28 octobre 2021 - Himalaya et Inde, Pakistan, Trekking

S’il est certain que le temps où les cartes proposaient des espaces « vides » est révolu et que la technologie permet de vivre une aventure autrement, l’esprit demeure. Nous sommes persuadés que l’exploration et l’aventure, chères aux valeurs de Tamera, sont infinies. Notre équipe est le reflet de cette envie de se confronter à la réalité du voyage, fournir de l’effort et subir l’inconfort, pour mieux apprécier les rencontres, créer du lien et donner du sens à ce que nous entreprenons. C’est ce que nous raconte Barbara Delière, chef de secteur Pamir et Pakistan, partie au printemps 2021 avec Laurent Boiveau pour une expédition à skis et pulka entre Shimshal et Skardu, en totale autonomie. Situé entre Himalaya et Asie centrale, le Pakistan est un pays que tous deux connaissent bien, tous deux étant guides pour Tamera et experts de ses régions. Passionnés de grands espaces et de treks engagés, ils n’envisagent pas l’aventure autrement que sur le terrain. Essentiel, pour mieux guider et partager ce qui nous a émerveillé et ému…

 

Nouvelles sensations

Ce que j’ai vécu en avril 2021 a repoussé les limites de tout ce que j’ai pu expérimenter lors de mes multiples voyages. Mon expérience se ramenait à une forme de méditation sportive et itinérante, où la marche, vecteur de toutes les émotions, de toute rencontre et découverte, prenait tout son sens. À skis, au Pakistan, sur les glaciers vierges de toutes traces, ce nouveau mode de transport aux pieds signifiait pour moi un tout autre univers et monde de sensations. Similaire par le principe et si différent par la pratique, se plonger dans le monde du froid et de la neige, résonne comme l’isolement total !

Une traversée sans repères familiers, pas un son, pas une bête, pas une personne, juste la roche, la neige, le ciel et nous.

Ambiance bivouac sous le Lukpe la © Laurent Boiveau
Ambiance bivouac sous le Lukpe La © Laurent Boiveau

Haute montagne sur le glacier Biafo © Laurent Boiveau
Haute montagne sur le glacier Biafo © Laurent Boiveau

 

Voir grand et laisser place aux aléas

Sur le papier, une traversée, à pied, à skis et pulka, du village isolé de Shimshal, dans la Hunza, au village d’Askole, au Baltistan, arpenter les recoins du Karakoram, rarement visités en hiver et mis en valeur par les deux explorateurs Eric Shipton et Bill Tilman entre 1939 et 1948, définissant le Karakoram comme « la plus fantastique région montagneuse du globe ». 

Le projet initial de Laurent, ne fut pas celui que nous avons vécu, mais le résultat n’en est que meilleur. Loin de l’objectif de départ, idéal et bien pensé, il supposait de partir avec pas mal de questions sans réponses, et la farouche volonté de s'en passer. On est parti sans, avec nos interrogations laissées aux mains « des dieux » et des cadeaux du ciel. Confiants en notre capacité à rebondir, nous attendions les aléas du voyage, et ils furent présents au rendez-vous !

Sur le galcier Biafo © Barbara Delière
Sur le glacier Biafo © Barbara Delière

Séparation à la snowline © Laurent Boiveau
Séparation à la snowline © Laurent Boiveau

 

De la terre au glacier

Premier indice, aucune neige en janvier et février, mais un ciel capricieux entre mars et avril, du jamais vu ! Du village de Shimshal (3 050 m) jusqu’au col du Pamir (4 735 m), itinéraire que je connais bien, la grisaille est omniprésente, quelques éclats de lumière sur les lacets vertigineux saupoudrés de blancs, une magie qui aide à cheminer motivés, pour se réchauffer dans les petites cabanes, où tous entassés, nous prenons refuge chaque soir. Ce n’est pas une mince affaire pour notre guide et équipe de porteurs ; les valeureux amis shimshali sont venus malgré les flocons de la veille. Sans eux rien de possible. Comme faire la trace, enfoncés parfois jusqu’aux hanches et dans le froid mordant d’un départ matinal à 4 300 mètres pour rejoindre le col, offrant une descente, longue et fatigante, mais promesse d’une nuit plus chaude et d’une journée de repos méritée.

Sur les sentiers de Shimshal © Laurent Boiveau
Sur les sentiers de Shimshal © Laurent Boiveau

Descente vers la vallée de Braldu
Descente vers la vallée de Braldu © Laurent Boiveau

Enfin, derniers jours de terre et moraine avant le contact du glacier de Braldu qui mène jusqu’au col de Lukpe La. Trouver la « snowline », frontière tant espérée pour faire la transition vers la neige constante, où le pas laisse place à la glisse. À nos pieds, des petits bijoux façonnés par un artisan de Chamonix, Peter, dont l’entreprise « Rabbit on the Roof » fait écho à notre idée du projet. Des skis d’exceptions, en bois et d’une qualité rare, sur un lieu d’exception, une des régions les plus préservées et reculées au monde.

Entretien de nos skis © Barbara Delière
Entretien de nos skis © Barbara Delière

 

Le paradis blanc

Après 7 jours de randonnée en équipe, nous voilà seuls. Cernés par un chaos désolé et nu, percé de pointes sombres qui contrastent sublimement avec les pénitents aux reflets bleutés. Icebergs sur un océan de roche. Point positif : l’air est frais et il fait beau, mais le climat de cette année particulière nous laisse devant une « snowline » quasi inexistante. Jour 1, on emprunte les couloirs blancs, et on aime sentir cette trop lourde pulka glisser malgré tout. Jour 2 et les suivants, la neige s’invite et nous parvenons au col après 11 jours de bavante, 7 jours de plus que prévu. Multipliant les astuces et les défis, jours blancs et « mal de mer » d’altitude, deviner par quel côté de la « dorsale du glacier » passer, baisser la tête face au vent glacial, monter une heure à demi-charge, et revenir sur notre équipement laissé en tas, pour tirer cette pulka sur la neige fraîche qui l’a transformée en enclume !

Epine dorsale du glacier Braldu © Laurent Boiveau
Épine dorsale du glacier Braldu © Laurent Boiveau

Jour blanc sur le glacier © Laurent Boiveau
Jour blanc sur le glacier © Laurent Boiveau

Au col, à 5 620 mètres, nous sommes pour le coup super acclimatés. Ne reste plus qu’à admirer, savourer, le retour du grand ciel bleu. Tout petits dans une telle immensité. Nous laissons les multiples sommets chinois dans notre dos et plongeons plus profondément au Pakistan, sur le glacier Sim qui permet d’accéder au Snow Lake, notre nouvel objectif…

Ambiance de bivouac
Ambiance de bivouac © Barbara Delière

 

Retour à la vie

La chaleur, un bonheur. Même si le contraste, une fois le soleil caché, est saisissant. Trois couleurs, blanc, bleu, noir, drapeau tricolore de cet espace vaste et vide.

Silence. Nous sommes seuls, et pourtant voilà une tache sur le sol. Une ombre plane, un aigle, seul être vivant depuis ces 12 jours. Puis, le lendemain, des couleurs apparaissent, là, sous le col Hispar qui se devine au fur et à mesure que l’on dépasse le Baintha Brakk, « l’ogre » majestueux. Des tentes, des hommes, et des retrouvailles inattendues pour Laurent : les rencontres ne semblent jamais arriver par hasard en voyage. Le groupe de skieurs expérimentés filme leur second film, peu importe, on se nourrit avant tout de l’échange, des sourires, chers à l’esprit, et que procurent le monde du vivant.

Au Snow Lake © Laurent Boiveau
Au Snow Lake © Laurent Boiveau

Rencontres au Snow Lake
Rencontres au Snow Lake © Laurent Boiveau

Le Snow Lake, plateau glaciaire d’une grande beauté, est encore plus grand en hiver. C’est par le glacier Biafo que nous rentrons, après 17 jours de ski, une « sortie » qui ne semble jamais vouloir apparaître, et des bédières, dernier challenge pour nous rappeler à notre condition d’êtres humains sur pattes. On s'enfonce. On s’arrête pour la journée, je suis extenuée ! Le lendemain, je revis, à la vue de nos porteurs dont les bras levés les distinguent des points noirs que sont les rochers. Ils nous mènent pendant deux jours à travers des blocs rocheux sur la moraine dont le sentier, introuvable sans eux, se termine par une piste menant au village d’Askole. Magnifique village balti, calme et paisible, calé sur le rythme des saisons, notre sortie pour rejoindre Skardu, et porte d’entrée pour ceux qui s’aventurent chaque année sur le glacier du Baltoro et aux pieds des géants du Karakoram.

Retour vers Askole © Laurent Boiveau
Retour vers Askole © Laurent Boiveau

Village d'Askole © Laurent Boiveau
Le village d'Askole © Laurent Boiveau

Quelle belle aventure à deux, sur cet itinéraire d’une beauté rare, parcours qui trotte dans ma tête comme une évidence, à mettre en place en été, parmi les treks, encore multiples, à réaliser dans cette région du nord Pakistan.

Quelques mots et des images pour raconter ces moments qui laissent une place à l’inconnu, et qui font du voyage tout son attrait. Les histoires, pour qu’elles existent, n’exigent-elles pas leur lot de mésaventures ?

Après 26 jours d'aventure © Laurent Boiveau
Après 26 jours d'aventure © Laurent Boiveau

 

Partir en voyage ou expédition au Pakistan :