythique par tous ses versants. Dans des conditions climatiques difficiles, marquées par beaucoup de neige tardive puis de pluie, le groupe est allé au bout de cet itinéraire unique, franchissant quatre cols à plus de 5 000 mètres. Laurent revient sur cette véritable aventure en haute altitude, qui a laissé un goût d’expédition et des souvenirs impérissables à toute l’équipe.
Comment t'est venue cette idée de faire le tour du Nanga Parbat à pied ?
J'avais déjà réalisé une partie de ce tour du Nanga Parbat, cet imposant massif isolé. Mais il me manquait la dernière partie, celle qui nécessite de couper le col de Muthat. Il ne restait plus qu'à trouver un groupe qui avait gardé une âme d'explorateur et tenter ce tour.
Faire le tour de ce géant majestueux fait partie des plus beaux treks au Pakistan. Il est le seul à ne pas faire frontière avec la Chine. C'est donc notre unique possibilité pour découvrir un 8 000 sous toutes ses faces. Un must…

© Laurent Boiveau
Est-ce que le fait de l'accompagner avec un groupe de voyageurs apporte quelque chose de particulier à cette aventure ?
C'est un peu plus compliqué que seul. D'un seul coup, vous devenez responsable de tout le monde, équipe incluse, bien évidemment. Et ce voyage, de par la configuration du terrain, demande une vigilance de tous les instants. Il m'est arrivé, de retour au camp, de rejoindre ma tente en étant nerveusement complètement vidé.
En me repassant le film de la journée, en me disant que la chance était avec moi, et que tout le monde était passé sans encombre et que toutes les solutions choisies étaient au final les bonnes… Seul, on ne se pose pas autant de questions : un problème, un choix, une adaptation. Ne rendre compte qu'à soi-même…
Mais réussir à faire le tour du Nanga Parbat avec un groupe, même si vous ne voulez pas vous l'avouer, vous donne une certaine part de fierté. L'accepter, puis revenir les pieds sur terre pour se concentrer sur la suite.

© Laurent Boiveau
Est-ce que la météo compliquée cette année (chaleur, pluie, neige) a rendu ce trek plus difficile ?
Oui, je dois l'avouer. Au-dessus du village de Muthat, nous nous sommes fait cueillir par un court instant de pluie diluvienne. Les cours d'eau ont éparpillé l'équipe. Nous avons dû trouver refuge chez l'habitant. Les ruisseaux et ravines s'étaient mués en gigantesques torrents de boue et de roche. La terre tremblait sous les assauts des glissements de terrain. Outre le stress d'avoir perdu pour un temps le staff, il fallait aussi penser au prochain et dernier col. Il n'était plus possible de faire demi-tour, plus de chemin, plus de ponts…
Mais la météo capricieuse ne doit rien enlever à la beauté des lieux. Au plus proche des sommets, les surprises peuvent être nombreuses. Même si les versants glaciaires, Diamir et Rakhiot, sont les plus impressionnants, la vallée de Muthat est très sauvage. Une vraie découverte qui vaut bien des efforts.

© Laurent Boiveau
À qui s'adresse ce voyage et est-ce un voyage technique ?
Il faut être rodé à un terrain qui bien souvent n'a pas de chemins. Être à l'aise dans des pierriers peu avenants où la neige peut devenir piégeuse. Présenté comme cela, c'est sûr que ça ne fait pas rêver. Mais le Pakistan reste et restera très sauvage.
En contrepartie, vous êtes sûr de vivre une aventure, je dirais même l'Aventure… Je ne connais pas personnellement de trek plus compliqué et plus engagé. Il permet aussi d'entrer dans le « club fermé » des trekkeurs qui osent partir à la découverte. Un petit plus que j'apprécie toujours.

© Laurent Boiveau
Comment a été l'accueil des locaux dans cette région ?
Comme toujours, un accueil d'une grande gentillesse. Partage du pain et du yaourt dès que possible.
Le mollah de Burdel Sagar nous a ouvert une partie de sa maison lors de l'épisode du déluge. Les bergers sont partout, c'est la saison qui veut cela. Tous les villages ne sont que des villages temporaires liés à la période estivale.
Reste l'épineux passage par le village de Chaich. Il est nécessaire d'y rester un long, très long moment pour négocier notre passage, c'est-à-dire changer tous les porteurs pour en prendre de nouveaux pour deux jours… Le seul village sans aucun contact.

© Laurent Boiveau
Quels sont tes projets de voyage pour les prochaines saisons ?
Il y aura du Pakistan et du Népal avec Tamera. Voici un aperçu de quelques nouveautés :
- Trekking dans la vallée de Haramosh, au cours duquel nous partons explorer une vallée peu fréquentée. Elle se situe dans la partie nord du massif du Karakoram, dans le district de Gilgit, dans une chaîne de montagnes qui se compose du pic du même nom, Haramosh (7 409 m), et du majestueux Rakaposhi (7 788 m). Une nouvelle aventure au cœur de sommets culminant entre 6 000 et plus de 7 000 mètres d'altitude.
- Un trek de reconnaissance à l'est du Népal au pied du Saipal Himal. Le far west est l'une des régions de l'Himalaya népalais les moins parcourues. Ce voyage se dirige vers le Saipal Himal, l'un des trois sommets de la région à plus de 7 000 mètres d'altitude, en rejoignant à pied son camp de base, est puis nord, par une boucle depuis Simikot. Un voyage de reconnaissance destiné à perfectionner le circuit pour les départs suivants.
- Un nouvel itinéraire au haut Dolpo pour le festival de la montagne de Cristal, qui a lieu tous les douze ans. L'itinéraire évite les nombreuses nouvelles routes, notamment celle de Saldang à Dho et de Dho à Dunai. Il fait découvrir les principaux lieux du Dolpo : le lac bleu turquoise de Phoksumdo, Shey Gompa, Saldang, mais aussi des lieux moins parcourus tels que la confluence et ses caravanes de yaks. Le point d'orgue de ce voyage est le pèlerinage de la montagne de Cristal, effectué avec les pèlerins lors de la Kora de cette montagne magique, petite sœur du mont Kailash au Tibet. Un voyage sur les traces d'œuvres mythiques comme Le Léopard des neiges de Matthiessen ou Himalaya, l'enfance d'un chef d'Éric Valli.
|
Le tour du Nanga Parbat
Treks dans les vallées secrètes du nord Pakistan de Naltar à Mastuj


