03 décembre 2015 - Pérou, Peuples et fêtes

Eric rentre d’une incroyable exploration en pleine Amazonie, à la frontière du Pérou et du Brésil, à la rencontre des Matses, indiens peu contactés. C’est notre troisième voyage chez eux. Au-delà d’une aventure à pied et en pirogue, ce programme vise à redonner à ces communautés confiance et fierté en leur culture ancestrale et leurs traditions. Nous sommes résolument dans du tourisme solidaire et qui plus est, acteurs prudents et attendus de leur ouverture au monde occidental. Nous en sommes émus et fiers à la fois.

Avant de vous plonger dans notre carnet de voyage, découvrez en images notre expédition :

 

Iquitos, capitale de l’Amazonie péruvienne. Voici deux matins de suite que nous nous présentons à la base militaire pour notre vol pour Angamos. Ce matin encore, il ne part pas. Nous devons pourtant absolument nous y rendre sous peine de prendre du retard irrattrapable sur notre programme. Nous décidons d’affréter un hydravion de 12 places, un Cessna Caravan, pour l’après-midi-même.

 

Premiers jours sur le fleuve et premier village
Amerrissage à Angamos à la frontière brésilienne en cette fin d’après-midi du quatrième jour depuis notre départ de France. Nous sommes un groupe de 6 personnes, 4 de Tamera et 2 de l'ONG Latitud Sur, notre partenaire pour ce programme. Nous sommes attendus par nos guides et piroguiers Matses et partons immédiatement dans nos embarcations traditionnelles plein sud, le long de la frontière brésilienne sur le fleuve Yaquerana.
Premier campement sur le sable au bord du fleuve. Au cours de cette nuit, pluies diluviennes et l'eau monte, nous devons déplacer les tentes pendant la nuit. C’est également sous la pluie que nous repartons le lendemain matin. Nos ponchos ne sont pas assez efficaces. Nous décidons d’écourter notre navigation et de faire notre première halte dans le village de Santa Rosa, à 4 heures de pirogue.

 

Grâce à notre programme, des maloca prennent forme
Comme chaque fois désormais, nous sommes accueillis avec incrédulité par des masses d’enfants en bas âge, quelques femmes et quelques hommes, jeunes et quelques anciens. Nous avons le bonheur de découvrir que la communauté a construit de sa propre initiative une maloca, suite à notre passage en mars dans une autre communauté (Lire notre article de blog « En immersion chez les Matses : première traversée intégrale Sud-Nord du territoire Matses (160 km) »). Très émus, nous les remercions et partons le lendemain pour une longue journée de pirogue vers Puerto Allegre où nous sommes attendus pour une inauguration d'une gigantesque maloca, elle prévue depuis notre premier passage, financée intégralement par le budget du voyage des participants de Tamera et géré avec talent et doigté par l'équipe de Latitud Sur.

 

À quelques kilomètres de nous, les dernières communautés non contactées de la planète
Nous sommes isolés et pas de doute, les premiers occidentaux à être admis sur ce territoire. Un peu plus au sud se trouvent quelques communautés Matses non contactées. À 20 kilomètres à l'est, au Brésil, vivent les Korubo, communauté également non contactée.

Nous allons passer trois jours dans ce magnifique village. À la méfiance bien légitime du premier jour suivent des jours où nous sommes totalement intégrés. Le cours de la vie de nos hôtes reprend. Nous réalisons l’importance de rester plus d’une journée dans un village. Comme dans chaque village, le soir de notre arrivée donne lieu à une grande réunion où près de 50 à 100 personnes sont présentes. Le chef nous présente et les responsables de Latitud Sur expliquent notre démarche. J’interviens également pour les remercier de leur accueil. C’est seulement après cette réunion rituelle que l’autorisation nous est donnée de prendre des photographies.

 

Nous partons à la chasse et observons le rituel du sapo
Nous partons chasser et faisons un magnifique festin de viande de brousse accompagné de riz et de banane, comme chaque soir… et comme chaque midi et chaque matin ! Le régime n’est pas très varié (encore que nos accompagnateurs ont prévu quelques extras) mais sa qualité est excellente et il est à noter que personne dans le groupe n'a été malade, de la nourriture comme de l'eau. Pour finir d'ailleurs sur cet aspect, après avoir croisé des mouches noires voraces au début de notre périple (les jambes de Denis s'en souviennent !), pas ou très peu de moustiques au cours de cette expédition... du grand luxe ! Le soir, nous assistons à des danses et des chants. Nous allons même récupérer du venin sur une grenouille verte fluorescente pour le traditionnel sapo, substance définitivement contre-indiquée pour les occidentaux, comme me l’avait confirmé mon ami Jean-Patrick Costa ! Puis nous saluons nos hôtes, non sans avoir acheté un peu d'artisanat pour leur faire plaisir et faire plaisir à nos proches.

Ce matin, nous quittons le village par la forêt. Une journée de trek de 7 à 8 heures nous attend. Le temps est désormais sec et beau, cette marche dans la forêt est un délice. Ce soir, nous arrivons à Buenas Lomas Antigua, au bord du plus étroit et plus intime fleuve Chobayacu que nous allons descendre, vers le nord désormais.

 

La visite des communautés sur la rivière Chobayacu se poursuit
Les jours qui suivent vont nous permettre de passer dans quelques villages dont Buenas Lomas Nueva puis, plus au nord encore, Estiron, où nous rencontrons David Fleck, scientifique américain qui vit depuis près de 30 ans désormais avec les Matses. Son regard sur cette communauté exceptionnelle est à la fois touchant et passionnant. Il la connait bien et parle sa langue. Il est marié à une Matses et ils ont deux enfants. Il a écrit un ouvrage sur l’histoire des Matses en espagnol et en matses. Le rencontrer a été très éclairant pour échanger nos points de vue et mettre en perspective l'évolution et le développement de ces communautés.

Puis nous revenons à Angamos, nous sans repasser saluer nos amis de Santa Rosa qui nous avaient mis de coté quelques arcs, lances et flèches, magnifiques objets que nous avions acquis à l'aller.

 

Retour à la civilisation
Arrivés à Angamos, là encore, pas d’avion militaire et nous affrétons un Cessna Caravan, cette fois de piste, pour rentrer. Nous avons passé une bonne dizaine de jours avec les communautés Matses et se dégage de tout le groupe une forme de sérénité et de fierté. L’expédition s’est parfaitement passée et nous notons les éléments à améliorer pour les prochains groupes.

Les communautés nous ont accueillis avec douceur, gentillesse et beaucoup d’humour. Les « anciens » sont absolument drôles. Comme chaque fois dans des communautés isolées, souvent nomades, qu’il s’agisse de Mongolie ou de Sahara et maintenant d’Amazonie, l’humour est au cœur de ces peuples. J’adore cette élégance. Et l’Amazonie, quelle forêt. La Forêt. Des nuances de verts à l’infini et des odeurs entêtantes que j’ai pu redécouvrir en ouvrant mon sac, une fois rentré. Pas de téléphone, pas d'électricité (sauf quelques rares groupes), pas d'eau courante... l'aventure, quoi !

De retour en France, j’ai une pensée très amicale pour ce groupe qui s’est soudé au fur et à mesure de notre progression et je les remercie sincèrement pour leur gentillesse, leur écoute et leur humilité : Jocelyne, Denis, Bertrand, Arnaud, Frédéric et Ronaldo, notre guide-interprète Matses. Et bien sûr, je remercie nos hôtes dont je n’ai pas toujours saisi les prénoms et qui, par dizaines, ont fait de ce voyage, un des plus forts de ma vie.

En lien avec cet article :
- Nos voyages : Immersion rare en terres Matses, le voyage dont nous revenons qui a inspiré cet article
- Nos voyages : Immersion chez les Shuars : traversée de la cordillère de Wisui, une reconnaissance exceptionnelle et assez physique
- Article sur notre blog : En immersion chez les Matses : première traversée intégrale Sud-Nord du territoire Matses (160 km)

Et à voir ou revoir Fitzcarraldo de Werner Herzog. Je l’ai revu à mon retour et sincèrement, les images et l'ambiance de la forêt sont très proches de ce que nous avons vécu. Pour les candidats au départ, à voir plutôt avant de partir... et au retour pour prolonger le plaisir !