01 décembre 2022 - Sahara & Moyen-Orient, Yemen, Socotra, Témoignages
Plage à Socotra, Yemen

Fin octobre, nous étions neuf à tenter l'aventure de partir ou repartir... au Yémen. Non pas sur le continent souffrant, mais sur l'île ensorcelante de Socotra. Une île calme, variée dans ses ambiances, une île à la beauté presque irréelle, posée entre mer et désert. Depuis ses littoraux baignés de vagues aux mille nuances de bleu à ses sommets embrumés au matin, ce paradis des botanistes nous a généreusement offert des paysages surprenants en diversité et en beauté, des adeniums dans tous leurs états, des rencontres chaleureuses, d'immenses plages désertes, des baignades inoubliables, des solitudes bienfaisantes comme des instants de partage. Voici un retour en images de ce voyage là-bas, hors du temps. Tamera vous propose ses treks et voyages d'aventure à Socotra, au Yémen.

Socotra, vraiment ?

C'était une petite musique intérieure, des souvenirs d'autrefois, et il a fallu une fois se décider : Socotra. Socotra ? Le Yémen. Presqu'une décennie de désertion. Et alors, il en a fallu de la peine pour organiser ce voyage dans un pays tout coloré de rouge sur le site des Conseils aux voyageurs...

Le 25 octobre, nous avons posé le pied sur cette île légendaire, dans un de ces aéroports (hélas !) de plus en plus rares : un souffle chaud nous a saisis dès le passage de la porte de l'avion, et, tout étourdis, il a fallu traverser le tarmac pour rejoindre le hall d'arrivée. Ici, on est tout de suite ailleurs.

Sur la route de l'aéroport à Hadibou, nous n'avons pas résisté : déjà une première extase devant l'arbre-concombre échappé à la voracité des chèvres parce que poussant fièrement sur un rocher... Quelques pas dans la capitale et nous avons filé vers le wadi Ayheft. Notre première soirée sous un gigantesque tamarinier, notre premier bivouac, notre première nuit sous un ciel étincelant d'étoiles. Nous y étions pour de vrai. Vers 5 heures, premières lueurs de l'aube s'étendant sur un cirque de montagnes magnifique, et quand nous avons commencé à marcher dans l'oued, il faisait déjà plutôt chaud...

Marché à Socotra

Paysage de Socotra

Paysage de Socotra

Dans les massifs, entre dureté minérale et wadis bienfaisants

Nous avons commencé par le massif des Haggier, en posant tout d'abord nos tentes sur les hauts plateaux, non loin du point culminant de l'île, le mont Skand (1 525 m). Dans ces altitudes où des blocs de pierre blanche marquent d'austérité le paysage, les chameliers nous ont rejoints. Les plus vaillants d'entre nous sont montés au sommet et nous avons découvert les richesses naturelles et insolites de ces montagnes, en traversant le plateau de Dixham jusqu'à l'hallucinante forêt de dragonniers pluricentenaires de Firmin.

La marche avait ses alternances de difficulté... La descente dans le wadi Dirhur, par une voie buissonnière, a laissé à certaines des souvenirs mémorables. Autour du feu, nous avons pu vivre de belles soirées d'échanges avec nos chameliers.

Puis, nous sommes allés sur les terres de Homhil où abondent l'arbre à myrrhe et l'adenium, et nous nous sommes aventurés sur l'étrange et rigoureux plateau de Momi. Personne ne se rend sur ces âpres landes, mais quel spectacle !

Au gré des pistes, les eaux calmes et limpides des wadis offraient des baignades bienvenues, et nous sommes passés par de minuscules villages aménagés dans les pierres, ou construits de pierre, avec leurs petits jardins de palmiers, de papayers... Nous avons pu constater qu'un peu partout l'eau circulait suite à la pose d'immenses tuyaux. Mais dans les hauteurs de Socotra, on n'est pas cultivateur. Le bien, c'est essentiellement les bêtes et les pâturages.

Paysage de Socotra

Paysage de Socotra

Wadi à Socotra

Paysage de Socotra

Paysage de Socotra au Yémen

Paysage de Socotra

Rencontres et hospitalité socotri

Outre les villes et quelques villages de pêcheurs, l'habitat socotri est traditionnellement dispersé et « un village » signifie souvent deux ou trois familles vivant ensemble. Comme les deux frères du plateau de Dixham ; sous l'arbre traditionnel des cours (un figuier qui n'en est pas un !), nous avons pu goûter à leur hospitalité, ah, ce bonheur du chaï au lait ! Ou encore, aux abords de Firmin, le bel accueil tout de discrétion d'une petite famille avec la fillette partagée entre curiosité et crainte...

Tout au long de notre périple, pédestre ou en 4x4, nous avons fait des rencontres heureuses, furtives, enjouées ou sérieuses. Partage de contes populaires de Socotra, explication des efforts mis en œuvre pour préserver l'exceptionnelle biodiversité des lieux, pour conserver la langue et la culture de « l'île du Phénix ». Et il y a eu tant de rires et de sourires d'enfants...

L'hospitalité inconditionnelle habite profondément la mémoire des Socotri, héritée d'une époque pas si lointaine où l'île vivait presque en autarcie, sans routes ni électricité, où les habitants dormaient dans des grottes et se nourrissaient de leurs troupeaux et des fruits de la mer, et où l'entraide et le partage du dernier repas avec l'invité relevaient de l'évidence.

Habitants de Socotra

Paysage de Socotra

Femme portant des feuilles de palmier à Socotra

Enfants jouant au foot dans une vallée de Socotra

Habitants de Socotra

Habitant de Socotra intrigué par une moto

Un jardin botanique

Explorer Socotra, c'est se promener dans un ahurissant et sublime jardin botanique. Un jardin caractérisé par l'ampleur de ses plantes endémiques, des naines et des grandes, des piquantes et des fleuries, des trapues et des élancées, des secrètes et des imposantes. L'insolite et la beauté sont au ras du sol, en équilibre improbable sur des murailles vertigineuses, en foule ou solitaires. La marche dans les sentiers révèle mieux que d'aucune autre façon cette richesse incomparable et captivante. Et il n'est pas besoin d'être botaniste pour s'émerveiller et se réjouir.

Les adeniums se dressent en des allures si personnelles et sur des terres si diverses... Le dragonnier, niché comme un minuscule palmier dans le sol, s'élance progressivement, pendant des siècles, parfois perché dans le vide, se déployant en parapluie inimitable et fascinant. Les Dorstenia gigas s'agrippent de façon troublante aux falaises arides...

Voici un florilège de ces plantes que nous avons rencontrées simplement, examinées parfois, essayant de retenir des noms qui parent de sérieux leur grâce désormais menacée...

Végétation endémique de Socotra
Végétation endémique de Socotra

Dragonnier de Socotra

Arbres endémiques de Socotra

Dorstenia gigas sur une falaise de Socotra Begonia socotrana Plante endémique de Socotra

Comme une fragrance « Corto Maltese »

Lorsque nous avons quitté nos chameliers, nous sommes littéralement « tombés » dans un autre univers... Déjà, il y avait un peu plus d'étrangers, alors que nous n'avions vu quasi personne dans les montagnes. Mais surtout, nous sommes « tombés » de la fraîcheur des montagnes à la chaleur à peine ventée du bord des mers. De l'enveloppement magistral des massifs pierreux et accidentés de l'archipel aux horizons infinis qu'offrent l'océan Indien et la mer d'Arabie. En profusion, outremer, cobalt, indigo, turquoise, azurin... les bleus des eaux scintillaient dans les lumières. Selon des pratiques ancestrales, les pêcheurs œuvraient sur leurs bateaux colorés. Comme émergeant d'un temps qui ne passe pas, quelques cabanes de bois et de palmes offraient parfois de l'ombre. Les paysages flottaient comme des chimères.

Dunes fabuleuses les pieds dans l'eau, bateaux échoués sur le sable ou se balançant sur l'eau, pêche et fruits de mer, bruit des vagues se dépêchant sur d'immenses plages désertes, et les merveilleux dauphins aperçus tous les jours... Langueur océane soudaine et, Corto Maltese, le bel aventurier aurait pu surgir qu'on n'en aurait pas été surpris... L'ambiance et les décors étaient déjà là... Nous étions dans un de ces « bouts du monde » chers au désir des voyageurs...

Plage de Socotra

Plage de Socotra

Retour de pêche à Socotra

Chameau à Socotra

Enfants devant une plage de Socotra

Dauphins autour de Socotra

Un grand merci à Abdul, venu spécialement pour nous de Sanaa, et à Adam, nos guides prévenants et efficaces, à nos chauffeurs attentifs et maîtres des pistes les plus impressionnantes, à nos cuisiniers dont les conditions de travail n'étaient pas toujours confortables, et à nos sympathiques chameliers. La bonne humeur, la vigilance et la disponibilité de tous ont largement contribué à faciliter cette belle découverte de Socotra.

Portrait à Socotra

Équipe locale à chameaux à Socotra

Équipe locale à Socotra

Crédits photos : Philippe Corman, Michel Bouletreau, Jean-Marc Porte, Nawar

Découvrir Socotra

Pour découvrir, à votre tour, les merveilles de Socotra, sachez que les places d'avion sont en nombre limité entre Abou Dabi et Hadibou : nous conseillons aux intéressés de s'inscrire le plus tôt possible.

Comtemplation d'un paysage ouvrant sur la Mer d'Arabie à Homlil

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Exploration de l'île mystérieuse de Socotra

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