20 août 2020 - Himalaya et Inde, Pakistan, Peuples et fêtes, Web conférences

Deux connaisseurs croisent leurs regards sur le peuple kalash, une minorité ethnique non musulmane qui vit au cœur de trois vallées isolées dans le massif de l’Hindou Kouch au Pakistan. Barbara Delière, notre chef de secteur Pamir et Pakistan, s'entretient avec Jean-Yves Loude, écrivain, ethnologue et spécialiste du peuple kalash. Il a vécu auprès d'eux avec sa compagne Viviane Lièvre et ami Hervé Nègre, de 1978 à 1990 durant de longs séjours à propos desquels il écrira trois livres et une dizaine de publications.

La vie des kalash s'articule autour de la nature et de relations sociales basées sur l'entraide, avec le soutien du cycle des saisons et des dieux. Ils vivent dans une région muslmane qui a souvent malmené, banni et exploité leur culture animiste et païenne. Plus récemment, l'ouverture au monde et l'arrivée d'un tourisme local permettent de la protéger autant qu'ils remettent en cause leur identité et leur avenir.

 

Jean-Yves Loude, regard d’un passionné

En 1978, trois curieux voyageurs font halte pendant plusieurs jours dans l’Hindou Kouch, inspirés par le livre de Rudyard Kipling L’homme qui voulait être roi, et de là, toute l’aventure commence. Ils découvrent des âmes innocentes, pures, qui leur offrent sourires et hospitalité. De ses propres mots, Jean-Yves explique que, émerveillés par les danses, chants et rituels des kalash : « On n’a rien compris, ils n'ont presque rien mais vivent chaque instant comme une chance ! ».

Jean yves loude kalash danse
Jean-Yves Loude et sa femme Viviane Lièvre (à gauche) - Danse kalash (à droite) © Jean-Yves Loude

De retour en France, ils veulent comprendre, justement, qui est ce peuple, pourquoi ces rituels, comment vivent-ils ? Des recherches et des années d’aller-retour pour les aider à défendre leur singularité, pour que, intégrés à un clan et invités aux rituels d’appartenance, ils apportent enfin un livre qui raconte leur histoire, leur langue, leurs dieux et leurs coutumes. Un cadeau, un échange et un remerciement qui est, aux yeux des kalash, un superbe outil de résistance qui leur donne espoir d’exister selon leur rite.

kalash fête
Les femmes lors du joshi années 80 © Jean-Yves Loude

 

Les kalash, les derniers « infidèles »

Les kalash ne sont pas un peuple isolé, ils ont derrière eux une longue histoire, très loin du mythe de la probable descendance d’Alexandre le Grand, fabulé par de multiples articles touristiques. De langue Indo-aryenne, ils sont les derniers « infidèles » car non musulmans.

La civilisation du Kafiristan (aujourd’hui Nouristan), répartie entre Afghanistan et Pakistan dans l’Hindou Kouch, fut exterminée en Afghanistan à la fin du 19ème siècle, les kalash, anciens kafirs et vivant au Pakistan, furent épargnés. De 50 000 ils sont seulement 4 500 aujourd’hui, continuant à relayer leur culture de génération en génération à Rumbur, Birir et Bumburet, les 3 dernières vallées sur les 7 présentes au départ.

Hindu Kouch danse kalash
Vallée de l'Hindou Kouch (à dauche) - Danse kalash (à droite) © Barabara Deliere

Autrefois les chamans transmettaient les mots des divinités pour réparer le désordre commis par des fautes, mais sans peurs des dieux ni culpabilité, le sacrifice de quelques boucs et chèvres et tout était simplement réglé. Aujourd’hui, les dieux ne parlent plus car le dernier chaman s’est éteint. Cependant les traditions demeurent et les kalash, surtout les femmes, exposent encore plus leur identité si particulière avec des robes et coiffes colorées, avec fierté et éloquence, tous, veulent se faire entendre et continuent de danser et mettre de la joie dans leurs quotidiens malgré la pression toujours présente. Des femmes et des hommes libres de danser, boire et aimer, des rituels dont les dieux et la nature sont au centre des quatre fêtes en lien avec le cycle des saisons et de la vie, pour remercier les offrandes des esprits et des divinités.

kalash festival
Les femmes lors du joshi il y a quelques années © Barbara Delière


Dans la suite de l’entretien, Jean-Yves Loude nous expose sa vision sur l’avenir de ce peuple tiraillé entre ses traditions ancestrales et une jeunesse soumise au rythme du monde qui l’entoure. Face à un tourisme grandissant qui leur dessert autant qui leur sert, entre abus et protection, comment trouver l’équilibre ? Comment garder son autonomie et faire que les valeurs qui forgent leur identité soient respectées ? Exposer sa différence, sans peur, être reconnu et respecté, des envies au cœur des enjeux actuels de toute minorité…
 

Vision du monde d'un peuple isolé : les Kalash, entretien avec Jean-Yves Loude

 

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