02 mars 2020 - Himalaya et Inde, Inde, Peuples et fêtes

Femme Kuttiya Kondh de l'Orissa © Alain Loss


L’Inde abrite une grande variété de peuples, 744 en tout, concentrés surtout dans deux ceintures tribales, entre le Gujarat et l’Orissa à travers l’Inde centrale, mais aussi au pied de l’Himalaya et dans la région isolée du nord-est, de peuplement majoritairement tibéto-birman. Ils vivent dans des régions de l'Inde reculées ou difficiles d'accès, dans le piémont himalayen, au plus profond des forêts et sur les plaines arides. Pêcheurs ou agriculteurs, nomades ou semi-nomades, ils ont conservé leurs coutumes et leurs modes de vie ancestraux. Tout y est singulier : architecture et rites, bijoux et vêtements merveilleux, vie quotidienne toujours haute en couleurs bien que souvent difficile.


           Femmes rathva se rendant à la foire de Kavant, au Gujarat oriental © Basant Giri


MOSAÏQUE DE PEUPLES

Les peuplades aryennes, venues d’Asie centrale, se sont implantées dans le nord de l’Inde entre 1600 et 1000 av. J.-C. En se mêlant aux populations locales, elles ont progressivement donné naissance à une population indo-aryenne, aujourd’hui majoritaire dans le nord du pays. D’autres peuples ne se mêlèrent pas aux envahisseurs aryens et furent chassés vers le sud ou se réfugièrent dans des zones de montagnes, de forêts et de régions désertiques où ils survécurent jusqu’à aujourd’hui, conservant une partie de leurs coutumes et croyances. 

L’ensemble de ces peuples représente encore aujourd’hui près de 8 % de la population totale de l’Inde, soit près de 90 millions d’individus. Il y a au total 744 peuples autochtones référencés dans la constitution indienne, que les Indiens désignent souvent collectivement sous le terme générique de Adivasi qui signifie « premiers habitants ». Les soixante plus grands peuples représentent 80 % de la population aborigène totale.

Un important groupe de ces peuples est installé au pied de la chaîne himalayenne, au Cachemire et Jammu, Himachal Pradesh et Uttar Pradesh à l’ouest, au Bihar et Bengale au centre, et en Assam, Meghalaya, Tripura, Arunachal Pradesh, Mizoram, Manipur et Nagaland tout à l’est. En Arunachal, Meghalaya, Mizoram et Nagaland, plus de 90 % de la population de ces États est tribale, alors qu’elle n’est que de 20 à 30 % en Assam, Manipur, Sikkim et Tripura. 

Un autre groupe est installé dans les régions vallonnées de l’Inde centrale : Madhya Pradesh, Orissa, Chhattisgarh, Jharkhand et Andhra Pradesh, entre les fleuves Narmada au nord et Godavari au sud-est. L’Inde centrale abrite les communautés tribales les plus importantes (75 %), bien que leur population n’atteigne que 10 % du total de la population des États où ils résident. Il y a aussi les peuples qui habitent dans les régions semi-désertiques du Gujarat et du Rajasthan, à l'ouest.

 
  Femme gadabha en Orissa © Alain Loss                                          Femme nocte en Arunachal © Jerome Kotry


PEUPLES D’ORISSA ET INDE CENTRALE

Les peuples du centre-est de l’Inde sont les plus anciens parmi ceux habitant actuellement en Inde, avec une implantation remontant à environ 60 000 ans pour certains. Il y a eu, bien sûr, des brassages ethniques, mais un trait caractéristique de ces peuples est leurs origines de type négroïde, que l’on retrouve sur les îles Andamans et chez quelques peuples anciens isolés en Malaisie ou aux Philippines.

Nous rencontrons ces nombreux peuples dans des villages et au cours de quelques petites randonnées, mais surtout à l’occasion de grands marchés hebdomadaires, points de rassemblement privilégiés et d’échanges. Nous en découvrons neuf au total dans notre programme Peuples et temples de l’Orissa et du Chhattisgarh.
Parmi ces peuples il y a les Bonda, Gadabha, Desia Kondh, Kuttiya Kondh, Dongariya Kondh, Paroja, Maria, Muria, Gond, Baiga, Langa Souria, Abhuj Maria. Le coeur de ce parcours se situe dans la région entre Jeypore, en Orissa, et Jagdalpur, au Chhattisgarh. Nous passons trois jours dans la région de Jagdalpur, au coeur de la région tribale de Bastar, dont les poteries sont réputées dans toute l’Inde.

Pour ceux qui ne souhaitent pas découvrir les temples du nord de l’Orissa, du côté de Bhubaneshwar, Konarak et Puri, ni ceux du nord du Chhattisgarh, du côté de Bhoramdeo et Rajim, nous proposons une immersion ethnique dans le sud de l'Orissa et du Chhattisgarh.
Il s’agit en fait, entre Rayagada et Kanker, de la partie centrale du voyage Peuples et temples de l’Orissa et du Chhattisgarh.

  
           Femme bonda de l'Orissa / homme du Chhattisgarh / femme dongariya kondh de l'Orissa © Alain Loss

Les Gond, avec plus de 12 millions d’individus forment le groupe aborigène le plus nombreux de l’Inde et sont restés animistes. Ils parlent une langue dravidienne non écrite et pratiquent l’exogamie au sein de leurs groupes. C’est aussi le groupe le plus dispersé à travers toute l’Inde centrale, avec quand même près de 40 % au Madhya Pradesh. Certaines tribus gond pratiquaient des sacrifices humains jusqu’au milieu du 19e siècle. Le mot gond dérive de kondh qui veut dire « forêt de montagne » en langue telugu, langue dravidienne du centre-sud de l’Inde. 

Les Bonda sont environ 5 000 dans les régions montagneuses de l’Orissa. Leur langue appartient à la famille des langues austro-asiatiques. C’est l’une des tribus les plus anciennes et les plus primitives de l’Inde. Leur culture a peu changé en mille ans. Ils sont généralement semi-vêtus, les femmes portent d’épais colliers en argent.

Les Santal sont environ 6 millions, répartis majoritairement dans les États du Jharkhand, du Bengale, de l’Orissa et du Bihar. Il y en a aussi au Bangladesh. Ils sont de langue austro-asiatique et sont connus pour leurs peintures sur rouleaux de feuilles de papier, les jadupatua. Les Santal vont de village en village raconter les histoires qu'ils ont peintes sur ces rouleaux.
Nous prévoyons d'ailleurs un voyage reconnaissance à la rencontre des Santal centré autour de ce petit État de Jharkhand, à laquelle le reporter de voyage Franck Charton pourrait participer.

 


En route vers le marché hebdomadaire, en Orissa © Alain Loss
 

BERGERS ET NOMADES DU GUJARAT ET SUD RAJASTHAN

Au sud du Rajasthan et nord du Gujarat, nous rencontrons de nombreux groupes de bergers et nomades. La débauche de couleurs des vêtements des femmes de ces tribus contraste avec l’austérité de ces régions, parfois semi-désertiques. Il y a également une grande tradition d’artisanat et de broderies, tissée par ces peuples.

Parmi ces populations, il y a les fameux Rabari et leurs cousins Raika, constamment en mouvement pour trouver de l’herbe grasse pour leurs troupeaux. Au Kutch, dans le nord-ouest du Gujarat, ils sont entre 2 500 et 3 000 familles. On les rencontre aussi souvent du côté d’Ambaji, à la frontière entre Gujarat et Rajasthan. Ils seraient venus d’Afghanistan via le Baloutchistan, mais selon d’autres spécialistes, ils viendraient du Sind, au Pakistan.

Les Garasia représentent environ 5 % de la population aborigène du Rajasthan. Ces anciens guerriers, devenus agriculteurs et dévots de Krishna, sont réputés pour leurs mariages par enlèvement. On les rencontre surtout autour des pèlerinages du Mount Abu et Ambaji, à la frontière entre Rajasthan et Gujarat. 

Les Bhil forment l’une des plus importantes tribus aborigènes de l’Inde et sont établis dans les États du Gujarat, Rajasthan, Madhya Pradesh et Maharashtra et Rajasthan. Réputés pour leur adresse au tir à l’arc et leur courage au combat, ils furent associés à toutes les luttes contre les Moghols. Ils pratiquent le mariage d’amour et parfois la polygamie. La magie et la sorcellerie continuent d’imprégner fortement leurs rites. 

Dans le Kutch, au Gujarat, nous rencontrons aussi les tribus des Jhat, Harijan, Meghwal et Mutva. Les Jhat sont des bergers qui ont émigré depuis l’Iran, il y a environ 500 ans, et se sont établis dans le Sind et le Kutch à la recherche de nouvelles terres de pâturages. Tous les Jhat vivant au Kutch sont musulmans. Les Mutwa habitent dans la région de Banni, et les femmes de cette tribu font des travaux de broderie très beaux et fins. Les Meghwal sont originaires de Marwar au Rajasthan et sont réputés pour le tissage de la laine et du coton, des broderies sur cuir et des sculptures sur bois.

  
Hommes et femmes du Kutch, au Gujarat © Marie Vehi et Michèle Guiliome


Nous rencontrons ces peuples dans le cadre de notre programme Tribus et nomades du sud Rajasthan et du nord Gujarat.

Il y a aussi un voyage spécial fêtes centré sur le Gujarat avec la participation à deux grandes foires ethniques et une fête hindouiste. Il y a d'abord la foire de Tarnetar au centre du Gujarat, puis celle de Ravechi aux portes du Kutch, et on termine par une immersion dans une fête hindouiste du pèlerinage à Ambaji, à la frontière entre Gujarat et Rajasthan, où de nombreux tribus et nomades passent.

Mention spéciale concernant un projet ambitieux permettant de relier deux grandes régions ethniques de l’Inde : la grande traversée de l’Inde du nord, de l’Orissa vers le Gujarat, en passant à travers tout le Madhya Pradesh, avec pas moins de 51 jours de voyage au total.

 
Bergers semi-nomades rabari se rendant à une grande foire annuelle © Alain Loss
 

PEUPLES D’ARUNACHAL PRADESH ET DU NORD-EST DE L’INDE

L’Arunachal Pradesh est l’État le moins peuplé de toute l'Inde, tout au nord-est du pays, aux confins du Tibet et de la Birmanie, dans une région qui n’est rattachée à l’Inde que depuis peu de temps, et qui a très longtemps été à l'écart des grandes civilisations, car constituée de montagnes couvertes de jungles et difficiles d'accès, habitées par des tribus particulièrement guerrières et farouches, telles que les Adi (ou Abor), les Nishi ou les Mishmi. 

Les Nishi sont environ 120 000. C’est le principal groupe ethnique de tout l'État avec le peuple adi. Ils étaient polygames et vivaient autrefois dans de longues maisons pouvant atteindre 60 mètres de long abritant tout le clan familial. De nos jours, les habitations sont plus petites. De même, le calao géant étant en voie de disparition, les Nishi commencent à remplacer les becs de calaos qu'ils arborent sur leur casque de fête en rotin, par des becs réalisés en fibre de verre et résine.

Les Apatani ne sont que 22 000 habitants et pratiquent encore aujourd’hui la divination et le chamanisme. Les femmes de cette ethnie avaient pour coutume d’orner leurs narines avec des disques de rotin peints en noir ainsi que de porter quelques tatouages, que l'on peut maintenant observer essentiellement sur les femmes âgées. Ils vivent de manière très concentrée, au contraire de tous les autres groupes ethniques. Les ruelles de leurs villages sont parfois assez étroites et les maisons sont serrées les unes aux autres, séparées par des palissades de bambou.

Les Adi sont les populations que les explorateurs et colons anglais appelaient Abor au 19e siècle et au début du 20e siècle, terme signifiant « sauvage » dans un dialecte des plaines de l’Assam. L'ensemble des clans adi compte environ 160 000 habitants. Ils régnaient en maîtres dans ces montagnes couvertes de jungle entre plaine de l’Assam et Tibet, et les Anglais ont eu beaucoup de mal à les maîtriser. Ils verrouillaient l’accès au Tibet par les rives du Brahmapoutre. L’explorateur anglais Noel Williamson en fit les frais en 1911. Les Adi Gallong sont le sous-groupe le plus riche et le plus influent au sein des communautés adi, habitant la région d'Along. Cela se voit dans l’architecture massive et cossue de leurs maisons. Les autres sous-groupes, notamment les Adi Minyong, habitent plus à l’est. 

Les Mishmi sont un autre groupe ethnique important de l’Arunachal et occupe toute la partie orientale de cette région, aux frontières avec la Birmanie et le Tibet. Ils sont séparés en plusieurs sous-groupes comme les Adi.

   
Homme wancho, femme apatani, femme monpa, homme mishmi © Jerome Kotry, Alain Wodey, Olga Martinez


Le Nagaland est plus petit mais plus peuplé que l’Arunachal, car c’est davantage une région de hautes collines que de contreforts himalayens. Les Anglais ont rencontré les Naga pour la première fois en 1832, mais il leur fallut attendre 1879 pour les maîtriser, plutôt difficilement. La tradition de « chasse aux têtes » s'est perpétuée dans ces régions très longtemps, car les Naga pensaient ne pouvoir résister aux épidémies et aux caprices d’une nature hostile qu’en renforçant leur énergie vitale. Ils le faisaient en coupant les têtes de leurs ennemis, les crânes trônant à l’entrée des maisons ou des villages. Encore pratiquée jusque dans les années 1960, cela est totalement interdit depuis 1991. 

Des Naga habitent aussi dans les États voisins de Manipur, Assam et Arunachal Pradesh, mais aussi en Birmanie. Leurs dialectes font partie des langues tibéto-birmanes. Ils sont désormais évangélisés à plus de 80 % dans le Nagaland. 

Les Konyak sont souvent considérés comme les plus farouches des Naga. Ils obéissent au système des angh, qui sont les chefs héréditaires, ce qui leur a permis de conserver plus de traditions et coutumes. Certains hommes konyak, les plus vieux, ont encore le visage tatoué. Traditionnellement, chaque village abrite un ou plusieurs morung, sorte de dortoir pour jeunes ainsi que lieu de réunions de chaque quartier. Ceux des Naga Konyak sont intéressants. 

 
Femmes et hommes naga konyak lors d'une grande fête annuelle © Jerome Kotry et André Villon


Nous partons à la rencontre des peuples d’Arunachal Pradesh et du nord-est de l’Inde à l’occasion de plusieurs programmes :

Il y a aussi deux départs spécial fêtes, regroupant plusieurs fêtes en un seul programme : 

Mention spéciale concernant une nouvelle combinaison que nous proposons, à la rencontre des peuples d'Arunachal Pradesh et d'Orissa, qui permet, en un seul voyage de 24 jours, de rencontrer les peuples les plus emblématiques des deux régions.

Les autres États du nord-est de l’Inde abritent aussi des peuples montagnards. C’est le cas au Meghalaya où l’on rencontre le peuple garo, du côté de Tura, avec une intéressante fête annuelle début novembre que nous arrivons parfois à combiner avec notre voyage spécial fêtes, Chalo Loku et Hornbill en Arunachal Pradesh et Nagaland. Nous prévoyons aussi de combiner la rencontre avec les peuples garo, khasi et jaintia du Meghalaya avec les peuples des Chittagong Hills, dans les collines du Bangladesh frontalières de la Birmanie, où l’on rencontre notamment l’étonnant peuple mro, qui habite des deux côtés de la frontière.

 
Fête Wangala chez les Garo du Meghalaya © Étienne Roux / Femme mro du Bangladesh © Jerome Kotry

 

RANA THARU DU TERAÏ ET VILLAGES COLORÉS DU NORD BIHAR

Oubliés entre savanes et forêts tropicales à l’extrémité ouest du Teraï népalais, tout près de la frontière avec l’Inde, les Rana Tharu forment un agrégat de communautés rurales, traditionnelles et disparates, dont les femmes sont fières de leur mystérieuse origine rajasthanie. Si les hommes sont habillés de façon anonyme ou occidentale, les femmes arborent encore, pour la plupart, leur costume traditionnel. Des robes chatoyantes qui s’avèrent, après examen attentif, être des bouts d’étoffes cousus les uns aux autres, formant des patchworks lumineux, que rehaussent de gros bracelets d’argent autour des chevilles et des poignets, et des tatouages sur les membres.

Ils sont dispersés en une douzaine de localités du sud-ouest du Teraï, près du parc national de Suklaphanta. Originaires du Rajasthan, mais émigrés au Népal suite à des guerres, les Rana Tharu se sont trouvés réduits au servage par la loi coutumière des usuriers, le kamaïya , le paiement des dettes par le travail, dettes héréditaires si elles n’ont pu être remboursées avec leurs intérêts à la mort des parents. Le nouveau gouvernement « maoïste » népalais a récemment aboli cette coutume inique.

Nous sommes en train de mettre en place un nouveau voyage à la rencontre des Rana Tharu, côté népalais, mais aussi des maisons peintes du nord Bihar, en Inde, du côté de Madhubani. Nous rencontrons en chemin d’autres groupes du peuple tharu, notamment du côté du plateau de Dang, arpentons le parc national de Bardia, mais découvrons aussi les nombreux vestiges bouddhiques laissés par la naissance de cette religion des deux côtés de la frontière.

Au nord du Bihar, les femmes de la région recouvraient traditionnellement les murs et sols des maisons de dessins réalisés à base de pigments naturels comme la poudre de riz pour le blanc, la suie et la bouse de vache pour le noir, le curcuma pour le jaune, ou le bois de santal pour le rouge, entre autres. Elles utilisaient, en guise de pinceaux, leurs doigts, des brindilles ou des allumettes. Ces œuvres aux couleurs vives étaient généralement réalisées à l’occasion de fêtes, de célébrations ou lors d’un événement social, avec des sources d’inspiration diverses, religieuses ou profanes : dieux et déesses, représentations magiques et tantriques comme l’amour et la fécondité, scènes mythologiques ou rustiques... Des motifs récurrents traduisent les relations de l’homme avec la nature : arbres, lune, soleil, étoiles. Aucun espace n’est laissé vide, les formes géométriques sont utilisées à profusion. Ces peintures transmettent les valeurs et l’héritage culturel des communautés de la région.

Il est étonnant que l’existence de ces peintures n’ait été découverte qu’à l’occasion du tremblement de terre de 1934 à la frontière entre l’Inde et le Népal. C’est dans les décombres, qu’un officier britannique, posté dans la région de Madhubani, mit à jour ces fresques à l’intérieur des maisons qu’il inspectait.


Femmes du peuple Rana Tharu à la pêche © Franck Charton